Platon "Ion"

Publié le par Bégnana Patrice

L’édition utilisée est :

Platon, Ion (Sur l’Iliade), [genre critique], traduction Émile Chambry (1864-1938) légèrement modifiée, Garnier Frères, 1969, GF Flammarion n°129

Pour le texte grec et les traductions que j’ai consultées :

Platon, Œuvres complètes, tome V – Ire Partie. IonMénéxèneEuthydème, texte établi et traduit par Louis Méridier, Paris, C.U.F., 1949.

Platon, Œuvres complètes, I, traduction Léon Robin, Gallimard, Bibliothèque de la Pléiade, 1950, p.57-72.

Platon, Œuvres complètes sous la direction de Luc Brisson, Flammarion, 2008, 2011. Ion est traduit par Monique Canto, p.572-585.

 

 

Personnages : Socrate – Ion.

 

 

 

 

[530a] Socrate. – Salut à Ion. D’où nous reviens-tu cette fois ? D’Éphèse, ton pays ?

Ion. – Pas du tout, Socrate, d’Épidaure, des fêtes d’Asclépios[1].

Socrate. – Est-ce que les Épidauriens font aussi un concours de rhapsodes en l’honneur du Dieu ?

Ion. – Mais oui, et de toutes les parties de la musique aussi.

Socrate. – Et alors, tu as concouru ? Et avec quel succès as-tu concouru ?

Ion. – Nous avons remporté le premier prix, Socrate. [b]

Socrate. – C’est bien, et maintenant il nous faut tâcher d’être vainqueurs aussi aux Panathénées[2].

Ion. – On le sera, s’il plaît à Dieu.

Socrate. – C’est vrai, Ion, que je vous ai souvent envié votre art à vous autres rhapsodes. Un art où la bienséance veut qu’on soit toujours paré et qu’on paraisse en public avec les plus beaux habits, où l’on est obligé en même temps d’étudier une foule de grands poètes et principalement Homère, le meilleur et le plus divin de tous, [c] et de connaître à fond sa pensée, et non pas seulement ses vers, une telle profession est digne d’envie. On ne saurait en effet devenir rhapsode, si l’on ne comprend pas ce que veut dire le poète. Car il faut que le rhapsode interprète la pensée du poète à ses auditeurs. Et il est impossible de le faire convenablement, si l’on ne comprend pas ce qu’il veut dire. Tout cela est vraiment enviable.

Ion. – Tu dis vrai, Socrate. En tout cas, pour moi, c’est cette partie de mon art qui m’a donné le plus de peine, et je ne pense pas qu’il y ait personne au monde qui parle d’Homère aussi bien que moi ; [d] car ni Métrodore de Lampsaque[3], ni Stèsimbrote de Thasos[4], ni Glaucon[5], ni aucun autre rhapsode qui ait jamais existé n’a su exprimer autant de belles pensées sur Homère que moi-même.

Socrate. – J’en suis bien aise, Ion ; car tu ne refuseras pas de me démontrer ton talent.

Ion. – Ma foi, Socrate, il vaut la peine d’entendre comment je sais faire valoir Homère ; aussi m’est avis que ce serait justice si les Homérides[6] me couronnaient d’une couronne d’or.

Socrate. – Ma foi, je veux me donner un jour le loisir de t’écouter. [531a] Pour le moment, je ne te demanderai qu’une chose : ta virtuosité se borne-t-elle à Homère ou s’étend-elle à Hésiode[7] et à Archiloque[8] ?

Ion. – Non, elle se borne à Homère, et cela me paraît suffisant.

Socrate. – Y a-t-il des sujets sur lesquels Homère et Hésiode disent les mêmes choses ?

Ion. – Il y en a, je pense, et beaucoup.

Socrate. – Eh bien, expliquerais-tu mieux ce que dit Homère sur ces sujets que ce qu’en dit Hésiode ?

Ion. – J’expliquerais pareillement, Socrate, les sujets sur lesquels Homère et Hésiode sont d’accord. [b]

Socrate. – Et ceux où ils ne sont pas d’accord ? Par exemple, Homère et Hésiode parlent tous deux de l’art divinatoire.

Ion. – Sans doute.

Socrate. – Eh bien, qui, de toi ou d’un bon devin, expliquerait le mieux ce que ces deux poètes disent de pareil et ce qu’ils disent de différent sur l’art divinatoire ?

Ion. – Un devin.

Socrate. – Mais si tu étais devin, n’est-il pas vrai qu’étant capable d’expliquer ce qu’ils disent de pareil, tu saurais aussi expliquer ce qu’ils disent de différent ?

Ion. – Évidemment si. [c]

Socrate. – Pourquoi donc es-tu si habile sur Homère, et pas sur Hésiode et les autres poètes ? Homère traite-t-il d’autres sujets que tous les autres poètes ? Ne parle-t-il pas la plupart du temps de la guerre, des relations qu’ont entre eux les hommes, bons ou méchants, profanes ou artisans, et de celles que les dieux ont entre eux, et de celles qu’ils entretiennent à leur manière avec les hommes, et de ce qui se passe dans le ciel, et de ceux qui sont chez Hadès, et des généalogies des dieux et des héros ? [d] N’est-ce pas là-dessus que roule la poésie d’Homère ?

