Condillac "Traité des animaux" Index des auteurs

Publié le par Bégnana Patrice

 

Le Traité des animaux (TA) de Condillac, a été publié en 1755, un an après son Traité des sensations qui expose l’essentiel de sa philosophie sensualiste. Condillac expose et critique les thèses du naturaliste Buffon (1707-1788) sur la différence de l’homme et des animaux. Il la rattache à la théorie dite des animaux machines, du mathématicien, physicien et philosophe Descartes (1596-1650).

D’autres auteurs sont invoqués. C’est d’eux seulement dont il est question dans cet index.

Les références renvoient à :

Condillac, Traité des animaux, présenté et annoté par Michel Malherbe, Paris, Vrin, 2004.

 

Bacon (Francis), baron de Verulam, né en 1561 à Londres, est un homme d’Etat anglais. Il fut conseiller d’Etat en 1616, garde des sceaux en 1617, puis Grand Chancelier de 1618 à 1621, date à laquelle, accusé de concussion, il fut destitué de ses fonctions. Philosophe, il se propose de fonder les sciences. Il publie en 1620 le Novum Organum. La Nouvelle Atlantide, sorte d’utopie, paraît en 1627. Il meurt en 1626 à Highgate.

Bacon passe pour le promoteur de l’inductivisme, c’est-à-dire de la conception de la connaissance qui la fonde sur l’induction, autrement dit l’inférence du particulier au général (cf. par exemple, Ernst Mayr, Histoire de la biologie – Diversité, évolution et hérédité (1982), tome 1. Des origines à Darwin, Traduit de l’Américain par Marcel Blanc, Paris, Fayard, 1989, Le livre de Poche, p.56). En outre, il refuse les causes finales de la scolastique*[1]. Avant Descartes*, il donne à la science le projet de rendre l’homme maître de la nature car, écrit-il :

« l’empire de l’homme sur les choses n’a d’autre base que les arts et les sciences, car on ne peut commander à la nature qu’en lui obéissant » Bacon, Novum Organum, I, § 129.

Condillac s’y réfère comme à Newton en tant qu’il incarne « la méthode expérimentale et le refus des spéculations « métaphysiques », au mauvais sens du terme. » André Charrak, Empirisme et métaphysique – L’essai sur l’origine des connaissances humaines de Condillac, Paris, Vrin, 2003, p.14.

Première partie, chapitre iv Que dans la supposition où les animaux seraient tout à la fois purement matériels et sensibles, ils ne sauraient veiller à leur conservation, s’ils n’étaient pas encore capables de connaissance, note 1 p.128.

 

Berkeley (George). Il est né en 1685 à Kilkrin en Irlande. Après des études au Trinity College de Dublin, il entre dans les ordres en 1709. Il publie cette année-là sa Nouvelle théorie de la vision où il propose une solution négative au problème de Molyneux*. L’année suivante, il donne le Traité sur les principes de la connaissance. En 1713, ce sont les Dialogues entre Hylas et Philonoüs. Il voyage ensuite en Angleterre, en Italie et en France. En 1728, il embarque pour l’Amérique, mais le manque de soutiens financiers l’amène à renoncer à son projet de fondation d’un collège. De retour en Irlande, il est nommé évêque de Cloyne en 1735. À partir de cette date, il se consacre essentiellement à son évêché. Il meurt en 1753 à Oxford, soit deux ans avant la parution du Traité des Animaux.

Berkeley propose une philosophie idéaliste qui refuse l’existence de la matière, ce qui lui permet de combattre l’athéisme.

Le Traité des sensations de Condillac répond d’ailleurs au reproche d’idéalisme à lui adressé par Diderot (1713-1784) :

« On appelle idéalistes ces philosophes qui, n’ayant conscience que de leur existence et des sensations qui se succèdent au dedans d’eux-mêmes, n’admettent pas autre chose (…). L’idéalisme mérite bien à lui [c’est-à-dire Condillac] être dénoncé ; et cette hypothèse a de quoi le piquer, moins encore par sa singularité que par la difficulté de la réfuter dans ses principes ; car ce sont les mêmes que ceux de Berkeley. » Diderot, Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient (1749), (cf. Charrak, op. cit., p.92).

