Platon, Criton - Plan analytique

Publié le par Bégnana Patrice

David (1748-1825), La mort de Socrate (1787)

David (1748-1825), La mort de Socrate (1787)

L’édition utilisée est :

Platon, Apologie de Socrate, Criton, Phédon, traduction, introduction, notices et notes de Bernard et Renée Piettre, Le Livre de Poche, 1992.

 

Plan analytique

Prologue.

(« Socrate : Quoi ! Tu arrives à une pareille heure, Criton ? (…) Criton : Un peu trop, apparemment. » 43a-44b)

1) Il est cinq heures, Socrate s’éveille.

(« Socrate : Quoi ! (…) Criton. – Un temps raisonnable. » 43a)

2) L’étonnante tranquillité de Socrate.

(« Socrate : Mais alors (…) Tu as raison. » 43b-c)

3) Criton et Socrate discutent pour savoir quand ce dernier sera exécuté.

(« Socrate : (…) Mais enfin pourquoi arriver si tôt ? (…) Criton. – (…) apparemment. » 43c-44b)

a) Selon Criton, les témoins de l’arrivée du navire de Délos conduisent à fixer la date de la mort de Socrate au lendemain matin.

(« Criton : – Pour une nouvelle que j’apporte (…) Socrate. – (…) qu’il en soit ainsi. » 43c-d)

b) Selon Socrate, un rêve lui permet de conjecturer que ce sera le surlendemain qu’il mourra.

(« Socrate : – (…) Mais moi je ne crois pas (…) Criton. – (…) apparemment. »

 

A. Le plaidoyer de Criton en faveur de l’évasion.

(« Criton : – (…) Pourtant, sacré Socrate, maintenant encore (…) Socrate, écoute-moi et ne va surtout pas faire autrement. » 44b-46a)

1) Socrate doit sauver sa vie pour la réputation de ses amis selon Criton. Socrate ne s’inquiète que de l’avis des hommes les plus raisonnables.

(« Criton : – (…) Pourtant (…) Socrate. – (…) comme elles se seront passées. » 44b-c)

2) Criton soutient que le grand nombre est capable des plus grands des maux. Socrate conteste qu’il en soit capable puisqu’il ne peut rendre aucun homme sensé.

(« Criton : – Mais tu vois bien qu’il est nécessaire (…) Là-dessus tu as raison, je veux bien. » 44d-e)

3) La crainte des sycophantes qui pourrait nuire à ses amis paraît arrêter Socrate. Criton le rassure : ils ont de l’argent. Tout est prêt pour qu’il s’exile en Thessalie.

(« Criton : – (…) Mais dis-moi encore, Socrate (…) que personne n’attente à toi en Thessalie. » 44e-45c)

3) Selon Criton, ne pas se sauver serait une faute morale et politique qui a commencé dès le procès.

(« Criton : – (…) En plus, Socrate, tu ne me sembles même pas (…) moi et ne va surtout pas faire autrement. » 45c-46a)

a) Une faute politique : Socrate se livre à ses ennemis.

(« Criton : – (…) En plus, Socrate (…) dans leur volonté de te perdre. » 45c)

b) Une faute morale : Socrate va abandonner ses enfants.

(« Criton : – (…) En plus, ce sont tes propres fils aussi que tu trahis (…) prendre le parti du moindre effort. » 45c-d)

c) Socrate est incohérent. Il n’est pas juste alors qu’il prône la vertu comme le montre son procès et ce qui en semble une fin comique.

(« Criton : – (…) Le parti qu’il fallait choisir (…) autrement. » 45d-46a)

 

B. Le rappel des principes qui ont guidé l’existence de Socrate et leur confirmation.

(« Socrate : – Ah ! Mon cher Criton (…) Criton. – (…) Allons, parle. » 46a-49e)

1) Conditions du dialogue. Socrate s’en tient à la raison. Il ne peut changer d’avis que si la raison lui montre quelque chose de meilleur et non à cause des menaces de l’opinion.

(« Socrate : – Mon cher Criton, ton empressement (…) à cet examen ? » 46b-c)

2) Il rappelle le premier principe avec lequel ils étaient d’accord, Criton et lui. Il y a des opinions qui méritent d’être retenues et d’autres non.

(« Socrate : – (…) Si nous commencions par reprendre le raisonnement (…) qu’il avait tout à l’heure. » 46c-48b)

a) Énoncé du principe et position du problème : est-il le fruit du dialogue ou du bavardage ?

(« Socrate : – (…) Si nous commencions (…) persuader. » 46c-d)

b) Le principe à examiner par Criton qui, lui, ne risque pas la mort, est que seules les opinions des hommes sensées méritent l’attention.

(« Socrate : – (…) Chaque fois, je crois, le raisonnement qui était tenu (…) Criton. – Comment non ? » 46d-47a)

c) L’établissement du principe.