Ion. – C’est vrai, Socrate.

Socrate. – Mais quoi ! Les autres poètes ne traitent-ils pas de ces mêmes choses ?

Ion. – Si, Socrate, mais pas comme Homère.

Socrate. – Comment donc ? Plus mal ?

Ion. – Beaucoup plus mal.

Socrate. – Alors Homère les traite mieux ?

Ion. – Mieux, sans nul doute, par Zeus.

Socrate. – Hé ! Chère tête[9], Ion, quand plusieurs personnes parlent des nombres, et que l’une en parle pertinemment, il y aura quelqu’un, je suppose, pour reconnaître celle qui parle bien ? [e]

Ion. – Oui.

Socrate. – Sera-ce le même qui reconnaîtra aussi celles qui en parlent mal, ou un autre ?

Ion. – Ce sera le même, je pense.

Socrate. – Alors ce sera celui qui sait l’art de l’arithmétique ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Mais quoi ! Quand plusieurs personnes conversant ensemble se demandent quels sont les aliments bons pour la santé et que l’une d’elles en parle excellemment, l’un reconnaîtra-t-il celle qui en parle excellemment, et un autre celle qui en parle moins bien, ou sera-ce le même qui jugera des deux ?

Ion. – Ce sera le même, évidemment.

Socrate. – Qui ? Comment s’appelle-t-il ?

Ion. – Le médecin.

Socrate. – En résumé, nous disons donc que le même <homme> reconnaîtra toujours, quand plusieurs personnes parlent des mêmes choses, [532a] qui en parle bien et qui en parle mal, et que, s’il ne reconnaît pas celle qui en parle mal, il est clair qu’il ne reconnaîtra pas non plus celle qui en parle bien, étant bien entendu qu’il s’agit du même objet.

Ion. – C’est cela.

Socrate. – Donc le même <homme> s’entend à reconnaître l’un et l’autre ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Ne prétends-tu pas, toi, qu’Homère et les autres poètes, parmi lesquels Hésiode et Archiloque, parlent sur les mêmes matières, mais différemment, et que l’un en parle bien, et les autres moins bien ?

Ion. – Et je ne dis rien que de vrai.

Socrate. – Si donc tu connais celui qui parle bien, tu pourrais également connaître l’infériorité de ceux qui parlent moins bien ? [b]

Ion. – Il me semble.

Socrate. – Alors, mon excellent ami, si nous disons qu’Ion s’entend aussi bien à expliquer les autres poètes qu’Homère, nous ne nous tromperons pas, puisqu’il convient lui-même que le même homme est juge compétent de tous ceux qui parlent des mêmes objets et que tous les poètes, ou peu s’en faut, traitent des mêmes objets.

Ion. – Mais alors, Socrate, quelle peut être la cause qui fait que, si l’on parle de quelque autre poète, [c] je ne m’y intéresse pas, que je n’ai rien qui vaille à jeter dans la conversation et que je suis véritablement endormi, tandis que, si on fait mention d’Homère, me voilà éveillé, attentif et plein d’idées.

Socrate. – Ce n’est pas difficile à se représenter, mon camarade ; mais il est évident pour tout le monde que tu es incapable de parler d’Homère par art et par science ; car si tu pouvais en parler par art, tu pourrais parler aussi de tous les autres poètes ; car il y a, n’est-ce pas, un art poétique en général ?

Ion. – Oui. [d]

Socrate. – Quand on a embrassé n’importe quel art dans son ensemble, est-ce que la même méthode ne sert pas à juger de tous les arts ? Ce que j’entends par là, veux-tu le savoir, Ion ?

Ion. – Oui, par Zeus, je le veux ; car j’aime à vous entendre, vous autres les sages.

Socrate. – Si seulement tu disais vrai, Ion ! Mais les sages, c’est vous, les rhapsodes et les acteurs, et ceux dont vous chantez les poèmes ; [e] moi, je ne sais que dire la vérité, comme il convient à un profane. Par exemple, à propos de la question que je viens de te faire, considère comme c’est simple, vulgaire, à la portée d’un chacun, de connaître ce que je disais, que la même méthode sert à juger de tout, quand on embrasse un art dans son ensemble. Faisons de ce point l’objet de notre discours : il y a bien un art de la peinture en général ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Il y a et il y a eu, n’est-ce pas, beaucoup de peintres, bons et mauvais ?

Ion. – Assurément.

Socrate. – Or as-tu déjà vu un homme qui soit capable de faire voir chez Polygnote[10], fils d’Aglaophon, ce qui est bien peint et ce qui ne l’est pas, [533a] et qui en soit incapable pour les autres peintres, et qui, mis en présence des ouvrages des autres peintres, s’endorme, soit embarrassé et ne puisse contribuer à la conversation, et qui, au contraire, quand il faut donner son avis sur Polygnote ou tel autre peintre unique que tu voudras, s’éveille, s’intéresse à l’entretien et sent affluer les idées ?

Ion. – Non, par Zeus, non.

