Cours bref (terminales technologiques) : 1 La culture

Publié le par Bégnana

On oppose la culture à la barbarie. On exclut le sauvage de la culture. On moque l’inculte. Bref, la culture apparaît d’abord comme l’apanage d’un petit nombre de sociétés et d’un petit nombre d’hommes dans ces sociétés. Mais on appelle aussi culture tout ce que l’homme ajoute à la nature et qui fait l’essentiel de son existence. En ce sens il existe des cultures différentes et aucune ne semble supérieure aux autres. Dès lors, peut-on penser la culture ?

 

Juger un autre qu’il appartienne à notre société ou à une autre comme sauvage, barbare ou inculte, suppose qu’on possède un modèle. Or, le modèle que nous avons d’abord, c’est celui de notre culture. On peut appeler ethnocentrisme au sens large l’attitude qui consiste à prendre sa culture comme un modèle de l’humain. Or, la culture qui est la nôtre nous a inculqué des normes de ce qui est humain ou non. Et ce sont ces normes qui nous servent à juger des autres cultures. Il y a là manifestement un jugement illégitime. En quoi la statuaire indoue est-elle inférieure à la statuaire grecque ? En quoi le hamac des Amérindiens est-il inférieur au lit des habitants des villes (Rousseau, Lettre à Philopolis) ?

Il faudrait donc trouver un point de vue universel. Or, si on fait abstraction de toute culture, on peut concevoir un état de nature qui se résume finalement à une vie quasi animale. En effet, les facultés humaines ne peuvent se développer que grâce à la culture. Un homme purement naturel ne saurait ni parler, n’aurait aucune morale, aucune technique, aucun art et n’échangerait avec personne. L’état de nature n’apparaît donc pas un fondement pour pourvoir porter un jugement ou pour définir la culture. Ne faut-il pas alors se résoudre à l’irréductible diversité des cultures ?

 

On peut appeler relativisme culturel la thèse selon laquelle il ya des cultures différentes qui sont d’égales valeurs. Elle s’appuie d’abord sur le fait que les jugements de valeur négatifs relatifs aux autres cultures sont les mêmes dans toutes (Montaigne, Essais). Autrement dit, chaque culture croit en ses valeurs qui la font être et c’est pour cela qu’elle refuse les valeurs des autres.

Ensuite, sur le fait que les morales sont propres aux mœurs de chacune des sociétés et dépendent de la coutume (Montaigne, Essais). En effet, une culture humaine invente et propose des valeurs que ces membres doivent suivre pour qu’elle se perpétue. Ses normes sont soient diverses, soit valables pour les membres de la société comme l’interdiction de tuer.

Enfin, la culture étant invention, elle est particulière alors que tout ce qui ressortit à la nature est universelle (Lévi-Strauss, Les structures élémentaires de la parenté). C’est à ce critère qu’on peut les distinguer.

Cependant, le relativisme implique une capacité à se détacher des préjugés de sa propre culture, voire de la critiquer lorsqu’elle ne respecte pas les autres cultures. Dès lors, la culture n’est-elle pas cet idéal d’émancipation ?

 

La culture est certes toujours particulière. Toutefois, certaines cultures ne peuvent prétendre à l’universel alors que d’autres proposent des inventions que d’autres peuvent reprendre et reprennent en effet. Particulière par l’origine, l’invention est alors universelle par destination. Par exemple la démocratie inventée d’abord par les Grecs anciens. Il est donc préférable de les suivre dans la mesure où, proposant des modèles valables pour tous, elles permettent de s’affranchir des limites de sa culture d’origine. Mais comment est-ce possible ?

C’est que la culture est éducation. Or, l’éducation véritable consiste à permettre à l’homme d’être autonome. C’est ce qui la distingue du dressage. Aussi certaines cultures proposent aux autres des éléments d’éducation qui valent pour toutes.

Enfin, la culture s’oppose au naturel, c’est-à-dire à ce qui est nécessaire. La culture a donc pour objet la liberté. Or, certaines cultures imitent la nature en ce sens qu’elles imposent un carcan aux individus, celui de la coutume et du préjugé. D’autres au contraire permettent à l’homme de se libérer du naturel. Dès lors, on peut donc reconnaître non pas la supériorité de certaines cultures sur d’autres, mais la valeur de ce qu’elles apportent à d’autres cultures.

 

La culture est invention, notamment de valeurs qui font la vie humaine. Mais, si chaque culture se pense la meilleure, certaines inventent pour tous les hommes. À cette condition on peut se risquer à donner un sens aux termes par lesquels on refuse la culture (sauvage, barbare, inculte) à certains, c’est-à-dire lorsque leur culture n’a pas cette dimension de l’universel.

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