Schopenhauer biographie

Publié le par Bégnana

Arthur Schopenhauer est né à Dantzig le 22 février 1788. Son père, Heinrich Floris Schopenhauer (1747-1805) était un riche négociant de 40 ans, néerlandais par sa mère. Il aimait les voyages qui l’ont notamment conduit en Angleterre et en France. Il séjourna longuement à Bordeaux. Il pensait qu’ils sont une part d’une bonne éducation. La mère, Johanna Henriette Trosiener (1767-1838), qui a vingt ans de moins que son mari, est la fille d’un magistrat de Dantzig. Ils se sont mariés le 16 mai 1785.

En 1793, la Prusse annexe Dantzig suite au second partage de la Pologne avec la Russie, le 23 janvier. La famille Schopenhauer quitte Dantzig.

Le 12 juillet 1797, naît la sœur d’Arthur, Adèle (1797-1847). La même année, le jeune Arthur part avec son père pour la France. Ils passent par Paris. Puis son père le laisse pendant deux ans au Havre dans la famille de son correspondant de commerce, Grégoire de Belsimaire. Arthur sympathise avec le fils, Anthime, avec qui il restera en correspondance. Il apprend le français qui sera comme sa seconde langue. À son retour en terre allemande, il a presque perdu l’allemand.

En 1799, il entre dans une école privée qu’il fréquentera pendant quatre ans.

En 1800, Arthur fait un grand voyage avec son père. Ils se rendent tour à tour en Bohème, à Karlsbad, à Prague, Hanovre, Dresde, Leipzig, Berlin.

En 1803, son père lui propose de faire un grand voyage puis de quitter le collège au retour pour apprendre les affaires ou de continuer d’étudier. Schopenhauer choisit la première option. Toute la famille fait un grand tour d’Europe jusqu’en 1804 : Hollande, Angleterre, Belgique, France. Les Schopenhauer y visitent Paris pendant deux mois jusqu’à la fin 1804 guidé par Louis-Sébastien Mercier (1740-1814), l’auteur du Tableau de Paris (1ère édition, 1781). Ils visitent également Tours, Bordeaux où ils se retrouvent dans la maison où le poète Hölderlin séjourna un an plus tôt, Toulouse, Carcassonne, Montpellier, Béziers, Sète, Agen, Montauban, Saint-Ferréol, Nîmes, Hyères, Marseille, Aix, Avignon, Lyon. À Toulon, le bagne qui accueille 6000 pensionnaires l’impression. À Chamonix, il est impressionné par le mont Blanc. En Suisse, il visite l’institut du célèbre pédagogue Johann Heinrich Pestalozzi (1746-1827) qui enseignait les mathématiques de façon intuitive (cf. Sandro Barbera, Une philosophie du conflit. Études sur Schopenhauer, P.U.F., février 2004, p.16). Il parcourt l’Allemagne du sud, l’Autriche, la Silésie, la Saxe et le Brandebourg. Pendant ce voyage, il reste trois mois seul à Londres, pendant que ses parents visitent l’Écosse. Il y apprend les bases de l’anglais. Il lira grâce à ses connaissances en langues les textes de la littérature européenne dans leur version originale. D’un point de vue philosophique, il soulignera plus tard que ces voyages eurent sur lui le même effet que sur le fondateur du bouddhisme, le prince Siddhârta Gautama (vi° siècle av. J.-C.), lorsqu’il sortait de son palais et était confronté à la misère :

« Dans ma dix-septième année, sans aucune formation académique, je fus bouleversé par la misère de la vie comme Bouddha dans sa jeunesse lorsqu’il vit la maladie, la vieillesse et la mort. Bientôt la vérité du monde, s’exprima d’une voix forte et claire évinça les dogmes juifs [Schopenhauer entend pas là l’idée d’un Dieu bon comme créateur du monde (Patrice Bégnana)] qu’on m’avait inculqués, et j’en vins au résultat que ce monde ne pouvait être l’œuvre d’une bonté absolue, mais bien celle d’un diable qui avait appelé à l’existence les créatures pour se délecter du spectacle de leurs tourments. » (cité par Christian Sommer dans son introduction à Schopenhauer, Petits écrits français, Rivages, 2010)

Au retour, son père rentre à Hambourg pendant qu’il se rend avec sa mère à Danzig qu’il ne reverra plus.