(Socrate : – Voyons maintenant (…) qu’il avait tout à l’heure. » 47a-48b)

a) Analogie avec le corps et la gymnastique : seuls le médecin ou le maître de gymnastique (ou pédotribe) ont des opinions qui méritent d’être suivies en les appliquant.

(« Socrate : – (…) Un homme qui fait de la gymnastique (…) Criton. – Car c’est cela qui est détruit. » 47b-c)

b) Généralisation de l’analogie aux valeurs : juste et injuste, laid et beau, bon et mauvais.

(Socrate : – Bien parlé. (…) Criton. – Je suis de ton avis, moi, Socrate. » 47c-d)

g) La santé du corps est essentielle.

(« Socrate : – Voyons : si ce qui devient meilleur (…) Criton. – Pas du tout. » 47d-e)

d) La santé de l’âme [mot non utilisé dans le texte] est encore plus essentielle.

(« Socrate : – Mais est-ce qu’il nous est possible de vivre (…) Criton. – Beaucoup plus. » 47e-48a)

e) Le premier principe a bien été établi. Criton a eu tort d’invoquer l’opinion du plus grand nombre, même si elle est capable de faire mourir quelqu’un.

(« Socrate : – Il ne faut donc pas du tout (…) qu’il avait tout à l’heure. » 48a-b)

3) Le second et le troisième principe : – il faut chercher à bien vivre et non seulement à vivre ; – le bien, le beau et le juste sont identiques.

(« Socrate : – (…) À la maxime suivante (…) Criton. – Elle subsiste. » 48b)

4) Il faut selon Socrate s’en tenir aux principes établis pour examiner s’il est juste ou non de s’évader. Le dialogue doit conduire à ce que Criton lui-même soit persuadé du bien fondé de la thèse qui sera établie.

(« Socrate : – Eh bien ! Partons de ces principes (…) Criton. Je vais essayer. » 48b-49a)

5) Rappel d’un principe relatif à la justice et au mal qu’il est possible d’identifier avec le principe d’identité entre le bien, le beau et le juste : il ne faut jamais être injuste, ni répondre à l’injustice par l’injustice.

(« Socrate : – Affirmons-nous qu’en aucun cas il ne faut être injuste en certains cas (…) Criton. – Non c’est clair. » 49a-c)

6) Autre formulation du principe : il ne faut jamais faire le mal même à qui nous en a fait, donc ne jamais être injuste.

(« Socrate : – Autre question : faire du mal à quelqu’un (…) Criton. – (…) Allons, parle. » 49c-e)

 

C. Réponse à la question : est-il juste de s’évader lorsqu’on a été injustement condamné. La prosopopée des Lois.

(« Socrate : – J’en viens donc à la suite du raisonnement (…) c’est le chemin où le Dieu nous invite. » 49e-54e)

1) Tout contrat doit être exécuté soutient Socrate puis il applique cette thèse à la cité. Criton ne comprend pas.

(« Socrate : J’en viens donc à la suite du raisonnement (…) Criton : (…) Car je ne la comprends pas. » 49e-50a).

a) Socrate soutient la thèse que tout contrat doit être exécuté. Criton y souscrit.

(« Socrate : J’en viens donc (…) Criton : On doit l’exécuter. » 49e)

b) Socrate demande à Criton si cela n’est pas le cas s’il s’évade ce que son ami ne comprend pas.

(« Socrate : À partir de là réfléchis. (…) Criton : (…) Car je ne la comprends pas. » 49e-50a)

2) Socrate fait parler les Lois et l’État athénien (= prosopopée) qui l’accusent en voulant s’évader de détruire l’autorité des jugements rendus, condition de la justice dans la cité. Criton quant à lui retient l’argument que l’injustice du jugement justifie l’évasion.

(« Socrate : Eh bien, examine la chose ainsi (…) Criton : Parbleu ! Nous dirons cela, Socrate. » 50a-c)

3) La prosopopée des Lois.

(« Socrate : Mais quoi ? Si les Lois répliquaient (…) [Les Lois] (…) disons nous-mêmes. » 50c-54d)

a) Les lois du mariage comme les lois de la nourriture (grec ancien : τροφή, trophê) et de l’éducation (grec ancien : παιδεία, païdéïa) sont bonnes de sorte que Socrate est l’esclave des lois : il doit leur obéir, d’autant plus qu’il prétend être juste. En tout, la patrie et les Lois sont sacrées.

([Les lois] : « « Socrate, est-ce cela qui a été convenu entre toi et nous (…) Criton : Je le crois, moi. » 50c-51c)

a) Les Lois questionnent Socrate sur la nécessité de s’en tenir aux jugements rendus par la cité. Devant son incompréhension, elles lui indiquent qu’elles vont procéder comme lui, par questions et réponses.

(« [Les Lois] : « « Socrate, est-ce cela (…) l’habitude d’user de questions et de réponses. » 50c)

b) Socrate n’a rien à reproché aux lois et à la Cité concernant la nourriture et l’éducation.