Préface, note 1 pp.111-112 ; Première partie, chapitre vi Examen des observations que M. de Buffon a faites sur les sens, p.133.

 

Burnet (Thomas) (1635-1715). Il est l’auteur d’une Telluris Theoria sacra, orbis nostri originem et mutationes generales qua aut jam subiit, aut olim subiturus est, complectens (1680) et d’une Archaeologia philosophica (1692). Il attribue avec d’autres auteurs une histoire à la Terre faite de cataclysmes (cf. François Jacob, La logique du vivant, Paris, Gallimard, 1970, p.147). C’est en abandonnant la lecture littérale au profit d’une lecture allégorique de la Bible qu’il arrive à la concilier avec la paléontologie. Buffon dans les Époques de la Nature procédera de même (cf. Ernst Cassirer, La philosophie des Lumières, 1932, trad. Pierre Quillet, Fayard, 1966, Agora, p.94.)

Première partie, chapitre premier Que les bêtes ne sont pas de purs automates, et pourquoi on est porté à imaginer des systèmes qui n’ont point de fondement, p.115.

 

Cheselden (William) (1688-1752), chirurgien anglais, spécialiste de l’opération de la cataracte. Dans les Philosophical Transactions, il rapporta en 1728, le détail de l’opération et les premières réactions de l’aveugle ayant recouvré la vue. Ainsi, il n’a pas immédiatement selon lui manifesté le sens des distances. Il donnait ainsi une solution expérimentale au problème de Molyneux* (cf. Cassirer, op. cit., p.170). Diderot l’évoque dans sa Lettre sur les aveugles à l’usage de ceux qui voient.

Première partie, chapitre vi Examen des observations que M. de Buffon a faites sur les sens, p.134.

 

Epicure est né dans l’île de Samos en 341 av. J. – C. Ses parents étaient des colons athéniens. En 306, il fonde une école, au Jardin, dans le nord ouest d’Athènes qui lui survivra jusqu’au deuxième siècle de notre ère. Il meurt en 270 av. J.-C. à Athènes.

De son œuvre immense, il ne nous reste plus que trois lettres, à Hérodote (sur la physique), à Pythoclès (sur les météores) et à Ménécée (sur l’éthique) ainsi que 40 Maximes Capitales et des Sentences vaticanes, découvertes en 1888 que Condillac ne pouvait donc connaître. L’épicurisme était aussi connu par les exposés de Cicéron (106-43 av. J.-C.) comme les livres I et II Des termes extrêmes des biens et des maux, ou de Plutarque (50-125), exposés toujours critiques, et surtout par le grand poème de son disciple romain, Lucrèce (98-55 av. J.-C.), De la nature.

Le « système d’Epicure » comme le nomme Condillac consiste à expliquer l’univers composé d’une pluralité de mondes, notre monde, les animaux et l’homme par des principes matériels, à savoir les atomes et le vide, dont les rencontres produisent la totalité de ce qui existe, y compris les Dieux. D’où l’athéisme supposé de ce système qui exclut un quelconque rôle des Dieux ou de Dieu, éternel adversaire des défenseurs de la cause de Dieu.

Seconde partie, chapitre vi Comment l’homme acquiert la connaissance de Dieu, p.174.

 

Haller (Albrecht von) est né à Berne en 1708. C’est un médecin, philosophe et écrivain suisse d’expression allemande. Il est notamment le théoricien de la fibre, conçue comme la plus petite partie du vivant (cf. François Jacob, La logique du vivant, pp.88-89 ; Ernst Mayr, Histoire de la biologie – Diversité, évolution et hérédité (1982), tome 2. De Darwin à nos jours, Traduit de l’américain par Marcel Blanc, Paris, Fayard, 1989, Le livre de Poche, p.861.). Il rejetait toute théorie physiciste du vivant qu’il nommait « anatomie animée » (cf. Alain Prochiantz, Les anatomies de la pensée – A quoi pensent les calamars ?, Paris, éditions Odile Jacob, janvier 1997, p.15). C’est également un partisan de la théorie préformationniste de l’hérédité, c’est-à-dire de l’idée selon laquelle une cellule sexuelle (spermatozoïde ou ovule) contient déjà le nouveau-né et ainsi de suite à l’infini (Prochiantz, op. cit., p.23 et Machine-esprit, Paris, éditions Odile Jacob, janvier 2001, p.187).

