Biographie de Marx III L'internationalisme

Publié le par Bégnana

L’internationalisme.

En novembre 1864, l’Association International des Travailleurs (A.I.T.) ou Première Internationale est fondée à Londres. Elle regroupe diverses tendances du mouvement ouvrier. Marx en rédige l’Adresse Inaugurale. Il y déclare notamment après un bilan de la période 1848-1864 :

« La conquête du pouvoir politique est donc devenue le premier devoir de la classe ouvrière. Elle semble l’avoir compris, car en Angleterre, en Allemagne, en Italie, en France, on a vu renaître en même temps ces aspirations communes, et en même temps aussi des efforts ont été faits pour réorganiser politiquement le parti des travailleurs.

Il est un élément de succès que ce parti possède : il a le nombre; mais le nombre ne pèse dans la balance que s’il est uni par l’association et guidé par le savoir. L’expérience du passé nous a appris comment l’oubli de ces liens fraternels qui doivent exister entre les travailleurs des différents pays et les exciter à se soutenir les uns les autres dans toutes leurs luttes pour l’affranchissement, sera puni par la défaite commune de leurs entreprises divisées. C’est poussés par cette pensée que les travailleurs de différents pays, réunis en un meeting public à Saint-Martin’s Hall le 28 septembre 1864, ont résolu de fonder l’Association Internationale des travailleurs. »

La devise qui était celle du Manifeste du parti communiste est reprise :

« Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! »

Marx, dont le seul titre officiel au sein du Conseil général qui est l’organe de centralisation, mais non de décision dans un premier temps, tentera de faire l’unité contre tous ceux qui ne le suivent pas : Mazzini (1805-1872) en Italie, les proudhoniens et les blanquistes en France, Michel Bakounine (1814-1876) en Suisse, le syndicalisme britannique libéral, le socialisme lassalien en Allemagne, etc..

En 1867, paraît le livre I de son maître ouvrage, Le Capital. Il y développe une théorie de la valeur d’échange qui corrige selon lui celle d’Adam Smith et de David Ricardo, à savoir qu’elle se mesure par le temps de travail nécessaire pour réaliser le produit. Sur cette base, il pense découvrir la notion de plus-value, soit la différence entre la valeur payée à l’ouvrier sous forme de salaire et la valeur produite par l’ouvrier, supérieure, et qui fonde le profit du capitaliste. Il lui apparaît alors que l’exploitation du prolétariat a un fondement économique.

« Le capitaliste, en transformant l’argent en marchandises qui servent d »éléments matériels d »un nouveau produit, en leur incorporant ensuite la force de travail vivant, transforme la valeur ‑ du travail passé, mort, devenu chose ‑ en capital, en valeur grosse de valeur, monstre animé qui se met à travailler comme s’il avait le diable au corps.

La production de plus-value n’est donc autre chose que la production de valeur, prolongée au-delà d’un certain point. Si le procès de travail ne dure que jusqu’au point où la valeur de la force de travail payée par le capital est remplacée par un équivalent nouveau, il y a simple production de valeur; quand il dépasse cette limite, il y a production de plus-value. » Marx, Le Capital Livre premier : Le développement de la production capitaliste, III° section : la production de la plus-value absolue, Chapitre VII : Production de valeurs d’usage et production de la plus-value, II. Production de la plus-value.

Comme la seule source du profit et la production du prolétaire, l’accroissement du capital constant, à savoir l’outillage, les matières premières, etc. par rapport au capital variable, soit la masse salariale, nécessaire dans la concurrence entre capitaliste, doit conduire à une baisse du taux de profit et donc à une sorte de disparition nécessaire du capitalisme. Parallèlement, la concentration du capital doit conduire à rejeter dans le prolétariat la grande masse des hommes contre un petit nombre de bourgeois ou capitalistes, c’est-à-dire de possesseurs des moyens de production. Bref, la structure économique bourgeoise prépare sa propre disparition nécessaire.

La Commune de Paris est écrasée en 1871. Marx rédige un texte qui est adopté par l’Internationale : La Guerre civile en France. Karl Marx tire la conclusion que le prolétariat ne peut pas se contenter de s’emparer de la machine d’État pour la faire fonctionner à son profit : il devra la détruire de fond en comble. Marx salue la nouvelle démocratie apparue avec la Commune : le principe de l’éligibilité et la révocabilité des responsables à tous les niveaux de la société (exécutif, législatif, judiciaire). Ce texte fait grand bruit, et le nom de l’auteur est alors révélé : Karl Marx acquiert pour la première fois une certaine renommée, y compris au sein du mouvement ouvrier.

Des divergences importantes au sein de l’Internationale donnent lieu à un affrontement entre les “marxiens” comme les appellent Bakounine et les partisans de ce dernier. En 1872, les anarchistes de Bakounine sont exclus (première manifestation d’envergure de l’intolérance marxiste !) lors du congrès de La Haye. Les motifs en sont d’une part qu’ils constituent une fraction secrète, ce qui est vrai. Marx considère que le mouvement ouvrier doit être public. D’autre part, les rapports entre Marx et Bakounine se sont dégradés. Le premier accuse l’autre d’être favorable à la domination russe sur l’Europe. Le second l’accuse d’être juif et favorable à la domination allemande. Une partie importante des militants de l’Internationale ont préféré suivre les principes fédéralistes prônés par Bakounine. Enfin, le non dit est que Bakounine se méfiait du communisme de Marx pour des raisons de fond auxquelles Marx n’a jamais vraiment répondu.