Socrate. – Et en sculpture, as-tu déjà vu un homme qui soit capable de détailler les qualités de Dédale[11], fils de Métion, [b] ou d’Épéos[12], fils de Panopeus, ou de Théodore[13] de Samos, ou de quelque autre sculpteur particulier, et qui, à propos des œuvres des autres sculpteurs, soit embarrassé, s’endorme et ne sache que dire ?

Ion. – Non, par Zeus, je n’en ai pas vu non plus.

Socrate. – Poursuivons : dans l’art de jouer de la flûte ou de la cithare, ou de chanter en s’accompagnant de la cithare, ou dans la déclamation rhapsodique, tu n’as jamais vu non plus, je pense, un homme qui soit capable de discuter sur Olympos[14], ou Thamyras[15], [c] ou Orphée[16], ou Phémios[17], le rhapsode d’Ithaque, et qui, à propos d’Ion d’Éphèse, soit embarrassé et ne sache que dire sur ses qualités ou ses défauts de rhapsode ?

Ion. – Je n’ai rien à dire là contre, Socrate ; mais s’il est une chose dont j’aie conscience, c’est que personne au monde ne parle d’Homère aussi bien que moi, que j’en parle d’abondance, et que tout le monde reconnaît que j’en parle bien, tandis que je n’ai rien à dire des autres. Vois donc ce qu’il en est.

Socrate. – Je vois, Ion, [d] et je vais te faire voir ce que c’est, à mon avis. Ce qui te fait bien parler d’Homère n’est pas, je le disais tout à l’heure, un art, mais une puissance divine, qui te meut, semblable à celle de la pierre qu’Euripide appelle « magnétique », mais que la plupart appellent pierre d’Héraclée[18]. Et en effet cette pierre non seulement attire les anneaux de fer, mais encore elle leur communique sa puissance, de sorte qu’ils peuvent faire ce que fait la pierre, attirer d’autres anneaux, [e] si bien que parfois on voit pendre, attachés les uns aux autres, une longue suite d’anneaux de fer, et tous tirent leur puissance de cette pierre. C’est ainsi que la Muse inspire elle-même les poètes, et, ceux-ci transmettant l’inspiration à d’autres, il se forme une chaîne d’inspirés. Ce n’est pas en effet par art, mais par inspiration et suggestion divine que tous les grands poètes épiques composent tous ces beaux poèmes ; et les grands poètes lyriques de même. Comme les Corybantes[19] ne dansent que lorsqu’ils sont hors d’eux-mêmes, [534a] ainsi les poètes lyriques ne sont pas en possession d’eux-mêmes quand ils composent ces beaux chants que l’on connaît ; mais quand une fois ils sont entrés dans le mouvement de la musique et du rythme, ils sont transportés et possédés comme les Bacchantes[20], qui puisent aux fleuves le lait et le miel sous l’influence de la possession, mais non quand elles sont de sang-froid. C’est le même délire qui agit dans l’âme des poètes lyriques, comme ils l’avouent eux-mêmes. Les poètes nous disent bien, en effet, [b] qu’ils puisent à des sources de miel et butinent les poèmes qu’ils nous apportent dans les jardins et les vallons boisés des Muses, à la manière des abeilles, en voltigeant comme elles, et ils disent la vérité[21]. Car le poète est chose légère, ailée, sacrée, et il ne peut créer avant de sentir l’inspiration, d’être hors de lui et de perdre son esprit. Tant qu’il n’a pas reçu ce don divin, tout homme est incapable de faire des vers et de rendre des oracles.

Aussi, comme ce n’est point par art, mais par un don divin qu’ils trouvent et disent tant de belles choses sur leur sujet, [c] comme toi sur Homère, chacun d’eux ne peut réussir que dans le genre où la Muse le pousse, l’un dans les dithyrambes[22], l’autre dans les panégyriques[23], tel autre dans les hyporchèmes[24], celui-ci dans l’épopée[25], celui-là dans les iambes[26]. Dans les autres, chacun d’eux est mauvais. Car que ce n’est pas l’art, mais une puissance divine qui leur inspire leurs vers ; en effet, s’ils savaient bien parler par art d’un sujet, ils le sauraient aussi pour tous les autres. Et si le Dieu leur ôte l’esprit et les prend pour ministres, [d] comme il fait des prophètes et des devins inspirés, c’est pour que nous qui les écoutons sachions bien que ce n’est pas eux qui disent des choses si admirables, puisqu’ils n’ont pas leur esprit, mais que c’est le Dieu même qui les dit et qui nous parle par leur bouche. Et la meilleure preuve de ce que j’avance est Tynnichos de Chalcis, qui n’a jamais fait d’autre poème digne d’être retenu que le péan[27] que tout le monde chante, le plus beau peut-être de tous les chants lyriques, [e] une vraie « trouvaille des Muses », comme il l’appelle lui-même. Il me semble en effet que, précisément en la personne de ce poète, le Dieu a voulu nous démontrer, de manière à ne laisser aucun doute, que ces beaux poèmes ne sont ni humains ni faits par des hommes, mais divins et faits par des dieux, et que les poètes ne sont que les interprètes des Dieux, puisqu’ils sont possédés, quel que soit le dieu particulier qui les possède. Afin de le démontrer, le Dieu a choisi le poète le plus médiocre pour chanter par sa bouche [535a] le chant le plus beau. Ne penses-tu pas que je dis vrai, Ion ?