Ses Elementa Physiologiae paraissent en 1766. On lui attribue, à tort, l’invention du terme de physiologie (cf. Georges Canguilhem, La formation du concept de réflexe aux xvii° et xviii°, Paris, P.U.F., 1955, p.59).

Il prétendit découvrir une propriété ou force inhérente à la seule fibre musculaire, l’irritabilité (ibid., p.94). Notons qu’il était un adversaire de Descartes.

Il s’éteint dans sa ville natale en 1777.

Première partie, chapitre iv Que dans la supposition où les animaux seraient tout à la fois purement matériels et sensibles, ils ne sauraient veiller à leur conservation, s’ils n’étaient pas encore capables de connaissance, note 1 p.128.

 

Locke (John). Né le 29 août 1632 à Wrington, près de Bristol dans le Sommerset, dans une famille de tradition puritaine, Locke hésite entre une carrière cléricale et une carrière médicale.

En 1667, il devient conseiller privé du futur comte de Shaftesbury, Lord Ashley (1621-1683), personnage influent à la cour de Charles II d’Angleterre (1630-1685). Toutefois, l’absolutisme du roi le conduit dans l’opposition. Locke séjourne alors à Montpellier, puis à Paris où il lit l’Abrégé de la philosophie de Gassendi de François Bernier (1620-1688). Après un passage par Londres, il s’installe à Rotterdam. Après l’arrivée sur le trône d’Angleterre du protestant Guillaume d’Orange qui suivit la “glorious revolution” de 1688-1689, Locke revient en Angleterre.

Il publie alors l’essentiel de son œuvre : la Lettre sur la tolérance en 1689, l’Essai sur l’entendement humain (réédité en 1694, 1695, 1700 et 1706) et les Deux traités sur le gouvernement civil en 1690 (sans nom d’auteur). En 1693, ce sont les Quelques pensées sur l’éducation. Il s’éteint en 1704 à Oates, Essex.

La philosophie de Locke est un “empirisme”, qui, sur la base de la réfutation de la doctrine cartésienne des idées innées, pense l’esprit comme une table rase qui reçoit toutes ses idées ou représentations de l’expérience. Toutefois, Locke admet outre des idées qui proviennent des sensations, des idées qui proviennent de la réflexion (cf. Essai sur l’entendement humain, livre II « Des Idées »). Condillac se reconnaîtra toujours son disciple tout en considérant qu’il systématise le principe de Locke. Il remplace son dualisme en faisant de la sensation le seul principe. Il se fait fort

« d’expliquer la génération des opérations de l’âme en les faisant naître d’une simple perception. » Condillac, Essai sur l’origine des connaissances humaines, Introduction.

La philosophie sensualiste ou sensationiste de Condillac apparaît donc comme une correction de Locke :

« Le jugement, la réflexion, les désirs, les passions ne sont que la sensation même qui se transforme différemment. » Condillac, Traité des sensations, « Dessein de cet ouvrage »

En outre, dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines de 1749, Condillac fait du langage d’institution la condition de la réflexion. (cf. Jacques Derrida [1930-2004], L’archéologie du frivole – Lire Condillac, Paris, Galilée, 1973, Denoël/Gonthier, 1976, p.21 et sq. ; Charrak, op. cit., p.37). Il écrit de Locke :

« La route qu’il ouvre est souvent si escarpée, qu’on a autant de peine à aller à la vérité sur ses traces, qu’à ne pas s’égarer sur celles de Malebranche. » Condillac, Traité des systèmes, chapitre vii, in Œuvres philosophiques, Paris, P.U.F., 1947-1948, volume 1, p.151.

