Machiavel, biographie

Publié le par Bégnana Patrice

Nicolas Machiavel est né le 3 mai 1469 à Florence. C’est une république gouvernée par des princes, notamment la famille Médicis, de richissimes banquiers. À la mort de Pierre de Médicis (1416-1469) le 2 décembre 1469, son fils Laurent (1449-1492), dit le Magnifique, lui succède. La famille de Machiavel vit modestement de la rente foncière. Son père, Bernardo Machiavel (entre 1426 et 1429-1500), est docteur en droit. Il se constitue une bibliothèque en payant de sa personne. Par contre, le jeune Machiavel n’acquiert pas la culture humaniste réservée à l’élite. Il n’apprendra pas le grec, mais seulement le latin.

Le 9 avril 1492 Laurent de Médicis meurt. Son fils, Pierre l’infortuné (1472-1503) lui succède.

À partir de 1494, l’Italie, c’est-à-dire une myriade d’États civiques, est en guerre. Les grands États monarchiques, France, Espagne, fondent sur elle. Florence est conquise par les Français. Le moine dominicain Savonarole (1452-1498), que Laurent de Médicis avait accueilli, y prend le pouvoir en s’entendant avec le roi de France Charles VIII (1470-1483-1498). Tout en menant une politique théocratique, il restaure le rôle du Grand conseil, ce qui revient à restaurer la république.

Machiavel lit le De natura rerum de Lucrèce (94-54 av. J.-C.), peut-être vers 1497. Dans cet ouvrage, il trouve une conception purement matérialiste de l’univers qui exclut l’idée d’un Dieu créateur. Le livre était considéré comme incitant à l’athéisme. Savonarole fait brûler tout ce qu’il juge contraire au christianisme, notamment des œuvres d’art lors des bûchers des vanités. Sandro Botticelli (1445-1510) aurait amené lui-même certaines de ses œuvres au bûcher.

Le 23 mai 1498, Savonarole est pendu et brûlé après son procès pour hérésie. Ses cendres sont dispersées dans l’Arno. Le 19 juin, Machiavel devient premier secrétaire de la seconde chancellerie, fonction que lui donne le Grand conseil. Sa tâche consiste à entretenir une correspondance avec tous les alliés de Florence. Entourés d’une équipe de jeunes gens, il va travailler pour la république jusqu’en 1512. Parmi les membres de son équipe se trouve Agostino Vespucci ( ?- ?), le frère d’Amerigo Vespucci (1454-1512) qui donnera son nom à l’Amérique (Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, p.38).

En 1500, Machiavel est en mission auprès du roi Louis XII (1462-1498-1515). Il est particulièrement maltraité par les ministres du puissant roi de France.

À l’été 1501, il épouse Marietta Corsini ( ?-1563) qui lui donnera quatre garçons et deux filles tout en supportant ses infidélités.

En 1502 ou plus tard, il rencontre Léonard de Vinci (1452-1519).

En 1504, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.

En 1509, Machiavel lève une milice civique selon le principe qu’il énoncera que : les meilleures armées qui soient sont celles des populations armées. »

En 1510, Machiavel est à nouveau en mission auprès du roi Louis XII.

En 1511, Machiavel est en mission pour la dernière fois auprès du roi Louis XII.

Le retour des Médicis en 1512, aidés par le roi de France Louis XII, signe sa disgrâce. Il se retrouve sur une liste comme complice de ceux qui se sont opposés aux Médicis. Il est arrêté, torturé.

Le 11 mars 1513, le jeune cardinal Jean de Médicis (1475-1521) est élu pape ; il prend le nom de Léon X. Une certaine clémence règne à Florence et Machiavel échappe à l’exécution à laquelle il était promis. Banni, il s’occupe de ses terres et lit de la poésie : Dante (1265-1321) ou Boccace (1313-1375). Il commence le Discours sur la première décade de Tite-Live (posthume). Il s’interrompt pour écrire Le Prince (posthume 1532). Il écrit à propos de cet ouvrage :

« Si on me lisait, on verrait que pendant les quinze ans où j’ai fait mon apprentissage dans le métier de l’État, je n’ai ni dormi ni joué. » (cité par Patrick Boucheron, Un été avec Machiavel, éditions les équateurs, France Inter, 2017, p.7).

Le texte est dédié à Laurent de Médicis, le jeune (1492-1519), à qui le pape Léon X a confié le pouvoir à Florence à l’été 1513. Pour saisir l’intention de l’ouvrage, on peut citer le début du chapitre 15 :

« Il reste à examiner comment un prince doit en user et se conduire, soit envers ses sujets, soit envers ses amis. Tant d’écrivains en ont parlé, que peut-être on me taxera de présomption si j’en parle encore ; d’autant plus qu’en traitant cette matière je vais m’écarter de la route commune. Mais, dans le dessein que j’ai d’écrire des choses utiles pour celui qui me lira, il m’a paru qu’il valait mieux m’arrêter à la réalité des choses que de me livrer à de vaines spéculations.