Ion. – Si, par Zeus ; car tu me saisis l’âme par tes discours, Socrate, et je crois que c’est par un don divin que les bons poètes sont auprès de nous les interprètes des Dieux.

Socrate. – Vous autres rhapsodes, à votre tour, n’êtes-vous pas les interprètes des poètes ?

Ion. – En cela aussi tu dis vrai.

Socrate. – Alors vous êtes des interprètes d’interprètes ?

Ion. – Justement [b].

Socrate. – Attention, maintenant, Ion ; réponds à la question que je vais te faire, et sois franc dans ta réponse. Quand tu déclames comme il faut des vers épiques et que tu touches profondément les spectateurs, soit que tu chantes Ulysse bondissant sur le seuil, se découvrant aux prétendants et versant les flèches à ses pieds[28], ou Achille s’élançant sur Hector[29], ou quelque passage émouvant sur Andromaque, Hécube ou Priam, es-tu alors dans ton bon sens ou es-tu hors de toi, [c] et ton âme croit-elle, dans le transport de l’inspiration, assister aux actions dont tu parles, à Ithaque, ou à Troie, ou à tel autre endroit décrit dans les vers ?

Ion. – Que la preuve que tu donnes est frappante, Socrate ! Je t’avouerai en effet sans déguisement que, quand je récite un morceau pathétique, mes yeux se remplissent de larmes ; si c’est un passage effrayant et terrible, mes cheveux se dressent d’effroi et mon cœur bondit [d].

Socrate. – Eh bien, Ion, pouvons-nous dire qu’un homme est dans son bon sens, quand, paré d’un habit bariolé et de couronnes d’or, il pleure au milieu des sacrifices et des fêtes, sans avoir rien perdu de sa parure, ou quand, debout au milieu de plus de vingt mille hommes qui lui sont amis, il est saisi de frayeur, quoique personne ne le dépouille et ne lui fasse du mal ?

Ion. – Non, par Zeus, non, Socrate, à te dire la vérité.

Socrate. – Sais-tu bien que vous faites éprouver tous ces mêmes sentiments à la plupart des spectateurs ? [e]

Ion. – Je le sais fort bien ; car du haut de l’estrade je les vois chaque fois pleurer ou lancer des regards terribles ou trembler comme moi à mes récits. Il faut bien en effet que je les observe ; car, si je les fais pleurer, je rirai, moi, de la recette que je ferai, tandis que si je les fais rire, c’est moi qui pleurerai de ma recette manquée.

Socrate. – Tu vois maintenant que le spectateur est le dernier des anneaux qui, comme je le disais, reçoivent les uns des autres la puissance qui leur vient de la pierre d’Héraclée ; l’anneau du milieu, c’est toi, le rhapsode et l’acteur ; [536a] le premier, c’est le poète lui-même. Et le Dieu, par l’intermédiaire de tous ceux-ci, attire l’âme des hommes où il veut, en faisant descendre sa puissance des uns aux autres. Et à lui, comme à la fameuse pierre, est suspendue une longue file de choreutes, de maîtres et de sous-maîtres de chœur, attachés obliquement aux anneaux qui tiennent à la Muse. Tel poète tient à une Muse, tel autre à une autre, et nous appelons cela « être possédé », [b] parce que c’est quelque chose comme une possession, puisque le poète appartient à la Muse. Puis à ces premiers anneaux, les poètes, d’autres sont attachés à leur tour et reçoivent l’inspiration de tel ou tel, les uns d’Orphée, les autres de Musée[30] ; mais la plupart sont attachés et tiennent à Homère. Tu es l’un de ceux-là, Ion, tu dépends d’Homère. Lorsqu’on chante un poème de quelque autre poète, tu dors et n’as rien à dire ; mais qu’un chant de ce poète résonne à tes oreilles, aussitôt tu t’éveilles, ton âme entre dans la danse et les idées se présentent en foule. [c] Car ce n’est pas par art ni par science que tu parles d’Homère, mais par un don divin et une possession. Semblable aux Corybantes qui ne sont prompts à saisir que l’air du Dieu dont ils sont possédés et qui trouvent pour accompagner cet air toutes sortes de figures et de paroles, tandis qu’ils restent insensibles aux autres airs. Toi aussi, Ion, quand il est question d’Homère, tu es intarissable, mais à sec quand il est question des autres. [d] Puisque tu veux savoir la cause de ta facilité à parler d’Homère et de ton embarras à propos des autres, c’est que ce n’est point à l’art, mais à un don divin que tu dois ton habileté à louer Homère.

Ion. – Tu parles bien, Socrate. Néanmoins je serais surpris si tu parlais assez bien pour me persuader que je suis possédé et délirant quand je fais l’éloge d’Homère. Toi-même sans doute tu ne le penserais pas, si tu m’entendais parler d’Homère.

