Fiche 1 (L, ES, S) : La conscience

Publié le par Bégnana

Robert Fludd (1574-1637) "Utriusque cosmi maioris scilicet et minoris […] historia", tome II (1619), tractatus I, sectio I, liber X, De triplici animae in corpore visione

Robert Fludd (1574-1637) "Utriusque cosmi maioris scilicet et minoris […] historia", tome II (1619), tractatus I, sectio I, liber X, De triplici animae in corpore visione

Conscience.

Analyse.

Le terme conscience a (en français) essentiellement deux sens. Le premier (vraisemblablement le plus ancien) est le sens moral. (On le trouve dans le grec συνείδησις « suneidêsis » et dans le latin « conscientia » ; l’anglais utilise « conscience » pour ce sens et l’allemand « Gewissen »). La conscience est une voix intérieure qui nous dicte ce qui est bien et nous interdit de faire le mal. Le sujet peut avoir « bonne conscience », « avoir la conscience tranquille ». Il peut « avoir mauvaise conscience », c’est-à-dire éprouver remords ou repentir. La conscience s’oppose à l’inconscience, défaut moral de celui qui agit sans écouter sa conscience.

Au second sens, la conscience (au sens “psychologique”) se dit du sujet qui se représente ce qui se passe en lui, d’être différent d’autrui, c’est-à-dire d’un autre sujet, et d’être au monde. L’anglais utilise « consciousness » depuis Ralph Curdworth (1617-1688) et l’allemand utilise « Bewusstsein » depuis le philosophe leibnizien, Christian Wolf (1679-1754). Leibniz a introduit le mot « aperception » pour désigner ce phénomène. Le sens “psychologique” de la conscience s’atteste dans des expressions comme « être conscient », « prendre conscience », etc. La conscience s’oppose alors à l’inconscience, c’est-à-dire la perte de conscience (évanouissement, sommeil, voire mort). Elle s’oppose à l’inconscient, c’est-à-dire à ce qui, dans le sujet, échapperait à la conscience, voire la déterminerait, qu’on conçoive cet inconscient comme étant en réalité le corps vivant comme Alain ou comme psychique comme Freud. La conscience “psychologique” se divise en conscience immédiate et en conscience réfléchie. La première consiste dans le savoir ou le sentiment d’avoir une représentation, d’éprouver une affection ou de commettre une action. La seconde consiste à faire retour sur soi, à avoir un recul sur soi.

De façon générale, la conscience définit le sujet au sens de la philosophie moderne, c’est-à-dire un être capable de se représenter lui-même et le monde, capable d’agir de façon responsable et donc moralement.

 

Problèmes.

Le premier problème consiste à déterminer quel est le sens de la conscience. En effet, est-ce parce qu’il est conscient au sens où il se rend compte d’être un sujet que l’homme peut accéder à la morale ou bien est-ce au contraire parce qu’il est capable de moralité que l’homme peut être conscient de lui-même comme sujet, c’est-à-dire capable de répondre de ses actes et de ses pensées ?

 

Le second problème (qui recoupe le premier) consiste à déterminer quelle est la forme fondamentale de la conscience. Si c’est la conscience immédiate, cela voudrait dire qu’elle enveloppe une inconscience de soi, ce qui est absurde. En effet, le sujet serait à la fois conscient et inconscient : cette contradiction dans les termes fait paraître la compréhension de la conscience comme conscience immédiate impossible.

Si au contraire, c’est la réflexion, même au sens moral comme l’entend Alain dans ses Définitions (posthume, 1953), comment éviter alors que la réflexion tombe dans une régression infinie ? En effet, toute conscience de conscience impliquerait une autre conscience sans fin. Il n’y aurait jamais de réflexion achevée, donc de réflexion tout court, ce qui contredit la définition supposée et paraît ramener la compréhension de la conscience à l’immédiateté.

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