« Je déteste le communisme, parce qu’il est la négation de la liberté et que je ne puis concevoir rien d’humain sans liberté. Je ne suis point communiste parce que le communisme concentre et fait absorber toutes les puissances de la société dans l’État, parce qu’il aboutit nécessairement à la centralisation de la propriété entre les mains de l’État. [...] Je veux l’organisation de la société et de la propriété collective ou sociale de bas en haut, par la voie de la libre association, et non du haut en bas par le moyen de quelque autorité que ce soit. Voilà dans quel sens je suis collectiviste et pas du tout communiste. » Bakounine, Étatisme et anarchie, 1873.

Étant donné la quasi-disparition du mouvement ouvrier en France du fait de la répression de la Commune, l’A.I.T. cesse pratiquement d’exister en Europe. Le Conseil général de l’A.I.T. de Londres est transféré à New York sur les instances de Marx, ce qui la condamne à la mort. Marx préfère sa disparition plutôt qu’elle ne tombe dans les mains de ses adversaires. Une internationale ouvrière fédéraliste réunissant des exclus se constitue la même année.

Marx s’occupe de la réédition allemande du livre I du Capital, des traductions russe et française. Il corrige cette dernière faite par Jules Roy de sorte qu’il est permis de considérer qu’elle sa propre version étant donnée sa connaissance du français. Dans le même temps, il a appris le russe (il connaissait aussi le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol, le hollandais, le suédois et le danois) et s’amuse de temps en temps en faisant de l’algèbre.

La santé de Marx qui a toujours été mauvaise est minée par son travail au sein de l’Internationale. Dans le même temps, il continue sans succès la rédaction des autres livres du Capital. Il suit avec Engels la création du Parti social-démocrate (S.P.D.) qui provient l’union du parti fondé par Bebel et Liebknecht et du parti des lassaliens. C’est dans la petite ville de Gotha que s’élabore le programme du nouveau parti.

En accord avec son ami, Marx écrit en 1875 une critique très dure du programme de Gotha du S.P.D. qui restera longtemps inédit. On y lit notamment ce point programmatique positif qui n’est pas resté lettre morte.

« Entre la société capitaliste et la société communiste, se place la période de transformation révolutionnaire de celle-là en celle-ci. À quoi correspond une période de transition politique où l’État ne saurait être autre chose que la dictature révolutionnaire du prolétariat. » Marx, Critique du programme de Gotha, 1875.

Karl Marx se consacre à la fin de sa vie à l’achèvement du Capital, pour lequel il collecte une grande masse de nouveaux matériaux. Toutefois, sa santé déclinante l’oblige à de nombreuses interruptions occupées par des cures. En outre, des difficultés de mise en forme et des scrupules théoriques l’empêchent d’achever les deux derniers volumes du Capital. Engels se chargera par la suite de rassembler et mettre en forme ses notes afin de publier des matériaux partiels.

Il aide Jules Guesde et Paul Lafargue à créer le premier parti socialiste français d’origine marxiste qu’il date du congrès de Marseille en 1879. Toutefois, si on en croit une lettre qu’écrivit Engels à Edouard Bernstein (1850-1932), il ne se considérait pas comme marxiste :

« Ce que disait Marx à Lafargue, ce qu’il y a de certain, c’est que moi, je ne suis pas marxiste. » Lettre de Engels à Bernstein du 2 novembre 1882.

Il est également en relation avec Hyndman, qui fondera la Social Democratic Federation, ancêtre du Parti travailliste anglais. Ses tentatives du côté américain ne furent guère couronnées de succès.

Plus curieux, est sa relation avec la Russie à la fin de sa vie. Il correspondait avec la populiste russe, Vera Zassoulitch (1851-1919 ; elle avait tiré en 1878 sur un préfet de police) et avait développé l’idée d’une diversité dans l’accession au communisme. Lors de la réédition du Manifeste du parti communiste dont la première traduction date de 1862 et avait été réalisée par Bakounine en 1882, il écrit :

« Si la révolution russe donne le signal d’une révolution prolétarienne en Occident et que toutes les deux se complètent, l’actuelle propriété collective de Russie pourra servir comme point de départ pour une évolution communiste. » Marx, préface de la réédition du Manifeste du parti communiste en russe.

En 1883, le premier parti marxiste, fut fondé par Plekhanov (1856-1918), le traducteur de la 2ème édition russe du Manifeste du parti communiste.

Jenny, la femme de Marx, était décédée le 2 décembre 1881.

Le 11 janvier 1883, c’était au tour de sa fille, Jenny, de mourir.

Après un séjour en Algérie, Marx s’éteint paisiblement dans son lit le 14 mars 1883, en présence d’Engels.

 

 

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