Cours : Sciences de la nature et sciences de l'homme 1

Publié le par Bégnana

Introduction.

Les sciences de la nature (physique et biologie) indiquent assez clairement leur objet. Si “nature” vient du latin “natura”, il faut toujours se rappeler de l’origine grecque de la notion. En effet, le terme “natura”a été utilisé par les latins pour traduire le terme grec “phusis”. En outre, c’est du traité d’Aristote intitulé “ta phusika” qu’est dérivé le terme de physique. Longtemps physique et philosophie naturelle ont eu le même sens comme en témoigne le titre de l’ouvrage de Newton (1642-1727) Principes mathématiques de la philosophie naturelle (1687) qui est l’ouvrage de physique qui expose la loi de la gravitation universelle. Ce sont surtout les Allemands qui parlent de sciences de la nature : Naturwissenschaften. Les Français parlent plutôt de sciences expérimentales ou curieusement de “sciences exactes”.

Les sciences de la nature ont fait la preuve de leur scientificité sous la forme, il est vrai discutable, d’un accord des esprits et de résultats qui semblent s’accumuler. Tel était déjà le constat de Kant dans la préface de la première édition de la Critique de la raison pure (1781). Il paraissait évident qu’en prenant les sciences de la nature comme modèle, les sciences de l’homme devaient elles aussi prendre le chemin de la scientificité. Au xix° siècle par exemple, Auguste Comte, l’inventeur présumé du nom de sociologie – le terme se trouve déjà 50 ans avant dans un manuscrit inédit du révolutionnaire Sieyès (1748-1836) – avait pour projet de fonder une science ayant l’homme pour objet et qui puisse avoir un rang pour le moins égal aux autres sciences.

Or, la difficulté en ce qui concerne l’homme est qu’il est à la fois l’objet et le sujet de la science. En effet, si le corps du savant obéit bien aux lois de la physique, s’il est bien un corps vivant que le biologiste peut étudier, toujours est-il que ce par quoi il examine la nature, à savoir être le sujet de la connaissance, ne semble pas nature. L’idée de sujet, c’est-à-dire l’idée d’un être conscient et libre semble exclure la possibilité d’une connaissance scientifique qui repose sur l’idée de déterminisme ou tout au moins celle de lois de la nature. Le savant peut, dans les sciences de la nature, faire totalement abstraction de ce qu’il est. Dans les sciences de l’homme par contre, le savant est concerné car c’est de lui qu’il s’agit. Il lui faut admettre qu’il ne sait pas ce qu’est l’homme car comment une science de l’homme quelle qu’elle soit serait possible. Cependant, il lui faut aussi admettre que l’homme puisse être objet de science, et donc lui-même en tant qu’homme, ce qui présuppose déjà une certaine idée de l’homme. Son présupposé semble être de nier l’être sujet de l’homme et donc la liberté humaine. Et en même temps, il lui faut bien distinguer l’homme pour que celui-ci soit un objet de science différent de la matière et du vivant. Or par quoi pourrait-il l’être si ce n’est comme sujet ?

Le problème donc est celui de savoir si les sciences de l’homme peuvent se penser sur le modèle des sciences de la nature ou bien si elles doivent être autres. Dans le premier cas elles semblent impliquer une négation de la liberté du sujet et donc de ce qui semble faire la spécificité de l’homme. Autrement dit, peut-on dire que l’homme est seulement un objet de science ? Dans le second cas, qu’est-ce qui alors garantit leur scientificité ?

 

§ 1. Le déterminisme ou les lois de la nature.

La première difficulté concerne le déterminisme. En effet, celui-ci peut être considéré comme un principe sans lequel il n’y a pas de science possible. Telle était la thèse du médecin et biologiste Claude Bernard (1813-1878) dans son Introduction à l’étude de la médecine expérimentale (1865). En effet, une expérience – qu’elle soit observation ou expérimentation – a pour but de vérifier une hypothèse. Par observation, il faut entendre l’enregistrement passif de données comme en astronomie alors que l’expérimentation est la modification volontaire d’un état de chose pour savoir ce qui en résulte comme en physique, chimie ou biologie. Or, admettons que l’on nie le déterminisme ou la loi de la causalité selon la terminologie de Kant dans la Critique de la raison pure (P.U.F., p.182-195). Alors, à une cause donnée pourrait correspondre une infinité d’effets possibles et inversement. Aucune hypothèse, quelle qu’elle soit ne pourrait être vérifiée. Ainsi, admettre le principe du déterminisme est la condition de possibilité de l’expérience. Sans le principe du déterminisme ou la loi de causalité il ne serait pas possible de distinguer le rêve de la réalité, l’objectivité de la subjectivité.