En janvier 1805, il entre dans une école de commerce pour réaliser la promesse faite à son père. Son père fait une chute qui ressemble à un suicide. Il est retrouvé flottant sur un canal. Sa mère quitte Hambourg avec sa sœur pour aller s’installer à Weimar. Il reste seul à Hambourg pour continuer ses études de commerce. Sa mère constitue autour d’elle un cercle. On y trouve notamment Karl Ludwig Fernow (1763-1808), un critique d’art et italianisant. C’est sous sa férule qu’elle se met à écrire et devient une romancière à succès. Elle accueille Goethe (1749-1832), banni de la bonne société de Weimar à cause de sa relation avec Christiane Vulpius (1765-1816) qu’il finit pourtant par épouser. Goethe assure bientôt en retour une certaine notoriété aux romans de Johanna Schopenhauer. Arthur se morfond à Hambourg et bientôt, sur les conseils de Fernow, il abandonne ses études commerciales pour entreprendre des études classiques. La fortune héritée du père est placée dans une maison de commerce à Dantzig, Muhl & Cie.

En 1807, il entre au lycée de Gotha. Il apprend le latin. Mais il doit quitter le lycée pour s’être moqué d’un de ses professeurs. De 1807 à 1809, il est au lycée de Weimar où il réside désormais. Fernow l’initie à la littérature italienne. C’est dans le salon littéraire de sa mère que Goethe s’intéresse au jeune Arthur en qui il croit voir un génie. Le jeune homme de son côté, se dispute souvent avec sa mère. Il ne supporte pas ses invités qu’il abreuve de propos amers sur la bêtise humaine.

De 1809 à 1811 il étudie la médecine à l’université de Göttingen, ainsi que la physique, la chimie, les sciences naturelles, l’astronomie et l’histoire. Il découvre les œuvres de Platon (428-347 av. J.-C.) et de Kant (1724-1804). Il est présenté au poète Christoph Martin Wieland (1733-1813) qui dira à sa mère :

« Je viens de faire une connaissance bien intéressante. Savez-vous laquelle ? Celle de votre fils, il m’a beaucoup plus ; il fera quelque chose de grand. » cité par André Cresson, Schopenhauer, P.U.F., « Philosophes », 1962, p.7.

Durant l’hiver 1809-1810, il suit les cours de Bernhard Friedrich Thibaut (1775-1832), auteur du Grundriss der reinen Mathematik (1801) qui défend une conception intuitiviste des mathématiques pour laquelle c’est la connaissance directe qui importe, la démonstration quant à elle est sans importance (Sandro Barbera, op. cit., p.16). En 1811, il s’installe à Berlin. Il suit en 1812 les cours de Friedrich Schleiermacher (1768-1834) sur l’« Histoire de la philosophie à l’âge chrétien ». Dans ses annotations, Schopenhauer refuse l’idée que la philosophie s’accorde avec la religion. Bien au contraire, le philosophe n’a pas besoin de cette laisse qui tient l’humanité comme un chien (cf. Sandro Barbera, op. cit., p.30). Il suit également les cours de Johann Gottlieb Fichte (1762-1814) alors célèbre. Quant à lui, il exècre ce dernier, le considérant comme un charlatan.

En mai 1813, les troupes françaises de Napoléon 1er (1769-1821) menacent Berlin. Schopenhauer se rend dans la petite ville de Rudolstadt proche de Weimar. Installé dans une auberge, il rédige durant l’été sa thèse : De la quadruple racine du principe de raison suffisante. En octobre, il la soutient et est reçu docteur en philosophie à l’université d’Iéna. Il peut dorénavant enseigner à l’université. Pendant ce temps, la jeunesse estudiantine allemande combat contre la France de Napoléon 1er. Schopenhauer qui se sent citoyen du monde préfère selon son curriculum vitae combattre avec son cerveau pour l’humanité.

Schopenhauer s’installe un temps à Weimar avec sa mère. Seul Goethe s’intéresse sérieusement à sa thèse. Sa mère fait mine de croire qu’il s’agit d’une thèse de médecine dentiste à cause du terme racine. Le fils lui exprime ses doutes quant à la postérité de l’œuvre de sa mère. Toutefois il fréquente dans le salon de sa mère l’orientaliste Friedrich Mayer qui lui révèle l’Inde antique, notamment les Upanishad et des textes bouddhistes. Il se brouille bientôt avec Johanna Schopenhauer et ne la reverra plus.

À partir de 1814, il passe quatre ans à Dresde. Au printemps, il lit les Védas dans une traduction latine d’Abraham Anquetil-Duperron (1731-1805).

En 1816, il publie Sur la vue et les couleurs (1816). Il adopte partiellement la théorie des couleurs de Goethe. Mais cet ouvrage se démarque de Goethe en défendant une théorie subjectiviste ou représentationnelle de la couleur.

