Descartes Le repentir

Publié le par Bégnana

Art. 63. La satisfaction de soi-même et le repentir.

Nous pouvons aussi considérer la cause du bien ou du mal, tant présent que passé. Et le bien qui a été fait par nous-mêmes nous donne une satisfaction intérieure, qui est la plus douce de toutes les passions, au lieu que le mal excite le repentir, qui est la plus amère.

 

Art. 191. Du repentir.

Le repentir est directement contraire à la satisfaction de soi-même, et c’est une espèce de tristesse qui vient de ce qu’on croit avoir fait quelque mauvaise action ; et elle est très amère, parce que sa cause ne vient que de nous. Ce qui n’empêche pas néanmoins qu’elle ne soit fort utile lorsqu’il est vrai que l’action dont nous nous repentons est mauvaise et que nous en avons une connaissance certaine, parce qu’elle nous incite à mieux faire une autre fois. Mais il arrive souvent que les esprits faibles se repentent des choses qu’ils ont faites sans savoir assurément qu’elles soient mauvaises ; ils se le persuadent seulement à cause qu’ils le craignent ; et s’ils avaient fait le contraire, ils s’en repentiraient en même façon : ce qui est en eux une imperfection digne de pitié. Et les remèdes contre ce défaut sont les mêmes qui servent à ôter l’irrésolution.

 

Art. 177. Du remords.

Le remords de conscience est une espèce de tristesse qui vient du doute qu’on a qu’une chose qu’on fait ou qu’on a faite n’est pas bonne, et il présuppose nécessairement le doute. Car, si on était entièrement assuré que ce qu’on fait fût mauvais, on s’abstiendrait de le faire, d’autant que la volonté ne se porte qu’aux choses qui ont quelque apparence de bonté ; et si on était assuré que ce qu’on a déjà fait fût mauvais, on en aurait du repentir, non pas seulement du remords. Or, l’usage de cette passion est de faire qu’on examine si la chose dont on doute est bonne ou non, et d’empêcher qu’on ne la fasse une autre fois pendant qu’on n’est pas assuré qu’elle soit bonne. Mais, parce qu’elle présuppose le mal, le meilleur serait qu’on n’eût jamais sujet de la sentir ; et on la peut prévenir par les mêmes moyens par lesquels on se peut exempter de l’irrésolution.

Descartes, Les passions de l’âme.

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