Ce qui ne signifie pas d’ailleurs que l’expérience puisse justifier le dit principe. En effet, quelques nombreuses que soient les expériences, comme le principe du déterminisme s’applique à tous les événements possibles, elles ne le vérifient que partiellement. Si on veut fonder la causalité sur l’expérience, on est conduit avec Hume (cf. Enquête sur l’entendement humain, Quatrième et Cinquième sections) à nier la valeur objective de la causalité. En effet, l’idée de causalité, c’est l’idée d’une connexion nécessaire entre la cause et l’effet. Cette connexion est universelle, c’est-à-dire que des causes identiques produisent des effets identiques et peut-on peut ajouter avec Alain dans ses Eléments de philosophie (livre IV, chapitre VI Du déterminisme) quantitativement identiques. C’est ce qui autorise à faire des prédictions à l’intérieur d’un système clos ou considéré comme tel.

Or, l’expérience ne donne que des successions particulières. Ainsi jusqu’à présent les corps sont tombés de telle façon que l’espace parcouru est le temps au carré que multiplie une constante (soit la loi galiléenne de la chute des corps telle que Newton l’a formulée). Rien ne prouve qu’il en ira toujours ainsi dans l’avenir ni qu’il en a toujours été ainsi.

Force donc est d’admettre que la causalité qui est à la racine du principe du déterminisme ne peut être prouvée par l’expérience. La première conséquence et la plus importante est qu’aucune science ne peut prouver sa valeur objective. Ce qu’est la science et en quoi elle est science, cette question appartient à la philosophie, plus précisément à cette branche de la philosophie que l’on nomme épistémologie, soit théorie de la science. Aussi les sciences de l’homme, si elles sont possibles, ne peuvent se fonder sur leurs résultats pour se prouver elles-mêmes. L’idée de l’homme ne peut donc être épuisée par les sciences de l’homme.

Or, lorsqu’on fait une expérience, c’est en vue de s’assurer d’une régularité. Il est vrai que cette régularité peut être celle d’une probabilité comme dans les lois de l’hérédité découverte par Mendel (1822-1884). Par exemple si un caractère est dominant et un autre récessif, à la première génération tous les descendants présentent le caractère dominant, à la seconde les trois quarts le dominant et un quart le récessif. Une telle loi est valable pour une population et ne dit rien sur ce qui se passera pour l’individu. Ainsi ne serait-il pas nécessaire d’admettre le déterminisme strict en ce qui concerne toutes les actions humaines. Il serait suffisant d’admettre des régularités de type probabiliste et donc un déterminisme probabiliste.

La deuxième conséquence de l’analyse épistémologique du déterminisme est qu’on ne peut s’appuyer sur le principe du déterminisme pour nier que l’homme soit un sujet. En effet, comme le déterminisme strict ou probabiliste ne peut être prouvé par l’expérience, la question de savoir si les faits ne sont pas tous soumis au déterminisme ou bien si au contraire ne règne pas un indéterminisme fondamental est une question qu’aucune science expérimentale ne peut trancher.

On dire que l’homme doit être considéré comme soumis aux lois de la nature pour que des sciences de l’homme soient possibles au même titre que les autres sciences. C’est ainsi que Kant dans l’introduction de son article intitulé Idée d’une histoire universelle d’un point de vue cosmopolitique (1784) fait remarquer que la régularité des statistiques relatives aux naissances, à la mortalité, etc. montre qu’on peut trouver une régularité causale en ce qui concerne l’homme quoi qu’il n’y en ait aucune dans ses projets conscients.

