J M G Le Clézio - biographie

Publié le par Bégnana

Jean-Marie Gustave Le Clézio est né à Nice, par accident, le 13 avril 1940 d’une mère française qui allait chercher ses parents au moment de l’invasion allemande et d’un père anglais qui était au Nigeria. En fait, ses parents étaient cousins germains et cette double nationalité s’explique par les origines de la famille.

Elles se trouvent en Bretagne où un petit village du Morbihan se nomme Le Clézio (qui signifie “les enclos” en breton). Le premier de la lignée d’une souche de fermiers bretons qui ne savaient ni lire ni écrire est François Alexis Le Clézio. À la fin du xviii° siècle, il combattit à Valmy. Il quitte l’armée révolutionnaire avec sa femme et sa fille car il refusait de perdre le privilège des Bretons de porter les cheveux longs et s’embarque sur le Courrier des Indes. En se rendant aux Indes, François Le Clézio s’arrête à l’île de France – dont un autre breton, Bernardin de Saint Pierre (1737-1814), donna une relation, le Voyage à l'île de France, premier nom de l’actuelle île Maurice et un des premiers best-sellers, Paul et Virginie. Sa femme était originaire de cette île et y avait de la famille. Il se fait armateur d’un corsaire, Lemême. Son navire, L’espérance, se fait capturer par les Anglais et il finit par perdre toute sa fortune. D’abord française, l’île est conquise par les Anglais pendant les guerres napoléoniennes en 1810. Les habitants doivent devenir sujets de la couronne britannique ou partir. Les Le Clézio deviennent les sujets de sa gracieuse majesté.

Alexis Jules Eugène, un des quatre enfants de François Alexis, notaire, fait fortune et achète la maison familiale, Euréka, vers 1850. Il eut deux fils, Sir Eugène Le Clézio et Sir Henry Leclézio.

En 1919, deux clans se forment, celui de Sir Henry et celui de Sir Eugène. Le premier conserve l’essentiel, le second reçoit un dédommagement en argent vite dilapidé. C’est de cette branche qu’est issu Jean-Marie. C’est ainsi que son père quitte, à trente ans, Maurice et la maison natale.

Son grand-père paternel, Léon, fils d’Eugène (qui eut dix enfants), honorable magistrat à qui est dédié Le chercheur d’or, se rendit sur l’île Rodrigues à plusieurs reprises pour y chercher, en vain, un trésor. Le Clézio, qui ne l’apprit que tardivement, relate dans le journal paru en 1986, Voyage à Rodrigues, son séjour à Rodrigues sur les traces de son chercheur d’or de grand-père. On retrouve dans ce texte des personnages du roman Le chercheur d’or.

Son grand-père maternel, Alexis, autre fils d’Eugène et donc frère de Léon, était médecin dans la région parisienne. Il rêvait d’avions et Jean-Marie Le Clézio se souvient d’une hélice en bois qui restait d’une maquette qu’il avait construite.

Sa mère est née à Milly-la-Forêt dans la région parisienne. Les entretiens diffusés sur France Culture en novembre 1988, publié sous le titre Ailleurs en 1995, se passent en partie dans une voiture qui se dirige vers cette maison que Le Clézio cherche à retrouver avec une vieille carte postale.

Son père, qui avait émigré pour des raisons économiques, après des études de médecine en Angleterre, deviendra médecin de l’armée de sa très gracieuse majesté, en Guyane anglaise, puis dans la partie anglaise du Cameroun qu’il parcourt avec son épouse comme Le Clézio le relatera dans L’Africain. Puis il est médecin de brousse au Nigeria. Au cours de ses visites à son oncle dans la région parisienne, il retrouve une atmosphère plus chaleureuse et épousera sa cousine germaine.

Enfant, Jean-Marie et son frère vivent à Nice avec leur mère, leur grand-mère et leur grand-père, Léon, dont la bibliothèque regorge de récits de navigateurs et contient l’ouvrage de Valerius Flaccus (1er siècle), Argonautiques. À l’arrivé des Allemands, la famille doit s’enfuir à Roquebillière, un petit village des Alpes-Maritimes. Il découvrira un camp où sont parqués des Juifs auquel il fera allusion dans Étoile errante.

En 1948, il part sur le Nigerstöm avec sa mère et son frère retrouver son père au Nigeria. À l’arrivée du bateau, après une navigation d’un mois et demi, il ne sort pas de la cabine et préfère écrire ce qu’il ne voit pas dans un livre intitulé Un long voyage. Il reste un an à Ogoja. Onitsha puis L’Africain relatent cet aspect de sa vie.

Il revient à Nice en 1949 sans son père.

Ce dernier prend sa retraite de l’armée anglaise et revient en 1950-51. Il soumet l’ensemble de la famille à une discipline de fer et à un régime mauricien, fait de riz, de bœuf bouilli et de brèdes, le tout assaisonné au cari. Jean-Marie connaît une certaine gêne financière.

Son grand-père maternel meurt en 1952. À cette époque, jeune, Jean-Marie ne supporte pas les miroirs.

En 1953, il voyage au Maroc.

Ses études sont essentiellement littéraires. Lycéen, il dessine et aurait aimé faire carrière comme auteur de bandes dessinées. Il y renonce car il ne se reconnaît aucun talent. Il s’essaie à la poésie. Après son baccalauréat, obtenu à dix-sept ans, il fait une année d’hypokhâgne (première année de classe préparatoire littéraire) et est remercié à cause de ses retards et de son manque de travail. Il revient à ce moment au roman.

À dix-huit ans, une méconnaissance et une erreur d’un militaire l’empêchent d’abandonner la nationalité française. Il doit donc faire son service militaire durant la guerre d’Algérie où un de ses amis est mort. Il obtient un sursis. Sa vie à Nice oscille entre les cafés, les boites de nuit où son errance lui fait rencontrer le peintre Ben (né en 1935) qui tient un café.

Il part à Londres en 1959. Citoyen britannique, il enseigne pendant un an à Bath. Il s’inscrit à l’université de Bristol pour y préparer, sans succès, une licence d’anglais. Sa méthode, apprendre le dictionnaire par cœur, se révèle particulièrement inefficace pour le thème et la version. En 1960, il épouse Marie-Rosalie, sa première femme, née à Varsovie, d’une mère polonaise et d’un père officier français. Il devient père d’une fille, Patricia, le 10 mai 1961.

À son retour en France, il entreprend des études littéraires. Il obtient le certificat de grammaire et de philologie en 1962 avec la mention très bien. Il entreprend un mémoire sur l’œuvre d’Henri Michaux (1889-1984). Il rencontre à cette occasion l’écrivain.

Il publie en 1963, Le Procès-verbal. Il rate le Prix Goncourt d’une voix mais obtient le Prix Renaudot le 18 novembre. Ce n’est pas son premier roman car il écrit depuis l’enfance et soutient à la presse que c’est le trentième. