Augustin biographie 2 après les Confessions

Publié le par Bégnana

Entre 398 et 404, il rédige un gros Contre Faustus le manichéen (33 livres) où il se livre à une sévère critique d’un ancien condisciple et de sa religion.

En 399, il commence son grand traité De la trinité qu’il achèvera en 422. L’objet du traité est de rendre compte du fait que Dieu est trois tout en étant un, ce qu’y amusait les païens. Augustin voulait aussi instruire les chrétiens et ramener dans le droit chemin les hérétiques. On y trouve un des textes où Augustin semble anticiper sur Descartes :

« On n’est aucunement justifié à dire que l’on connaît une chose tant que l’on en ignore la substance. C’est pourquoi lorsque la pensée se connaît, elle connaît sa substance, et dès qu’elle est certaine de soi, elle est certaine de sa substance. (…) Tout ce que l’on exige d’elle, en lui ordonnant de se connaître, c’est qu’elle soit certaine de ne pas être l’une des choses dont elle n’est pas certaine, et qu’elle soit certaine d’être cela seulement qu’elle est certaine qu’elle est. » Augustin, De la trinité, X, 10.

Un tel texte ne dit rien sur ce qu’est la pensée humaine. Mieux. Elle indique les conditions de la connaissance de soi sans indiquer comment elle est possible. Or, pour Augustin, la pensée s’ignore puisque seul Dieu connaît vraiment la pensée qui est mienne. Aussi son propos est-il bien différent de celui de Descartes.

Entre 400 et 412 environ, Augustin livre bataille contre le donatisme. Ce mouvement, du nom de Donat (†355), un évêque de Carthage, était né après la dernière grande persécution de 303-304 (à laquelle le philosophie “néoplatonicien” Porphyre (234-305) avait participé, celle de Dioclétien (245-313), qui régna de 284 à 305). Donat, considérait que ceux qui avaient failli ne pouvaient administrer les sacrements. Il les rebaptisait. L’Église donatiste devint plus puissante que l’Église catholique en Afrique. Elle avait des milices violentes et fanatiques – aux yeux des catholiques. C’est qu’elle recrutait chez les Berbères peu romanisés et dans le prolétariat agricole exploité par les grands propriétaires (cf. Marrou, Augustin et l’augustinisme, pp.50-51).

En 401, il commence son Commentaire littéral de la Genèse qu’il achèvera en 414.

En 404, Augustin donne La Catéchèse des débutants.

En 406-407, ce sont les Traités sur saint Jean qui seront repris et achevés en 418.

Rome est prise et saccagée par Alaric et ses Wisigoths qui y pénètre le 24 août 410. Ce coup de tonnerre dans le ciel en apparence serein du monde antique est à l’origine de La cité de Dieu. En effet, les chrétiens étaient accusés par les derniers païens d’être responsables, de la disparition des ancestrales vertus romaines. Les cultes antiques venaient d’être définitivement interdits en 408 par un édit de l’empereur Honorius. C’est ainsi que le sénateur Volusien qui n’était pas encore chrétien écrivait :

« Si de tels malheurs ont atteint l’État, c’est le fait des empereurs chrétiens qui observent de leur mieux la religion chrétienne ; la chose est claire » Marcellin, Epist. Ad Augustinum, CXXXVI, 2, C.S.E.L. t. 44, p. 95, 6. Cité dans Courcelle, Histoire littéraire des grandes invasions germaniques, Paris, 1948, p. 68.

C’est à cette accusation qu’Augustin répond comme il l’expliquera plus tard :

« En ce temps, Rome fut envahie par les Goths, sous le commandement du roi Alaric ; et elle fut presque détruite par le désastre de cette mémorable défaite. Ce désastre, les adorateurs de la multitude des faux dieux que nous nommons en langage ordinaire les Païens, s’efforcèrent de l’attribuer à la religion chrétienne, et commencèrent à blasphémer avec plus d’amertume et plus d’ardeur que jamais contre le vrai Dieu. Enflammé du zèle de la maison du Seigneur, j’entrepris d’écrire, contre leurs erreurs ou leurs blasphèmes, les livres de la Cité de Dieu. » Augustin (Saint), Rétractations.

La Cité de Dieu contient le troisième des textes qu’on invoque pour faire d’Augustin un précurseur de Descartes et de son « cogito ergo sum ».

« Car nous sommes, et nous connaissons que nous sommes, et nous aimons notre être et notre connaissance. Et nous sommes assurés de la vérité de ces trois choses. Car ce n’est pas comme les objets de nos sens qui nous peuvent tromper par un faux rapport. Je suis très certain par moi-même que je suis, que je connais et que j’aime mon être. Je n’appréhende point ici les arguments des Académiciens, ni qu’ils me disent : Mais vous vous trompez ? Car si je me trompe, je suis, puisque l’on ne peut se tromper si l’on est. Puis donc que je suis, moi qui me trompe, comment me puis-je tromper à croire que je suis, vu qu’il est certain que je suis si je me trompe ? Ainsi puisque je serais toujours moi qui serais trompé, quand il serait vrai que je me tromperais, il est indubitable que je ne me puis tromper lorsque je crois que je suis. » Augustin, Cité de Dieu, XI, 26.

On peut croire reconnaître le « cogito ergo sum » de Descartes. Pourtant, il y a une différence essentielle, voire une opposition radicale, c’est que l’affirmation de l’existence de celui que les Académiciens prétendent se tromper n’est pas un principe premier. Dès lors, Augustin n’a pas découvert le cogito. Il a simplement énoncé que le « je suis » est une vérité, une vérité parmi d’autres.