Le problème alors est que la connaissance de l’homme aussi devrait être soumise aux dites lois. Les sciences de l’homme devraient donc permettre non seulement de connaître l’homme mais en outre de connaître les principes des autres sciences. Et tel était le projet de la sociologie et/ou de la philosophie d’Auguste Comte comme va le montrer un rapide examen.

En effet, selon Comte dans la 1ère leçon de son Cours de philosophie positive, toute l’histoire de la pensée humaine peut se ramener à la loi des trois états. Selon celle-ci, l’esprit humain, tant dans l’individu que dans l’espèce commence par l’état théologique, passe par l’état métaphysique puis achève son histoire en accédant à l’état positif.

L’état théologique lui-même commence par des explications fétichistes (Discours sur l’esprit positif, § 3), c’est-à-dire qui admet que les choses sont douées d’une volonté analogue à la volonté humaine. C’est ce qu’on retrouve notamment dans les superstitions, toujours vivaces, qui présupposent que les choses puissent sanctionner ou favoriser nos désirs en fonction de nos actes. Le deuxième moment de l’état théologique est le polythéisme – croyances en l’existence de plusieurs êtres doués de volonté mais séparés des choses (ibid., §5). Le troisième est le monothéisme (ibid., §6). De la décomposition sous la pression des faits du monothéisme, dernier stade de l’état théologique, l’esprit atteint le second, celui de la métaphysique (ibid., §9) où l’esprit prétend tout expliquer avec des notions abstraites, par exemple celle de nature (Cours de philosophie positive, 1ère leçon). Cet état correspond en gros à une philosophie qui prétend être la science. Enfin vient le moment positif où l’esprit s’en tient aux faits et cherchent les lois qui les régissent.

« La philosophie positive se distingue surtout de l’ancienne philosophie, théologique ou métaphysique, par sa tendance constante à écarter comme nécessairement vaine toute recherche des causes proprement dite, soit premières, soit finales, pour se borner à étudier les relations invariables qui constituent les lois effectives de tous les événements observables, ainsi susceptibles d’être rationnellement prévus les uns d’après les autres. » Comte, Cours de philosophie positive, 58ème leçon.

Autrement dit, la question de savoir s’il y a ou non une première cause – Dieu ou le Monde – comme celle de savoir s’il y a une fin ultime – la gloire de Dieu ou la liberté de l’homme – sont purement et simplement rejetées comme étant des questions insolubles que ne se posent que ceux qui n’ont pas encore accédé à l’état positif.

L’état positif quant à lui gagne les sciences progressivement. D’abord l’astronomie, puis la physique, puis la chimie, puis la biologie et il atteint enfin la sociologie. Elle est la science de l’homme par excellence qui peut rendre compte de la totalité du devenir humain comme Comte l’indique dans la 2ème leçon de son Cours de philosophie positive.

Comment rendre compte de cette évolution ? La raison en est selon Comte qu’il est impossible à l’esprit de se passer de théorie pour observer des faits et qu’il faut se fonder sur les faits pour que les théories soient valables. Ce cercle vicieux est brisé par la tendance spontanée de l’esprit humain à produire des explications théologiques. Le développement de la connaissance est donc dû à la nature de l’esprit humain, plus précisément celui-ci est soumis à une loi qu’il peut découvrir lorsqu’elle a produit tous ses effets.

Auguste Comte conserve à la philosophie un rôle, celui justement d’articuler les différentes sciences positives. En ce sens le philosophe est le spécialiste des généralités, c’est-à-dire des principes constitutifs de chaque science comme l’indiquent l’Avertissement et la 1ère leçon du Cours de philosophie positive où il écrit :

« par philosophie positive, comparé à sciences positives, j’entends seulement l’étude propre des généralités des différentes sciences, conçues comme soumises à une méthode unique, et comme formant les différentes parties d’un plan général de recherches. » Comte, Cours de philosophie positive, Avertissement.