Socrate. – Sans doute je veux t’entendre, [e] mais pas avant que tu m’aies répondu sur ce point : parmi les choses dont il est question dans Homère, sur laquelle parles-tu bien ? Pas sur toutes, je pense.

Ion. – Sur toutes sans exception, Socrate, apprends-le.

Socrate. – Tu fais pourtant bien exception pour les choses que tu ne connais pas et dont Homère parle ?

Ion. – Et quelles sont ces choses dont Homère parle et que je ne connais pas ? [537a]

Socrate. – N’y a-t-il pas dans Homère beaucoup de passages et de détails sur les arts, sur l’art du cocher, par exemple ? Si je me rappelais les vers, je te les réciterais.

Ion. – Je vais te les dire, moi, car je me les rappelle.

Socrate. – Récite-moi donc ce que Nestor dit à Antiloque son fils, quand il lui recommande de prendre garde en tournant la borne, dans la course de chevaux pour la mort de Patrocle.

Ion. –

Penche-toi toi-même légèrement sur ton char poli, [b] du côté gauche de l’attelage, et aiguillonne le cheval de droite en l’excitant de la voix, et lâche-lui les rênes. Arrivé à la borne, que le cheval de gauche la rase de manière que le moyeu de la roue faite avec art paraisse frôler le bord de la pierre, mais prends garde de l’accrocher[31]. [c]

Socrate. – Cela suffit. Maintenant, si ces vers d’Homère sont justes ou non, lequel, Ion, est le plus apte à en juger, le médecin ou le cocher ?

Ion. – Le cocher sans doute.

Socrate. – Est-ce parce qu’il possède cet art ou pour quelque autre chose ?

Ion. – Non, car c’est son art.

Socrate. – Le Dieu a donc attribué à chaque art la capacité de connaître une œuvre déterminée ; et en effet ce n’est pas, je pense, par l’art médical que nous apprendrons ce que nous connaissons par l’art du pilote de navire ?

Ion. – Assurément non.

Socrate. – Ni par l’art du charpentier, ce que nous connaissons par l’art médical ?

Ion. – Assurément non. [d]

Socrate. – N’en est-il pas de même de tous les arts ? Ce qu’un art nous fait connaître, nous ne l’apprendrons pas par un autre, n’est-ce pas ? Mais avant de répondre à cette question-là, réponds d’abord à celle-ci : Ne penses-tu pas que tel art est une chose, tel autre art une autre chose ?

Ion. – Si.

Socrate. – Or moi, selon qu’à mon jugement, la science se rapporte à tel objet ou à tel autre, je lui donne le nom de tel art ou de tel autre. Et toi, n’en uses-tu pas comme moi ?

Ion. – Si. [e]

Socrate. – Si en effet la science se rapportait aux mêmes objets, pour quelle raison parlerions-nous de deux arts différents, alors que nous pourrions savoir les mêmes choses par l’un comme par l’autre ? Ainsi, par exemple, je discerne que voilà cinq doigts, et tu le discernes tout comme moi ; et si je te demandais si c’est par le même art, l’arithmétique, ou par un autre que nous discernons la même chose, toi et moi, tu dirais sans doute : c’est par le même art.

Ion. – Oui. [538a]

Socrate. – Réponds donc maintenant à la question que je voulais te poser tout à l’heure. N’est-ce pas ton avis à propos de tous les arts, qu’un même art nous donne nécessairement la connaissance des mêmes choses, et qu’un autre art ne nous donne pas la connaissance des mêmes choses, mais, s’il est réellement différent, nous donne la connaissance de choses différentes ?

Ion. – C’est mon avis, Socrate.

Socrate. – Ainsi donc, si l’on ne possède pas un art, on sera incapable de bien connaître ce qui se dit ou se fait en vertu de cet art ? [b]

Ion. – C’est la vérité.

Socrate. – Ainsi, dans les vers que tu viens de réciter, qui sera meilleur appréciateur, pour juger si Homère parle bien ou non, toi ou le cocher ?

Ion. – Le cocher.

Socrate. – C’est qu’en effet tu es rhapsode et non cocher.

Ion. – Oui.

Socrate. – Et l’art du rhapsode est différent de celui du cocher ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Si donc il est différent, il est aussi la science d’objets différents ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Et quand Homère dit qu’Hécamédé, concubine de Nestor, donne à boire un breuvage à Machaon blessé [c] et s’exprime à peu près ainsi :

Sur le vin de Pramne, elle racla dessus du fromage de chèvre avec une râpe d’airain, et elle servit aussi de l’oignon pour exciter à boire[32].

Est-ce à l’art médical ou à l’art du rhapsode de juger si Homère parle juste ou non ici ?

Ion. – À l’art du médecin.

Socrate. – Et quand Homère dit : [d]

Et elle entra dans l’abîme comme le plomb qui, fixé à la corne d’un bœuf parqué au grand air, s’enfonce impétueusement, portant le malheur parmi les poissons voraces[33].

Est-ce l’art du pêcheur ou celui du rhapsode qui est le plus propre à juger du contenu de ces vers et à décider s’il est bon ou non ?

