Cours bref (terminales technologiques) : 3 Les échanges

Publié le par Bégnana

Par les échanges, chaque homme reçoit ce qu’il ne fait pas lui-même et donne le surplus de ce qu’il fait. L’échange semble être essentiellement intéressé. Tout cependant ne semble pas échangeable. Surtout l’échange lie les hommes. Dès lors, faut-il penser que tout échange est commerce ?

 

Un échange intéressé – le commerce –consiste pour un partenaire (individu ou collectivité) à donner un objet dont il n’a pas besoin pour recevoir d’un autre partenaire (individu ou collectivité) un autre dont il a besoin. Il est troc on échange directement les objets ou marchand quand on passe par l’intermédiaire d’une marchandise qui sert à échanger : l’argent. Le commerce exclut la guerre. Il est facteur de paix. Mais il exclut aussi l’union avec les autres puisque chacun est guidé par son seul intérêt (Montesquieu, De l’esprit des lois, livre XX). Il n’est donc pas l’échange premier.

Un échange social consiste pour un partenaire à donner un objet et à recevoir un objet identique ou différent d’un autre partenaire pour faire ou entretenir le lien social (l’échange de cadeaux). Il ne suffit pas à assurer le lien social car un partenaire peut le rompre à tout moment. Il en va de même pour l’échange moral qui consiste pour un individu à donner un objet sans rien attendre en retour mais à recevoir une marque de reconnaissance.

Il faut donc admettre que pour faire l’unité d’une culture, il faut quelque chose qui ne s’échange pas : c’est une certaine représentation du sacré et de ses relations avec le profane – qu’on nomme parfois religion. Les objets sacrés ne s’échangent pas. Ils donnent lieu à des manifestations collectives qui permettent de faire l’unité des membres d’une culture qu’ils appartiennent à la même unité politique ou à plusieurs. Ils fondent les obligations qui lient les membres du groupe.

Toutefois, le sacré dans son opposition au profane s’impose à l’individu ou à la collectivité. Loin de permettre la culture au sens d’un processus d’émancipation, elle enferme l’individu dans une identité. Dès lors, l’échange intéressé ne peut-il pas permettre de penser la culture ?

 

Il permet à chacun d’obtenir des autres tout ce dont il a besoin (Adam Smith, Richesses des nations). Chacun comprend qu’en échangent il obtient plus qu’en agissant seul. Et le commerce permet le choix alors que l’échange social ou le comportement vis-à-vis du sacré ne laisse aucun choix. Le commerce des livres a correspondu avec l’apparition de la science à Athènes (Popper).

L’échange social est intéressé. Car l’homme recherche les autres pour éviter l’ennui. En leur compagnie, il est indisposé, comparable à des porcs-épics qui auraient besoin les uns des autres pour se réchauffer mais se blesseraient dès qu’ils se rapprochent (Schopenhauer, Parerga et Paralipomena). L’échange moral présuppose d’agir sans aucun intérêt. Pourtant, le donateur acquiert un pouvoir sur l’autre car son don oblige le donataire. L’intérêt est dans tout échange.

Néanmoins, personne ne veut être considéré comme un simple objet. Aussi, ne faut-il pas penser que les échanges doivent être conditionnés par ce qui ne peut être échangé, la valeur de tout homme ?

 

En effet, un homme ne peut avoir une simple valeur d’échange. Certes, il y a eu des esclaves, voire des esclaves volontaires. Mais en échange de quoi un homme se vendrait-il ? Dira-t-on qu’il échange sa vie contre sa liberté si c’est à la guerre (Hobbes, Léviathan) ? Outre qu’on ne voit pas pourquoi ses descendants devraient être esclaves, l’échange est inique, donc nul. Car l’esclave doit tout au maître, y compris sa vie. Le maître reçoit donc tout et l’esclave rien. Et le maître ne donne rien. Car la vie laissée à l’esclave lui appartient en réalité. La liberté est donc un bien inaliénable, c’est-à-dire qu’on ne peut ni donner ni vendre (Rousseau, Du contrat social), un bien dont on ne peut se dessaisir.

On comprend alors pourquoi les esclaves se révoltent – ce que ne font pas les animaux domestiques. Il y va, non pas de leur intérêt – la preuve l’esclavage volontaire – mais de la reconnaissance de leur valeur d’homme. La reconnaissance de la liberté de chacun est donc la condition de tous les échanges. Dans le commerce, elle est à son degré le plus bas car l’autre n’est reconnu que dans ses besoins. Dans l’échange social, l’autre est reconnu comme personne. Dans l’échange moral, l’autre est reconnu dans son humanité qui réclame que l’on donne sans rien attendre. Il y a là un principe pour juger de la valeur morale des cultures. La nôtre, lorsqu’elle privilégie le commerce, est-elle la meilleure ?

 

Les échanges sont divers quant à leur principe. Le commerce est l’un d’entre eux. S’il libère l’individu des prestiges du sacré, il n’a de sens que s’il ne va pas à l’encontre de ce qui fait la valeur de tout homme : la liberté.

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