Leçon sur l'idée de vérité

Publié le par Bégnana Patrice

Lucas Cranch l'ancien (1472-1553) "La bouche de vérité" (~1525-1530)

Lucas Cranch l'ancien (1472-1553) "La bouche de vérité" (~1525-1530)

 

L’idée de vérité, c’est l’idée de ce qui s’oppose à l’erreur et au mensonge. Comme opposée à l’erreur, l’idée de vérité désigne ce qui est valable universellement. Il n’y a qu’une vérité là où l’erreur est multiple. Opposée au mensonge, l’idée de vérité affirme la valeur de l’autre qui n’est pas un simple moyen d’arriver à nos fins. En lui disant la vérité, tout au moins ce qu’on croit tel, on s’oblige. Or, l’idée de vérité est-elle ? Ne faut-il pas la démontrer ?

C’est impossible. Car, démontrer, c’est justement déduire les conséquences nécessaires de prémisses vraies, conséquences qui sont alors démontrées, c’est-à-dire pensées légitimement comme vraies. Comme Descartes le montre, à supposer qu’on démontre la vérité, encore faudrait-il la connaître pour savoir si la démonstration est vraie (cf. lettre à Mersenne du 16 octobre 1639).

Si donc l’idée de vérité n’est qu’une simple croyance, on peut la remettre en cause. Et dès lors, peut-on s’en passer ? Doit-on penser l’idée de vérité comme une erreur ? Pire : un mensonge ?

On peut alors soutenir que l’idée de vérité est une sorte de croyance ou plutôt ce qui accompagne toute croyance. C’est pour cela qu’elle est relative. La vérité est fonction de la croyance. On peut appeler cette position le relativisme. Il implique que l’idée de vérité absolue est une erreur.

Or, le relativisme, s’il est pris absolument est contradictoire. Il affirme comme vrai sa position tout en soutenant que la vérité est une affaire de croyance. Il faut donc le prendre relativement. Mais alors, comme Platon le faisait objecter au sophiste Protagoras par son maître Socrate dans le Théétète, le relativisme ne peut nier sa négation et donc on peut le considérer comme faux. Finalement, le relativisme affirme l’universalité de la croyance alors qu’elle est toujours multiple, c’est ce qui le rend intenable.

Mais comme la vérité ne peut se démontrer, on peut alors dire qu’elle n’est que recherchée, et qu’on peut douter de la possibilité de jamais la connaître. Telle est la position du scepticisme. Prenant acte de l’impossibilité de tout démontrer, notamment de l’idée de vérité, il mime les arguments du dogmatisme, c’est-à-dire de la philosophie qui prétend possible la connaissance de la vérité, pour mettre en doute l’idée de vérité. Si le scepticisme est irréfutable, il n’en reste pas moins vrai qu’il est traversé d’une difficulté irréductible. Du moment qu’il s’exprime, il lui faut admettre l’idée de vérité.

C’est qu’on ne peut penser, on ne peut parler sans admettre l’idée de vérité. Comment pourrais-je penser si ma pensée errait systématiquement, si je ne pouvais énoncer quoi que ce soit de façon véridique. C’est qu’à supposer que je ne puisse connaître la vérité, il faut bien au moins que je le pense en vérité. Penser, c’est vraiment penser. Je ne puis parler que si et seulement si je tiens parole, c’est-à-dire si le sens de ma parole demeure. C’est pourquoi l’idée de vérité est consubstantielle à la parole. Elle n’est ni erreur, ni mensonge.

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