Fiche 15 (L, S) : Le vivant

Publié le par Bégnana

Le vivant présente des propriétés étonnantes. Il paraît capable de chercher hors de lui ce qui est nécessaire pour se conserver comme le montrent les plantes. Il se meut et perçoit la réalité extérieure. Il remplace lui-même ce qui lui manque (cicatrisation par exemple). Il se reproduit. On peut alors penser que la finalité, c’est-à-dire un comportement qui est dirigé par la réalisation d’un but ou d’une fin, lui appartient essentiellement. Reste à savoir comment.

On peut expliquer le vivant par l’âme, antique notion, voire notion universelle. L’expérience du cadavre, c’est-à-dire du corps sans vie, donne à penser qu’il y a quelque chose dans le vivant qui est autre que la simple matière : c’est ce que montre Aristote (Parties des animaux, I). L’âme alors est-elle un principe tout autre que la matière qui advient au corps vivant et qui s’en sépare (cf. Platon, Phèdre) ou bien est-ce ce que réalise la matière lorsqu’elle est douée de vie de sorte que sans corps, l’âme n’a aucun sens (cf. Aristote, De l’âme, II) ? L’âme n’implique-t-elle pas la conscience et ne doit-elle pas être réservée à l’homme ?

On peut expliquer le vivant par le modèle de la machine. En effet, elle présente une certaine autonomie et montre une finalité apparente. Un tel modèle permet de rejeter dans les limbes de la connaissance préscientifique la notion d’âme. Or, comme une machine suppose un ingénieur, un tel modèle ne réintroduit-il pas une finalité externe, celle d’un Dieu créateur qui a disposé les vivants de façon à ce qu’ils s’orientent dans le monde ?

On peut penser le vivant comme rompant avec la matière dans sa dimension physico-chimique. Alors que la matière inerte exige pour être connu des forces qui agissent selon le principe de causalité, c’est-à-dire selon des relations nécessaires et universelles entre des faits telles que certains en produisent d’autres. On lui attribue alors une ou plusieurs forces vitales qui utilisent la causalité physico-chimique pour maintenir la vie contre la mort. Alors que l’âme poursuit telle ou telle fin, la force vitale n’a que la vie comme objet. Admettre une ou plusieurs forces vitales, n’est-ce pas ouvrir la voie de la théologie ? N’est-ce pas admettre ce qui ne peut en aucun cas donner lieu à une expérience, donc à une connaissance scientifique du vivant ou bien celle-ci oblige-t-elle à élargir la notion de science ?

On peut enfin chercher des concepts proprement biologiques comme ceux de milieu intérieur, d’évolution des espèces ou encore de programme génétique qui, sans rompre avec les conditions physico-chimiques de la matière, rendent compte des spécificités des vivants, y compris ce vivant qui cherche à connaître le vivant : l’homme. Ne faut-il pas alors admettre que le vivant, y compris l’homme, peut, en droit s’expliquer par les seules lois de la physique ? N’est-on pas conduit à une position réductionniste, voire physicaliste ?

 

 

 

 

 

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