Dans le Traité des animaux, dans une note rajoutée et qui fait référence à son Cours d’étude, il se loue d’avoir découvert ce qu’aucun autre et notamment Locke n’avait fait avant lui, à savoir le principe de la liaison des idées.

Locke est également un défenseur des droits de l’homme. Pour les philosophes des Lumières, il est le modèle même du philosophe.

Préface, note 1 p.111 ; Seconde partie, chapitre ix Système des habitudes dans tous les animaux : comment il peut être vicieux ; que l’homme a l’avantage de pouvoir corriger ses mauvaises habitudes, p.190.

 

Malebranche (Nicolas) est né le 5 août 1638 à Paris. Après des études de théologie à la Sorbonne, il choisit de devenir prêtre et entre à l’Oratoire fondé par Bérulle en 1611. L’année de son ordination (1664), il lit le Traité de l’homme de Descartes, ouvrage posthume qui vient de paraître. Il est converti à la philosophie et à la science de son temps (cf. Geneviève Rodis-Lewis [1918-2004], Malebranche, Paris, P.U.F., 1963, pp.9-10 ; Ferdinand Alquié [1906-1985], Le Cartésianisme de Malebranche, Paris, Vrin, 1974, p.241). Il publie De la recherche de la vérité, son premier ouvrage, en 1675. Son activité essentiellement intellectuelle l’entraîne à justifier le christianisme. Il publie respectivement les Conversations chrétiennes en 1677, le Traité de la nature et de la grâce en 1680, le Traité de morale en 1684, les Entretiens sur la métaphysique et la religion en 1688, les Entretiens sur la mort en 1696. Il s’éteint à Paris le 13 octobre 1715. Il naquit et mourut les mêmes années que Louis xiv.

Disciple “dissident” de Descartes, il soutient la thèse des causes occasionnelles selon laquelle la seule cause véritable est Dieu. Toutes les causes ne sont donc que l’occasion de son exercice. Condillac reprend en un sens cette théorie dans sa façon de concevoir les relations de l’âme et du corps. En outre, Malebranche rejette la théorie cartésienne des idées innées au profit de la thèse de la vision en Dieu, c’est-à-dire que selon lui la raison humaine aperçoit directement les idées dans l’esprit éternel du créateur. Condillac remarquera :

« Malebranche s’efforce de mettre entre les idées et les sensations plus de différence qu’il n’y en a. Il n’a garde de penser que les idées soient des modifications de l’âme ; comme si les même sensations qui modifient l’esprit, ne suffisaient pas pour représenter les choses qui sont hors de nous. » Condillac, Traité des systèmes, op. cit., p.147 (cf. Charrak, op. cit., p.34).

Malebranche est un partisan de la thèse des animaux machines qui lui paraît justifier d’un point de vue théologique en ce que seul l’homme ayant pêché, il est le seul qui mérite de souffrir. Des animaux il écrit qu’

« étant innocents, comme tout le monde en convient, et je le suppose, s’ils étaient capables de sentiment, il arriverait que, sous un Dieu infiniment juste et tout-puissant, un innocent souffrirait de la douleur, qui est une peine et la punition de quelque péché. » Malebranche, De la recherche de la vérité.

Il va ainsi plus loin que Descartes qui refusait la pensée aux animaux mais leur accordait la sensibilité.

Voilà sa thèse résumée par lui-même :

« Ainsi, dans les animaux, il n’y a ni intelligence, ni âme comme on l’entend ordinairement. Ils mangent sans plaisir, ils crient sans douleur, ils croissent sans le savoir, ils ne désirent rien, ils ne craignent rien, ils ne connaissent rien ; et s’ils agissent de manière qui marque l’intelligence, c’est que Dieu les ayant faits pour les conserver, il a formé leurs corps de telle façon qu’ils évitent machinalement et sans crainte tout ce qui est capable de les détruire. » Malebranche, De la recherche de la vérité, Livre VI, II° partie, chapitre VII, Gallimard, « Bibliothèque de la Pléiade », 1979, p.717.