Cette construction grandiose dans l’ensemble et digne d’intérêt souvent dans le détail (malgré des erreurs pour le moins amusante, notamment l’impossibilité selon Comte de connaître la composition chimique des astres qui nous entourent, ce qui a été réalisé après sa mort et qui remet en cause le principe de sa classification) n’a qu’un tort, c’est que sa scientificité reste douteuse. Car, la loi des trois états ne peut donner lieu à aucune vérification sérieuse. En effet, soit on peut la mettre en défaut, soit il se trouvera toujours une façon de la confirmer. C’est ainsi que l’essor des sciences n’a pas fait disparaître les religions. On pourra toujours répondre que l’état positif n’est pas encore réalisé dans tous les esprits. Or, tel est le problème de cette loi qu’elle est plus une norme que la description objective d’un état de choses.

 

On peut vérifier cette difficulté à penser une science de l’homme sur le même modèle que les sciences de la nature en prenant les exemples de la psychanalyse et du marxisme.

Selon la première, rappelons-le, les désirs inconscients de l’homme déterminent nombre de ses représentations sans qu’il en soit conscient. Pire ! Lorsqu’on signale à un patient qu’il semble avoir tel désir, s’il pense que tel n’est pas le cas, le psychanalyste y verra une résistance, effet du refoulement. C’est la raison pour laquelle toute critique de la psychanalyse peut être interprétée comme une résistance, c’est-à-dire comme l’expression de cette instance de l’appareil psychique que Freud nomme la censure dans sa première topique. Freud utilise cet argument contre les psychiatres qui n’admettent pas le caractère sexuel des causes des troubles pathologiques dans l’Introduction à la psychanalyse. Il est donc clair comme Popper l’a montré, notamment dans Conjectures et réfutations, qu’il est alors impossible de tester les hypothèses du psychanalyste car elles ne peuvent être réfutées. Il apparaît nécessaire de penser que l’esprit de l’homme n’est pas complètement déterminé pour qu’il soit possible d’examiner sans la ramener à des causes toute hypothèse contraire à la sienne. Bref, le savant n’est pas déterminé par des causes mais se prononce en fonction de raisons.

Selon Marx, la conscience des hommes est déterminée par leur vie sociale qui est de nature essentiellement économique comme l’indique le célèbre Avant-propos de sa Critique de l’économie politique. Dès lors, l’idéologie, c’est-à-dire la façon dont les hommes prennent conscience de leur existence, n’est qu’un reflet la plupart du temps faux de la réalité sociale qui les détermine. Par exemple, un économiste qui envisagera une explication ou un diagnostic favorable à l’économie de marché passera pour un représentant inconscient de la classe bourgeoise. Là encore, aucune possibilité de tester la moindre hypothèse puisqu’elle ne peut être que vraie (cf. Popper, Conjectures et réfutations [4ème édition, 1972], chapitre premier « La science : conjectures et réfutations, p. 61-68, Paris, Payot, 1985).

Comme plusieurs théories irréfutables existent, il faut considérer qu’elles ne sont pas toutes vraies. Dès lors, elles doivent toutes être rejetées comme sciences en tant que théories globales. Par contre, rien n’interdit d’user de certains de leurs énoncés soit pour tenter d’en faire des hypothèses scientifiques, soit des thèses philosophiques.

Il faut donc en conclure qu’admettre le principe du déterminisme pour toutes les actions et pensées humaines exclut la possibilité des sciences de l’homme et même de toutes les sciences. N’a-t-on pas vu sous Staline un prétendu biologiste, Lyssenko (1898-1976), pour qui la génétique n’était qu’idéologie bourgeoise (cf. la préface de l’ouvrage de Jaurès Medvedev, Grandeur et chute de Lyssenko, Gallimard, 1971, rédigée par Jacques Monod) ? Preuve s’il en était que la prétention à réduire l’homme à être un pur reflet conduit aux pires aberrations intellectuelles.