Ion. – Evidemment, Socrate, c’est l’art du pêcheur.

Socrate. – Mais vois, supposons que tu m’interroges à ton tour et que tu me demandes : [e] « Puisque tu trouves dans Homère, Socrate, des choses dont le jugement appartient à chacun de ces arts, eh bien, trouve-moi aussi quelles sont les choses relatives au devin et à la divination dont un devin est à même de juger et de dire si elles sont bien représentées ou mal », vois, dis-je, quelle réponse facile et juste je vais te faire. Homère parle de la divination en maint endroit, par exemple dans l’Odyssée, où le devin de la race de Mélampe, Théoclymène, tient ce langage aux prétendants : [539a]

Malheureux, quel est ce mal dont vous souffrez ? Vos têtes, vos visages et vos membres sont enveloppés de ténèbres ; vos sanglots éclatent, vos joues sont baignées de larmes ; des fantômes remplissent le vestibule, des fantômes remplissent la cour, se dirigent vers l’Érèbe, au pays des ténèbres ; [b] le soleil est mort dans le ciel et une obscurité funeste s’est abattue sur le monde[34].

Il en parle aussi en plusieurs endroits de l’Iliade, par exemple dans le « Combat du mur » où il dit :

Car un oiseau vint sur eux, comme ils brûlaient de franchir le fossé, un aigle au vol élevé qui laissait l’armée à sa gauche. [c] Il tenait en ses griffes un énorme serpent, couleur de sang, vivant encore. Le serpent se débattait vivement et ne renonçait pas à la lutte ; car, s’étant recourbé par derrière, il frappa l’aigle qui le tenait, à la poitrine, près du cou, et l’aigle le lâcha, sous le coup de la douleur, et le laissa tomber à terre au milieu des troupes, [d] puis, ayant poussé un cri, il s’abandonna au souffle du vent[35].

Ces passages, te dirai-je, et passages semblables, c’est au devin qu’il convient de les examiner et de les juger.

Ion. – Ce que tu dis est vrai, Socrate.

Socrate. – Ta réponse aussi l’est, Ion. Mais allons, à ton tour. Comme je t’ai extrait de l’Odyssée et de l’Iliade des traits qui relèvent du devin, des traits qui relèvent du médecin et des traits qui relèvent du pêcheur, [e] extrais-moi, toi aussi, puisque tu es plus versé que moi dans les choses homériques, des traits qui relèvent du rhapsode, Ion, et de l’art du rhapsode, qu’il appartient au rhapsode d’examiner et de juger, préférablement aux autres hommes.

Ion. – Tous relèvent du rhapsode, Socrate, je te l’affirme.

Socrate. – Non, Ion, tu ne peux pas dire tous ; as-tu si peu de mémoire ? Il serait regrettable pour un rhapsode d’être sujet à l’oubli.

Ion. – Qu’est-ce donc que j’oublie ? [540a]

Socrate. – Ne te rappelles-tu pas avoir dit que l’art du rhapsode était différent de celui du cocher ?

Ion. – Je me le rappelle.

Socrate. – N’as-tu pas avoué qu’étant différent, il devait connaître d’autres objets.

Ion. – Si.

Socrate. – L’art du rhapsode ne connaîtra donc pas tout, selon ton aveu, ni le rhapsode non plus.

Ion. – Excepté peut-être des choses de ce genre-là, Socrate. [b]

Socrate. – Par « choses de ce genre-là », tu veux dire : excepté presque tout ce qui dépend des autres arts ; mais quels sujets connaîtra donc ton art, puisqu’il ne les connaît pas tous ?

Ion. – Il connaîtra, je pense, le langage qu’il convient de prêter à un homme ou à une femme, à un esclave ou à un homme libre, à un subalterne ou à un chef.

Socrate. – Prétends-tu que le rhapsode connaîtra mieux que le pilote de navire le langage que doit tenir l’homme qui gouverne en mer un vaisseau battu par la tempête ?

Ion. – Non, pour cela, c’est le pilote de navire. [c]

Socrate. – Le rhapsode saura-t-il mieux que le médecin le langage que doit tenir celui qui gouverne un malade ?

Ion. – Non plus.

Socrate. – Alors, tu veux parler de ce que doit dire un esclave ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Prétends-tu, par exemple, que ce qu’un esclave qui est bouvier doit dire pour calmer ses vaches excitées, c’est le rhapsode qui le saura, non le bouvier ?

Ion. – Non, sûrement.

Socrate. – Alors, est-ce ce que doit dire une fileuse touchant le travail de la laine ?

Ion. – Non. [d]

Socrate. – Alors, est-ce ce que doit dire un stratège haranguant ses soldats ?

Ion. – Oui, voilà le genre de choses que connaîtra le rhapsode.

Socrate. – Quoi donc ! L’art du rhapsode se confond-il avec l’art du stratège ?

Ion. – Ce qu’il y a de sûr, c’est que je saurais, moi, ce qu’il convient que dise un stratège.