La Cité de Dieu vise à montrer la distinction entre deux cités :

« Deux amours ont bâti deux cités : l’amour de soi jusqu’au mépris de Dieu fit la cité terrestre ; l’amour de Dieu jusqu’au mépris de soi fit la cité céleste. » Augustin, Cité de Dieu, XIV, 28.

En 411, une conférence réunissant des évêques donatistes et des évêques catholiques à laquelle Augustin participe amène à la condamnation des premiers par le pouvoir impérial. Augustin admet la persécution des hérétiques par l’État comme le montre sa lettre au comte Boniface (lettre 185). Cette thèse aura des conséquences incalculables au Moyen Âge.

En 412, il échange des lettres avec Marcellin et Volusien. C’est l’année où commencent les longues controverses avec les Pélagiens. On nomme ainsi les disciples de Pélage (~370-~340), moine par le mode de vie mais laïque du point de vue ecclésiastique. Etabli à Rome vers 400, il se retrouve en Afrique après la prise de Rome. Il tente d’entrer en contact avec Augustin. Celui-ci dans un cours billet de douze lignes refuse. Pélage, lecteur des Confessions, soutenait que la faute d’Adam ne corrompait pas irrémédiablement les hommes. Aussi grâce au libre arbitre et sans que la grâce divine ne soit absolument nécessaire, chaque homme peut se sauver. Une telle conception heurtait et la théologie d’Augustin et sa propre expérience de converti. Augustin publie Des pêcheurs : mérites et rémission.

En 414, Augustin décide de ne plus s’occuper d’affaires extérieures à son diocèse.

En 415, il achève De la nature et de la Grâce. Il y dénonce la conception de la volonté de Pélage selon laquelle le péché n’étant valable que pour Adam, tout homme peut grâce à son libre arbitre, user de la grâce qui lui est offerte. Pour Augustin au contraire, sans la grâce, l’homme ne peut pas vouloir le bien. Il est corrompu par le péché originel. Cet apparent refus du libre arbitre sera à la source des doctrines protestantes de Luther (1483-1546) et de Calvin (1509-1564). Il sera également à la source du jansénisme.

En septembre 413, le tribun Marcellin, l’ami d’Augustin, est exécuté en même temps que son frère pour une supposée trahison.

En 418, Augustin écrit De la Grâce du Christ et du péché originel où il revient sur son opposition à la pensée de Pélage. Celle-ci est maintenant défendue par Julien d’Éclane. Il remarque la difficulté du débat en ces termes :

« Quand on défend le libre arbitre, on a l’air de nier la grâce ; quand on affirmer la grâce, on a l’air de nier le libre arbitre. »

Il faut donc comprendre que lui-même ne nie ni l’un ni l’autre, conformément à la doctrine catholique.

Il publie également Du mariage et de la concupiscence.

En 421 et 422 il écrit son Contre Julien, le théologien pélagien qui lui causa des difficultés théoriques mais l’amena à persévérer dans sa doctrine de la grâce. Il écrit également l’Enchiridion où on trouve une définition néoplatonicienne du mal :

« Mais ce qu’on appelle le mal, qu’est-ce autre chose que la privation d’un bien ? » Augustin, Enchiridion, 3.

D’un point de vue chrétien, il justifie le mal, y compris le péché comme étant en quelque sorte nécessaire et prévu par Dieu.

« Dans la création, il n’est pas jusqu’on appelle le mal qui ne soit bien ordonné et mis à sa place de manière à mieux faire valoir le bien, qui plaît davantage et devient plus digne d’éloges quand on le compare au mal. En effet le Dieu tout-puissant, auquel, ainsi que le reconnaissent même les infidèles, appartient le souverain domaine de toutes choses (Énéide, x, 100) puisqu’il est souverainement bon, ne laisserait jamais un mal quelconque exister dans ses œuvres s’il n’était assez puissant et bon pour faire sortir le bien du mal lui-même. » Augustin, Enchiridion, 3.

En 425 il écrit De la Grâce et du libre arbitre.

En 424, il achève La Cité de Dieu.

En 426, il donne à son successeur désigné, le prêtre Heraclius, l’essentiel de ses fonctions ecclésiastiques afin de libérer du temps pour son œuvre. Il entreprend de la revoir. Aussi commence-t-il à écrire les Rétractations, ouvrage qui fait le point et l’histoire de tout ce qu’il a écrit jusque là.

En 429, il rédige encore De la prédestination des saints où il insiste sur le fait que tous ne seront pas sauvés. Dans Du don de la persévérance, il donne un conseil relatif au débat qui l’oppose au pélagianisme :

« Ne nous efforçons pas de pénétrer ce qui est impénétrable et de comprendre ce qui est incompréhensible. »

Le 28 août 430, Augustin meurt dans Hippone assiégée par les Vandales. Installés en Espagne depuis une vingtaine d’années, ils décidèrent de s’installer dans l’Afrique romaine sous la conduite de leur roi, Genséric (~399-477).

L’œuvre d’Augustin fut catalogué et conservé par son collègue Possidius de Calama qui écrira sa première biographie après 439.

Au concile œcuménique d’Ephèse, en 431, le pélagianisme est condamné. L’empereur Valentinien III (419-424-455) qui ne connaissait pas encore la nouvelle, avait convoqué Augustin quelques semaine après sa mort, tant sa réputation était grande.

En 476, Romulus Augustule (460-511) est déposé : c’est la fin de l’Empire romain d’Occident.

 

 

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