C’est à Dresde qu’il rédige son ouvrage majeur : Le Monde comme Volonté et comme Représentation. Dans une lettre, il présente ainsi sa genèse :

« C’est pendant ce séjour de quatre ans à Dresde que mon système philosophique se constitua dans ma tête, pour ainsi dire sans mon intervention, tel un cristal dont les rayons convergent vers le centre, et c’est dans cette forme que je l’ai fixé, sans tarder, dans le premier tome de mon ouvrage principal. » Lettre à Erdmann d’avril 1851 citée par Sandro Barbera, Une philosophie du conflit. Études sur Schopenhauer, P.U.F., février 2004, p.2.

Il voyage en Italie, Bologne, Florence, Rome, Naples. À Venise, il aurait eu une aventure amoureuse avec une inconnue à laquelle aurait été mêlé le poète anglais, Lord Byron (1788-1824), d’après son premier biographe, le docteur Wilhelm Von Gwinner (1825-1917). Il ne rencontre pas le poète italien Giacomo Leopardi (1798-1837) qui s’y trouve en même temps que lui. Puis, il se rend à Milan. Sa mère et sa sœur lui apprennent par écrit que Muhl & Cie a fait faillite et propose un compromis. Malgré l’empressement des deux femmes, Schopenhauer refuse. La brouille avec sa mère est définitive : même les contacts épistolaires s’arrêtent. Cette gêne financière l’oblige à gagner de l’argent

À son retour d’Italie, il publie son ouvrage majeur, Le monde comme volonté et comme représentation, en 1818. Cette première édition n’a aucun succès. Après un an et demi, cent exemplaires ont été vendus.

En 1819, il demande à enseigner à l’université de Berlin pour pallier ses difficultés financières.

En 1820, il obtient à l’université de Berlin un poste de privat-docent (c’est-à-dire un poste d’enseignant rémunéré par les seuls étudiants). Son cours porte sur « la philosophie entière, ou l’enseignement du monde et de l’esprit humain » (cité par Clément Rosset, Écrits sur Schopenhauer, P.U.F., 2001, p.21). Il se retrouve en concurrence avec Hegel (1770-1831) qu’il méprise plus encore que Fichte. Pour lui, la philosophie de Hegel est celle d’un aliéné. Il fait cours en même temps que son concurrent. Des centaines d’étudiants se pressent pour entendre Hegel. L’auditoire de Schopenhauer est composé de … quatre étudiants. Au bout d’un semestre, il abandonne. Irascible, il pousse dans l’escalier une commère de ses voisines nommée Caroline-Louise Marquet ( ?-1840). Aidée d’un médecin, elle fait condamner Schopenhauer à 300 thalers d’amende. Il doit en outre lui verser une rente annuelle à vie de 60 thalers. Dans le même temps, il a une liaison avec une choriste et actrice, Caroline Richter. Schopenhauer est peut-être le père d’un de ses enfants mort-né.

En 1821, Muhl & Cie restitue à Schopenhauer son argent alors que sa mère et sa sœur qui avaient signés un compromis sont ruinées. Schopenhauer conservera toute sa vie une indépendance financière.

Après sa rupture et son échec comme professeur, il repart en voyage de 1822 à 1824 : Suisse, Italie. Durant un an, il séjourne à Munich. Malade, il devient sourd d’une oreille.

À la fin de 1824, il propose à son éditeur de traduire deux ouvrages de David Hume (1711-1776) sur la religion, l’Histoire naturelle de la religion et les Dialogues sur la religion naturelle et de les réunir sous le titre : La philosophie de la religion de David Hume. Son intérêt pour Hume provient de la thèse de ce dernier selon laquelle la religion a une origine pratique et non théorique : elle est fille de la peur et de l’espoir (cf. Sandro Barbera, op. cit., pp.32-33).

En 1825, il fait une nouvelle tentative d’enseignement à l’université.

Le poète allemand Jean Paul (1763-1825), dans les Kleine Bücherschau, fait une critique élogieuse du Monde comme volonté et comme représentation.

En 1830, il donne une traduction latine de son ouvrage Sur la vue et les couleurs. Il traduit de l’espagnol Oraculo manual y arte de Prudencia (1647, Art de la prudence) de Balthazar Gracián (1601-1658).

En 1831, il fuit Berlin en raison d’une épidémie de choléra – qui emporte Hegel. Il s’installe un temps à Francfort, puis séjourne à Mannheim. Il tente, sans succès, de renouer avec sa mère et sa sœur.