Socrate. – C’est que peut-être, Ion, tu es aussi un bon stratège. Et en effet si tu étais à la fois un bon écuyer et un bon cithariste, tu reconnaîtrais les chevaux qui trottent bien ou mal. [e] Mais si je te demandais « par lequel de ces deux arts reconnaîtrais-tu les chevaux qui trottent bien, par l’art de l’écuyer ou par celui du cithariste », que me répondrais-tu ?

Ion. – Je te répondrais que c’est par l’art de l’écuyer.

Socrate. – Donc, si tu discernais aussi les bons citharistes, tu avouerais que c’est en qualité de cithariste que tu les discernes, et non en qualité d’écuyer ?

Ion. – Oui.

Socrate. – Eh bien, puisque tu connais l’art du stratège, est-ce en tant que bon stratège ou en tant que bon rhapsode que tu le connais ?

Ion. – Je ne crois pas qu’ils diffèrent. [541a]

Socrate. – Comment peux-tu dire qu’ils ne diffèrent en rien ? Prétends-tu que l’art du rhapsode et l’art du stratège sont un seul et même art, ou deux arts ?

Ion. – Un seul et même art, ce me semble.

Socrate. – Alors, quiconque est bon rhapsode se trouve par là même être un bon stratège ?

Ion. – Parfaitement, Socrate.

Socrate. – Il faut donc dire aussi que quiconque est bon stratège  est aussi bon rhapsode ?

Ion. – Je ne crois pas cela.

Socrate. – Mais tu crois qu’un bon rhapsode [b] est aussi un bon stratège ?

Ion. – Tout à fait.

Socrate. – Or toi, tu es le meilleur rhapsode chez les Grecs ?

Ion. – De beaucoup, Socrate.

Socrate. – Es-tu aussi, Ion, le meilleur stratège qui soit parmi les Grecs ?

Ion. – Sois en sûr, Socrate ; car je l’ai appris dans Homère.

Socrate. – Pourquoi donc, au nom des dieux, Ion, étant le plus éminent des Grecs à la fois comme stratège et comme rhapsode, t’en vas-tu colporter tes récitations parmi les Grecs, au lieu de commander les armées ? [c] Crois-tu que les Grecs aient grand besoin d’un rhapsode couronné d’une couronne d’or, et qu’ils n’aient pas besoin d’un stratège ?

Ion. – Notre cité, Socrate, est gouverné par vous, et vous commandez ses troupes ; aussi n’a-t-elle point affaire d’un stratège. Quant à la vôtre et à celle des Lacédémoniens, elles ne me choisiraient pas pour stratège ; car vous vous croyez capables de commander vous-mêmes.

Socrate. – Mon excellent Ion, tu ne connais donc pas Apollodore de Cyzique[36] ?

Ion. – Quel Apollodore ?

Socrate. – Celui que les Athéniens ont souvent élu pour commander leurs troupes, malgré sa qualité d’étranger, [d] tout comme Phanosthène d’Andros[37] et Héraclide de Clazomènes[38], que notre cité élève à la stratégie et aux autres charges, bien qu’étrangers, parce qu’ils ont fait preuve de mérite ; et elle ne choisira pas pour stratège, elle n’honorera pas Ion d’Éphèse, s’il semble digne d’estime ! Quoi donc ! N’êtes-vous pas Athéniens d’origine, vous autres Éphésiens, et Éphèse n’égale-t-elle pas n’importe quelle ville ? [e]

Quant à toi, Ion, si tu dis vrai, que tu es capable de louer Homère par art et par science, tu en uses mal avec moi. Tu m’assures que tu sais quantité de belles choses sur Homère, tu promets de m’en donner une démonstration, et tu m’en frustres, et, loin de tenir ta promesse, tu ne veux même pas dire les choses où tu excelles, bien que je t’en presse depuis longtemps. Tu fais absolument comme Protée[39], tu prends toute sorte de formes et te tournes en tous sens, tant qu’enfin, après m’avoir échappé, tu reparais comme stratège, [542a] afin de ne pas me démontrer combien tu es habile dans le savoir d’Homère. Aussi, je le répète, si ton habileté vient de la connaissance de l’art, et si, après avoir promis de me donner une démonstration sur Homère, tu m’en frustres, ton procédé est injuste. Si au contraire ce n’est point par art, mais par un don divin et une possession d’Homère que tu dis, sans rien comprendre, beaucoup de belles choses sur le poète, comme je disais que c’était ton cas, je n’ai rien à te reprocher. Choisis donc si tu veux passer à mes yeux pour un homme injuste ou pour divin. [b]

Ion. – La différence est grande, Socrate. Il est en effet beaucoup plus beau de passer pour divin.

Socrate. – Garde donc le titre le plus beau, Ion : nous reconnaissons que tu es divin et que tes beaux discours sur Homère ne doivent rien à l’art.

 

 


[1] Célébrées tous les quatre ans, ces fêtes qui duraient trois jours avaient lieu entre la fin du mois d’avril et le début du mois de juillet.

[2] Grandes fêtes religieuses athéniennes qui se déroulaient dans la deuxième quinzaine de juillet. Ion vient peut-être aux grandes Panathénées qui se tenaient une fois tous les quatre ans et qui accueillaient divers concours auxquels assistait toute la population vivant à Athènes.