(« [Les Lois] : (…) Voyons, que nous reproches-tu à nous-mêmes (…) [Socrate] : Elles étaient bonnes, dirais-je. » 50d-e)

g) Les lois en concluent que Socrate est comme leur esclave et qu’il doit leur obéir en tant qu’elles sont avec la patrie ce qu’il y a de plus sacré.

(« [Les Lois] Fort bien. (…) Criton : Je le crois, moi. » 50e-51c)

b) L’évasion serait injuste car le contrat entre les Lois et la Cité d’une part et le citoyen d’autre part implique qu’une fois adulte, soit il part avec ses biens, soit il reste et obéit à ce que les Lois prescrivent, à moins qu’il n’arrive à les persuader de changer.

(« Socrate : « [Les Lois] « Examine donc, Socrate (…) plus délibérée » 51c-52a)

a) Le citoyen adulte peut quitter la cité et partir fonder une colonie ou émigrer.

(« Socrate : « [Les Lois] « Examine donc (…) conserver ses biens. » 51c-e)

b) S’il reste, alors il y a un contrat entre lui et les Lois et la Cité qui stipule qu’il doit obéir aux Lois ou les persuader de changer.

(« [Les Lois] (…) Mais si l’un d’entre vous (…) il ne fait ni l’un ni l’autre. » 51e-52a)

g) Socrate serait encore plus coupable de s’évader.

(« [Les Lois] Et ces accusations-là (…) plus délibérée. » 52a)

c) Les Lois, pour montrer que Socrate serait encore plus coupable de s’évader, lui font remarquer qu’elles vont prouver qu’il se plaisait avec elles et la Cité.

(« Socrate : (…) Elles diraient en effet (…) [Les Lois] (…) sortir de notre cité. »52a-53a)

a) Socrate n’a quasiment jamais quitté Athènes où il a fait souche.

(« [Les Lois] (…) Car jamais tu n’y résiderais (…) tant elle te plaisait. » 52a-c)

b) Lors de son procès, Socrate a refusé l’exil. Il se contredirait, selon les Lois, s’il s’enfuyait maintenant.

(« [Les Lois] (…) Mieux encore, dans ce procès (…) quand tu entreprends de nous corrompre. » 52c-d).

g) Les Lois en concluent que Socrate, comme un esclave, violerait son contrat avec elles, ce qu’il n’a pas fait pendant soixante-dix ans. Criton acquiesce.

(« [Les Lois] (…) Tu te conduis comme se conduirait le plus vil esclave (…) manquer à la justice. » 52d-e)

d) Socrate, même s’il a défendu les lois de Sparte et de la Crète, a montré sa préférence pour Athènes.

(« [Les Lois] (…) Mais toi, tu n’a préféré ni Lacédémone ni la Crète (…) le ridicule de sortir de notre cité. » 52e-53a)

d) Les Lois montrent à Socrate les conséquences négatives d’une évasion.

(« [Les Lois] (…) Examine en effet ceci : (…) Oui, il faut croire qu’ils s’occuperont d’eux. » 53a-b)

a) En cas d’évasion les amis de Socrate perdraient leur cité ou leurs biens.

(« [Les Lois] (…) en transgressant ces accords (…) c’est à peu près évident » 53a-b)

b) Si Socrate part en exil à Thèbes ou Mégare qui ont de bonnes lois, il passera pour un corrupteur des lois comme il en a été accusé à Athènes.

(« [Les Lois] (…) mais toi-même d’abord (…) des faibles d’esprit. » 53b-c)

g) Si Socrate part en exil dans des cités qui ont de mauvaises lois et dialogue avec des gens de mauvaises mœurs, son langage paraîtra peu pertinent.

(« [Les Lois] (…) Alors, est-ce que tu fuiras (…) tu le penses. » 53c-d)

d) Socrate en Thessalie, chez les hôtes de Criton, sera ridicule, notamment de discourir sur la vertu.

(« [Les Lois] (…) Mais tu te détourneras de ces lieux (…) où seront-ils allés ? » 53d-54a)

e) Les Lois montrent à Socrate que l’éducation de ses enfants ne peut être un argument pour se soustraire à sa condamnation : ses amis s’en occuperont.

(« [Les Lois] (…) Oui, bien sûr, c’est pour tes enfants (…) Oui, il faut croire qu’ils s’occuperont d’eux. » 54a-b)

e) Conclusion de la prosopopée des Lois : Socrate ne doit rien mettre au-dessus de la justice. Les Lois de l’Hadès l’accueilleront favorablement.

(« [Les Lois] (…) Allons, Socrate, écoute-nous (…) disons nous-mêmes. » 54b-d)

4) Socrate conclut qu’il ne peut que se soumettre à ce discours auquel finalement Criton acquiesce. Socrate s’en remet au Dieu.

(« Socrate : (…) Voilà Criton, sache-le bien (…) le dieu nous invite. » 54d-e)

 

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