En 1833, il s’installe définitivement à Francfort où il vit de ses rentes. Son emploi du temps est régulier. Il prend un repas à l’hôtel d’Angleterre où il lit les journaux, surtout le Times. Il se promène avec son caniche, Atma (terme dérivé du sanscrit qui signifie quelque chose comme « âme du monde »). Il joue de la flûte, notamment du Rossini (1798-1868). Nietzsche (1844-1900) à propos de ce dernier trait de caractère y verra une contradiction avec son pessimisme (cf. Nietzsche, Par delà bien et mal, 186). Puis il consacre quelques heures au travail.

Il publie en 1836 De la volonté dans la nature qui est un complément au livre II de son grand ouvrage.

Entre l’automne 1837 et le printemps 1838, Schopenhauer envoie un mémoire répondant à une question posée par l’Académie de Norvège, Sur la liberté de la volonté humaine.

En 1838, sa mère meurt.

Le 26 janvier 1839, il reçoit le premier prix de l’Académie du Norvège et le mémoire est imprimé (il sera traduit la première fois en français sous le titre : Essai sur le libre arbitre). Le 26 juillet, il envoie le manuscrit d’un second mémoire, Sur le fondement de la morale, à la Société Royale des Sciences du Danemark à Copenhague qui avait mis au concours cette question.

Le 17 janvier 1840, l’Académie du Danemark lui refuse le prix quoi qu’il soit le seul candidat. Il est vraisemblable que les sarcasmes relatifs à Fichte et Hegel y sont pour quelque chose.

En 1841, il fait paraître Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique composé des deux mémoires.

En 1844, paraît la deuxième édition du Monde comme volonté et comme représentation avec quatre Suppléments qui en doublent le volume.

En 1847, il publie la deuxième édition de la Quadruple racine du principe de raison suffisante, sa thèse de doctorat qu’il a profondément remaniée. Le 25 août, Adèle, sa sœur meurt.

Pendant la révolution de 1848, on raconte qu’il aurait fait monter les soldats autrichiens chez lui pour qu’ils tirent sur les insurgés. Schopenhauer n’avait aucune affinité pour les révolutionnaires de gauche puisqu’il refusait l’idée de progrès mais en outre détestait le désordre social.

En 1851, il publie les Parerga et Paralipomena (Accessoires et restes) qui lui apporte le succès. Ils contiennent les Aphorismes sur la sagesse dans la vie, Philosophie et philosophes, Métaphysique et esthétique, Philosophie et science de la nature, Éthique, droit et politique, Sur la religion, Essai sur les apparitions et sur les faits qui s’y rattachent. Le texte est de facture littéraire et traite donc de multiples sujets : philosophie, littérature, style, droit, morale, politique, métaphysique, religion, sciences occultes, art de vivre, etc.

Dès 1852, John Oxenford (1812-1877) publie un article anonyme « Iconclasm in german philosophy » dans la Westminster Review, bientôt traduit en allemand et publié dans la Vossische Zeitung de Berlin, qui consacre l’importance de Schopenhauer. Il le présente comme un critique de Hegel.

En 1853, le musicien Richard Wagner (1813-1883) le découvre.

L’année suivante, il lui envoie un exemplaire de son poème L’anneau du Nibelung (1876). Schopenhauer quant à lui n’apprécie guère la musique de Wagner. Après une des rares auditions d’œuvres de Wagner à laquelle il assista, il déclara :

« Il devrait prendre la musique au clou, il a beaucoup plus de génie pour la poésie ! Moi, Schopenhauer, je reste fidèle à Rossini et Mozart. » (cité par Clément Rosset, Écrits sur Schopenhauer, PUF, 2001, p.230)

Une seconde édition de Sur la vue et les couleurs paraît. Une nouvelle édition de La volonté dans la nature paraît accompagnée d’une attaque contre les philosophes universitaires.

En 1858, Schopenhauer refuse la proposition de l’Académie des sciences de Berlin d’en devenir membre.

Une nouvelle édition du Monde comme volonté et comme représentation en 1859 va connaître un immense succès. On vient du monde entier l’écouter à l’hôtel d’Angleterre. La plasticienne Elisabet Ney (1833-1907) reste un mois chez lui pour sculpter son buste.

C’est en pleine gloire qu’il meurt subitement le 21 septembre 1860 d’une pneumonie, année où paraît une seconde édition de son ouvrage Les deux problèmes fondamentaux de l’éthique. La seule mention sur sa tombe est :

Arthur Schopenhauer.

 

 

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