(cf. Elisabeth de Fontenay, Le silence des bêtes – La philosophie à l’épreuve de l’animalité, Paris, Fayard, 1998, pp.291-299)

L’anecdote selon laquelle Malebranche aurait donné un coup de pied à une chienne pleine en disant qu’elle ne sentait rien fait partie des anecdotes douteuses (cf. Geneviève Rodis-Lewis, op. cit., note 4 p.6.).

Seconde partie, chapitre vii Comment l’homme acquiert la connaissance des principes de la morale, p.182 ; chapitre x De l’entendement et de la volonté, soit dans l’homme soit dans les bêtes, p.196.

 

Molière (1622-1673), poète comique français, auteur de Dom Juan, Tartuffe, etc.

Il est possible que Condillac, en mettant sur le même plan Molière et l’animal, ait moins en vue de rabaisser celui-là que d’élever celui-ci. Il s’oppose ainsi à l’esthétique classique, qui, en accord avec la philosophie cartésienne, admet le primat de la raison.

On peut d’ailleurs noter que Condillac n’innove pas puisque déjà l’Abbé Charles Batteux (1713-1780) dans son ouvrage Les Beaux-Arts réduits à un même principe publié en 1746 considérait que l’art avait à imiter la nature et donc reposait sur l’expérience et il donnait comme exemple Molière (cf. François Dagnognet, L’animal selon Condillac, Paris, Vrin, 1987, éd. de poche 2004, p.98).

Seconde partie, chapitre ii Système des connaissances dans les animaux, note 1 p.154.

 

Molyneux (ou Molineux) William (1656-1698), ami de Locke*, ce physicien et géomètre irlandais vit sa femme devenir aveugle avant de mourir. Il fut l’auteur d’une Dioptrica Nova (1692).

Ce qu’on nomme le problème de Molyneux a été transmis à Locke* par une lettre que celui-ci insère en 1694 dans la seconde édition de son Essai concernant l’entendement humain :

« À cette occasion, j’inférerai ici un Problème du savant Mr. Molineux, qui emploie si utilement son beau génie à l’avancement des Sciences. Le voici tel qu’il me l’a communiqué lui-même dans une Lettre qu’il m’a fait l’honneur de m’écrire depuis quelque temps : Supposez un Aveugle de naissance, qui soit présentement homme fait, auquel on ait appris à distinguer par l’attouchement un Cube & un Globe, du même métal, & à peu près de la même grosseur, en sorte que lorsqu’il touche l’un & l’autre, il puisse dire quel est le Cube, & quel est le Globe. Supposez que le Cube & le Globe étant posés sur une table, cet Aveugle vienne à jouir de la vue. On demande si en les voyant sans les toucher, il pourrait les discerner, & dire quel est le Globe & quel est le Cube. Le pénétrant & judicieux Auteur de cette Question répond en même temps que non : car, ajoute-t-il, bien que cet Aveugle ait appris par expérience de quelle manière le Globe & le Cube affectent son attouchement, il ne sait pourtant pas encore que ce qui affecte son attouchement de telle ou de telle manière, doive frapper ses yeux de telle ou de telle manière, ni que l’angle avancé d’un Cube qui presse la main d’une manière inégale, doive paraître à ses yeux tel qu’il paraît dans le Cube. » Locke, Essai philosophique concernant l’entendement humaine, trad. Coste sur la 4ème édition de 1700, 5ème édition revue et corrigée, Amsterdam et Leipzig, 1705, Paris, Vrin, 1983, Livre II Des idées, chapitre ix De la Perception, §8, pp.99-100.

Locke accepte la solution négative au problème.

Le problème est discuté au xviii° siècle par :

Berkeley*. Dans sa Nouvelle théorie de la vision (1709), il essaie de montrer que la spatialité n’est pas vue comme telle mais qu’elle se construit par la liaison des impressions visuelles et tactiles qui rend possible la représentation.