Bien des gens ont imaginé des républiques et des principautés telles qu’on n’en a jamais vu ni connu. Mais à quoi servent ces imaginations ? Il y a si loin de la manière dont on vit à celle dont on devrait vivre, qu’en n’étudiant que cette dernière on apprend plutôt à se ruiner qu’à se conserver ; et celui qui veut en tout et partout se montrer homme de bien ne peut manquer de périr au milieu de tant de méchants. »

Malgré l’écriture du Prince, Machiavel ne rentre pas en grâce. C’est le pape qui s’y oppose comme on le sait par une lettre qu’il adresse en ce sens à Julien de Médicis (1479-1516), le frère de Pierre l’infortuné.

En 1515, Machiavel connaît une passion amoureuse. Les 13 et 14 septembre, le jeune roi François 1er (1494-1515-1547) remporte la bataille de Marignan avec ses alliés vénitiens contre les milanais.

Il écrit une comédie, La mandragore, en 1518. Le thème en est la séduction de Lucrezia, la jeune épouse du vieux Nicia par un séducteur, Callimaque, qui est aidé par un conseiller rusé, Ligurio et un confesseur hypocrite, Timoteo.

Le 4 mai 1519 Laurent de Médicis le jeune meurt. C’est Jules de Médicis (1478-1534), cardinal et futur pape Clément VII, qui obtient le pouvoir avec l’aval du pape Léon X.

Sa comédie, La mandragore, est jouée à Florence en 1520. Le cardinal Jules de Médicis lui fait commander par l’académie florentine une Histoire de Florence qu’il commence en 1520 et achèvera en 1524. C’est un chef d’œuvre de duplicité en ce sens que Machiavel ne fait pas l’éloge des Médicis ni ne les blâme – car comment s’attaquer à son commanditaire – mais manifeste la conflictualité dans cette histoire. Machiavel peut rentrer à Florence. Il est désormais au service des Médicis.

Il publie son dialogue sur L’art de la guerre en 1521. Le premier décembre Léon X meurt.

Le 15 janvier 1522, le successeur de Léon X est élu : il s’agit du cardinal néerlandais Adriaan Florszoon (1459-1523) qui prend le nom d’Adrien VI.

Sa comédie La mandragore a un grand succès à Venise en 1522.

Le 14 septembre 1523, le pape Adrien VI meurt. Le 19 novembre, Jules de Médicis devient pape sous le nom de Clément VII.

Le 24 février 1525, Charles Quint (1500-1519-1558), prince de la maison des Habsbourg, héritier de la principauté de Bourgogne et du royaume de Naples, roi d’Espagne et empereur du Saint empire romain germanique bat à Pavie le roi de France, François 1er, qui est fait prisonnier.

Le 6 mai, les troupes impériales prennent Rome et la soumettent aux massacres et aux pillages. La nouvelle arrive à Florence le 12. Un soulèvement populaire conduit au rétablissement de la République. Machiavel meurt le 21 juin 1527. Il est inhumé le 22

 

En août 1531, le pape Clément VII accorde à l’éditeur Antonio Blado (1490-1567) le privilège d’imprimer l’œuvre de Machiavel.

En 1532 sont publiés El Principe (Le prince) dont le titre choisi par Machiavel était De Principatibus (Des principautés), le Discours sur la première décade de Tite-Live et l’Histoire de Florence.

En 1559, Machiavel est mis à l’Index, c’est-à-dire que l’église catholique interdit à tout bon catholique de lire son œuvre sous peine de péché mortel.

En 1576, Innocent Gentillet (1535-1588), avocat et théologien protestant, écrit un Discours sur les moyens de bien gouverner et maintenir en bonne paix un royaume ou autre principauté, divisé en trois parties, à savoir, du Conseil, de la Religion et de la Police que doit tenir un Prince. Contre Nicolas Machiavel, connu sous le nom d’Anti-Machiavel.

Le jésuite Giovani Botero (1544-1617) écrit De la raison d’État (Della ragion di stato) en 1589, puis en donne une version définitive en 1598. Il s’y oppose à Machiavel. C’est lui le véritable concepteur de cette notion qui signifie que l’État n’a pas d’autre fin de se conserver.

En 1787, une souscription publique permet de graver sur son sarcophage l’épitaphe suivante : « Aucun éloge n’est digne d’un si grand nom. »

 

 

 

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