[3] V° av. J.-C., disciple d’Anaxagore (500-428 av. J.-C.) qui, comme lui, aurait proposé une interprétation allégorique d’Homère (cf. Diogène Laërce, Vies, opinions et sentences des philosophes illustres, II, 11).

[4] V° av. J.-C., il aurait écrit un ouvrage sur Homère.

[5] Il peut s’agir de l’auteur originaire de Rhêgion (ou Rhégium). Aristote le mentionne dans sa Poétique (1461b) comme l’auteur d’un Sur les poètes et les musiciens anciens. Il peut s’agir aussi d’un autre auteur originaire de Téos mentionné par Aristote dans sa Rhétorique (1403b26)

[6] Rhapsodes de Chios qui prétendaient descendre d’Homère. Ion semble leur reconnaître une certaine autorité.

[7] VIII° av. J.-C., poète, auteur dont il nous reste la Théogonie, Les Travaux et les Jours et peut-être Le Bouclier d’Héraclès. Pour les Anciens, il était presque aussi important qu’Homère. Il représente une forme de poésie didactique.

[8] 712-664 av. J.-C., de Paros, poète lyrique souvent comparé à Homère.

[9] Expression qu’on trouve chez Homère.

[10] V° av. J.-C., peintre célèbre originaire de Thasos qui œuvra à Athènes. Ses grandes fresques sont perdues.

[11] Personnage mythologique – pour nous – qui passe pour avoir été un sculpteur.

[12] Il aurait construit le cheval de Troie qui permit aux Grecs de prendre Troie après dix ans de guerre infructueuse. Il aurait été représenté sur une frise de Polygnote à Delphes.

[13] VIII° av. J.-C., sculpteur, il aurait inventé la fonte du bronze.

[14] Personnage mythologique, joueur de flûte servant le satyre Marsyas, compagnon de Dionysos.

[15] Ou Thamyris, poète et musicien thrace légendaire qui le premier aurait joué de la cithare (ou de la lyre) sans chant.

[16] Poète et musicien légendaire venant de Thrace. Il est le héros d’un cycle qui a donné lieu à une religion du salut au V° av. J.-C. qu’on nomme l’orphisme.

[17] Personnage de l’Odyssée d’Homère. C’est un aède qui chante contraint par les prétendants.

[18] Il s’agit de l’aimant naturel.

[19] Groupes de danseurs s’accompagnant de tambours et de cymbales qui célébraient la déesse Cybèle, la déesse-mère initiatrice de Dionysos.

[20] Femmes possédées par le Dieu Dionysos (Bacchus en latin). D’après le drame satyrique d’Euripide (~480-406 av. J.-C.), Les Bacchantes (vers 708-711), elles auraient fait jaillir du lait et du miel en frappant le sol.

[21] L’image des jardins se trouve chez le poète Pindare (518-438 av. J.-C.) : « Pourvu qu’une main divine daigne m’introduire dans le jardin des Grâces et m’aide à y cueillir quelques fleurs. » Olympiques, IX. L’image des abeilles se trouve chez le poète comique Aristophane (~450-~386 av. J.-C.), dans les Oiseaux (414 av. J.-C.) qui qualifie ainsi un poète : « Phrynichos, comme une abeille, cueille le fruit de ses chants parfumés d'ambroisie et ne cesse d’en apporter les doux accents ». Jean de La Fontaine (1621-1695) se souviendra de ce passage : « Papillon du Parnasse, et semblable aux abeilles / À qui le bon Platon compare nos merveilles, / Je suis chose légère et vole à tout sujet, / Je vais de fleur en fleur et d’objet en objet » Fables, livre IX, Discours à Madame de la Sablière.

[22] Chants en l’honneur de Dionysos d’un chœur d’hommes accompagnés par une flûte double (aulos) et dansés.

[23] Éloges.

[24] Chants accompagnés de pantomimes dansées en l’honneur d’Apollon.

[25] Chant poétique qui chante les exploits d’un héros dont le prototype est l’Iliade d’Homère dont le héros est Achille.

[26] Ici, genre poétique de la satire.

[27] Chant en l’honneur d’Apollon. On trouve une référence à Tynnichos dans un texte de Porphyre (234-305 ?), De l’abstinence (~271), II, 18, qui a pu recopier Platon.

[28] Homère, Odyssée, XXII, début.

[29] Homère, Iliade, XXII, 312 sq.

[30] Poète mythique, fils ou disciple d’Orphée.

[31] Homère, Iliade, XXIII, 335-340.

[32] Iliade, XI, 639.

[33] Iliade, XXIV, 80-82.

[34] Homère, Odyssée, XX, 351-357.

[35] Iliade, XII, 200-207.

[36] Il aurait été un stratège mercenaire utilisé par les Athéniens dans les années 390, soit après la mort de Socrate.

[37] Même cas qu’Apollodore de Cyzique.

[38] Même cas qu’Apollodore de Cyzique.

[39] Dieu marin appelé « Vieux de la mer » dans l’Odyssée d’Homère, il a le pouvoir de se métamorphoser.

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