Voltaire*. Dans ses Eléments de la philosophie de Newton (1738), il suit Berkeley :

« Nous apprenons à voir, précisément comme nous apprenons à parler et à lire. » Voltaire, Eléments de la philosophie de Newton, Deuxième partie, chapitre v.

Diderot. Dans sa Lettre sur les aveugles à ceux qui ne voient pas (1749° in Œuvres, tome I Philosophie, Paris, Robert Laffont, « Bouquins, pp.172-174.), il revient à l’idée d’une forme de spatialité de la vision.

Condillac. Dans son Essai sur l’origine des connaissances humaines (1749), section vi, il suit d’abord la solution de la spatialité de la vue avant, dans le Traité des sensations (1754) de considérer que seul le toucher rend possible la représentation de l’espace.

Préface, note 1, p.111.

 

Platon est né dans une famille noble d’Athènes entre 428 et 426 av. J.-C. C’est à 20 ans environ qu’il rencontre Socrate (~469-399 av. J.-C.). Il assiste au procès de ce dernier en 399 av. J.-C. À partir de la condamnation et de la mort de son maître, il se voue à la philosophie. Il fonde l’Académie en 387 av. J.-C. (qui lui survivra malgré de nombreuses modifications jusqu’en 527 ap. J.-C.). Par trois fois, il tente de convertir les tyrans de Sicile à la philosophie sans succès. Il meurt à Athènes à l’âge de 80 ou 81 ans entre 348 et 346 av. J.-C.

Les textes qui intéressent sa réflexion de l’âme sont le Phédon où l’immortalité de l’âme est démontrée ainsi que la métempsycose ; la République où la tripartition de l’âme est établie ; le Phèdre où le mythe de la chute est proposé et enfin le Timée, œuvre de la maturité, qui propose une synthèse de la théorie platonicienne de l’âme.

Première partie, chapitre 2 Que si les bêtes sentent, elles sentent comme nous, note 1 p.120.

 

Pythagoriciens. On nomme ainsi une école ou une secte de philosophes antiques dont le fondateur serait Pythagore (vi° siècle av. J.-C.). Les Pythagoriciens passent pour avoir défendu la métempsycose et le végétarisme.

Première partie, chapitre 2 Que si les bêtes sentent, elles sentent comme nous, note 1 p.120.

 

Quesnay (François) est né à Méré dans les Yvelines en 1694. Reçu docteur en médecine en 1744, il devint médecin consultant de Louis XV (1710-1725-1774) et surtout le chef de fil des membres de l’école des physiocrates. Ces économistes tenaient le travail de la Terre pour la seule source de la valeur et ne voyaient que stérilité dans l’industrie. Ils prônaient à la fois le laisser faire dans l’ordre économique – ce sont les fondateurs du libéralisme –, régi selon eux par des lois intangibles, et le despotisme dans l’ordre politique pour faire respecter l’ordre économique. Sa pensée économique est résumée dans son Tableau économique de 1758. Il publia La Physiocratie en 1768.

Première partie, chapitre iii Que dans l’hypothèse où les bêtes seraient des être purement matériels, M. de Buffon ne peut pas rendre raison du sentiment qu’il leur accorde, note 1, p.121.

 

Quintilien est né à Calagurris en Espagne en 30 de notre ère. Fils de rhéteur, il fait ses études à Rome et s’y fixera après un séjour en Espagne de 60 à 69. Son école de rhétorique, qui devint publique grâce aux subventions de l’empereur Vespasien (9-69-79), ouvrit vers 70 et ferma vers 90. Elle attira les enfants des meilleures familles. Il eut comme élève Pline le jeune (61-112), Tacite (~56-~117) et peut-être Juvénal ( ?-130). Il fut le précepteur des deux neveux de l’empereur Domitien (51-81-96). Il nous reste de lui son ouvrage l’Institution oratoire (De institutione oratoria) qu’il écrivit pour « une honnête jeunesse » (livre III, 6). On peut en dater la rédaction de 93 à 96. L’ouvrage a dû être publié au plus tard en 96. Il s’éteint peut-être en 97.