Si on n’admet pas que l’esprit de l’homme est libre, c’est-à-dire comme l’indique Descartes, capable de suspendre sa créance (Principes de la philosophie, Première partie, article 6), alors il n’y a pas de recherche scientifique possible. Il ne peut y avoir de discussion ou de dialogue où l’on examine les raisons que l’autre a de soutenir telle ou telle thèse. Il faut donc admettre que la pensée humaine n’est pas déterminée sans quoi il n’y a pas de sciences du tout. Mais alors, comment les sciences de l’homme peuvent-elles être possibles ? Ne faut-il pas penser qu’aucune science de l’homme n’est possible, c’est-à-dire que chaque homme sait, grâce à sa conscience, ce qu’il en est des raisons de son action ? Comment faire sur l’homme les expériences nécessaires pour le connaître ?

 

On voit donc que la difficulté sur le fond c’est que l’homme ne se contente pas de vivre, il cherche aussi à bien vivre comme le soutenait Aristote dans le chapitre 2 du livre I de sa Politique. On peut l’entendre au point de vue éthique comme une recherche du bonheur ou du point de vue moral comme une recherche de ce qu’est le devoir. Que faire alors des valeurs ? Le scientifique n’est-il pas obligé d’en tenir compte ? Mais comment peut-il alors expérimenter ?

L’idée qu’il ne faille tenir aucun compte des valeurs en ce qui concerne les sciences de l’homme est à la fois juste et absurde.

Juste si expliquer exclut d’introduire des valeurs dans son explication comme le sociologue allemand Max Weber (1864-1920) dans son Propos sur l’exposé d’Hermann Kantorowicz : “la science du droit et la sociologie” au congrès allemand de sociologie en 1910 l’a soutenu en tentant de penser une science de l’homme qui repose sur la séparation entre les faits et les valeurs. C’est le principe de la neutralité axiologique. Dès lors selon Weber, si on doit tenir compte du rapport aux valeurs des hommes pour expliquer les faits, on ne doit pas pour décrire et expliquer les faits sociaux porter de jugement de valeur, c’est-à-dire se prononcer sur la valeur du fait.

Or, c’est absurde. En effet, il n’est pas possible de décrire objectivement une action humaine sans une prise de position sur sa valeur comme Leo Strauss (1899-1973) l’a montré dans Droit naturel et histoire (1953). Par exemple, décrire un camp d’extermination nazi de façon neutre serait le comble de l’immoralité puisque cela reviendrait à nier qu’il y ait eu là un crime, pour ne pas dire le crime par excellence.

En outre, dans la mesure où les actions humaines ne peuvent être séparées des valeurs que les hommes ont adoptées, il est nécessaire de les comprendre comme Weber l’admettait. C’est la raison pour laquelle une action humaine ne peut pas simplement être expliquée, elle doit être comprise, c’est-à-dire qu’il faut ressaisir le sens qu’elle avait pour le sujet. Pour dire quelque chose sur l’assassinat de Jules César par exemple, il n’est pas possible de se contenter de remarquer que des couteaux ont pénétré dans le corps d’un dénommé César jusqu’à ce que mort s’ensuive. Il faut saisir l’intention des assassins, à savoir sauver la république romaine de ce qu’il pensait être une tentative d’instauration d’une monarchie, etc. Autrement dit, dans toutes les sciences de l’homme comme dans l’histoire, il y a un moment irréductible, à savoir le moment de la compréhension, c’est-à-dire de la saisie du sens.

Or, la compréhension n’est pas susceptible de l’objectivité qui est celle de l’explication, c’est-à-dire de la recherche des causes ou des lois pour parler comme Comte. En effet, elle implique la lecture des intentions à partir des traces que sont les actes ou les discours. Est-ce à dire qu’elle est purement subjective ? L’objectivité en matière de compréhension consistera certainement à ne pas vouloir plaquer à tout prix un système d’interprétation mais à formuler les hypothèses les plus fines pour qu’il ne soit pas impossible de les contredire. De ce point de vue, comprendre et expliquer reposent sur la même démarche pour être scientifique, à savoir adopter une attitude critique vis-à-vis de soi-même comme Popper l’a soutenu dans le cadre de son travail d’interprétation de Platon dans le tome I de son ouvrage La société ouverte et ses ennemis intitulé L’ascendant de Platon.

Reste donc à savoir comment il est possible d’instituer des expériences, conditions pour qu’il soit possible de parler de sciences en ce qui concerne les disciplines qui ont l’homme pour objet.

 

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