Condillac se réfère au chapitre 5 du livre VIII pour renforcer l’idée que le terme de sensation a été transporté du corps à l’âme. Il cite la première phrase du chapitre : « Sententiam ueteres quod animo sensissent uocauerunt » que Jean Cousin traduit ainsi : « Les anciens ont appelé sententia le sentiment intime. » puis prétend citer le chapitre 4. Dans l’édition que j’ai pu consulter qui est bien postérieure à celle que devait utiliser Condillac, c’est un passage du chapitre 5 qu’il cite. La traduction en est la suivante : « Il n’est pas rare cependant que l’on ait dit aussi sensa pour exprimer la même idée. Car sensus semblait se rapporter au corps. Mais l’habitude s’est établie dès lors d’appeler sensus les conceptions de l’esprit. » (Quintilien, Institution oratoire, tome V, Livres VIII-IX, texte établi et traduit par Jean Cousin, Paris, C.U.F., 1978).

Seconde partie, chapitre x De l’entendement et de la volonté, soit dans l’homme soit dans les bêtes, note 1 p.198.

 

Scolastiques. On nomme ainsi les universitaires européens, partisans de la pensée d’Aristote qui, depuis Thomas d’Aquin (Saint) au xiiième, a été liée à la théologie chrétienne.

À l’instar d’Aristote (384-322 av. J.-C.), les scolastiques attribuent une âme aux animaux, dite sensitive qui se surajoute à l’âme végétative des plantes. L’homme possède en outre l’âme raisonnable.

Première partie, chapitre iv Que dans la supposition où les animaux seraient tout à la fois purement matériels et sensibles, ils ne sauraient veiller à leur conservation, s’ils n’étaient pas encore capables de connaissance, p. 128.

 

Voltaire (François Marie Arouet dit) est né à Paris (ou à Châtenay) en 1694 dans un milieu aisé. Une jeunesse agitée lui permet deux séjours à la Bastille et un exil de trois ans en Angleterre. De retour en France en novembre 1728, il publie en 1733 les Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, qui l’amènent à fuir. En 1738, ce sera ses Eléments de la philosophie de Newton. Rentré en grâce en 1744, il devient historiographe du roi en 1745 et est élu à l’Académie française en 1746. De 1750 à 1753, il demeure auprès de Frédéric II de Prusse (1712-1740-1786). C’est en 1760 qu’il se fixe à Ferney et fait fructifier un patrimoine important qui lui apportera une immense richesse. Il prend part aux grands combats philosophiques pour la tolérance et contre l’injustice dans l’affaire Calas en 1762 pour laquelle il écrit le Traité sur la tolérance à l’occasion de la mort de Jean Calas (1763), dans l’affaire Sirven (dont l’effigie est brûlée en 1764), l’affaire Lally (décapité en 1766) ou dans l’affaire du chevalier de la Barre, décapité en 1766 pour impiété.

Il s’est éteint en 1778 à Paris trois mois après un retour triomphal.

Voltaire a défendu la physique de Newton (1642-1727) contre celle de Descartes et la philosophie empiriste de Locke* contre les métaphysiques du XVII° siècle, celle de Descartes et des “cartésiens”, Malebranche* et Leibniz.

« Après tant de courses malheureuses, fatigué, harassé, honteux d’avoir cherché tant de vérités et d’avoir trouvé tant de chimères, je suis revenu à Locke, comme l’enfant prodigue qui retourne chez son père ; je me suis rejeté entre les bras d’un homme modeste, qui ne feint jamais de savoir ce qu’il ne sait pas ; qui, à la vérité, ne possède pas des richesses immenses, mais dont les fonds sont bien assurés, et qui jouit du bien le plus solide sans aucune ostentation. » Voltaire, Le Philosophe ignorant, XIX De Locke (1766).

 

 


[1] Les noms suivis d’un * sont l’objet d’une entrée dans cet index.

Publié dans Oeuvres

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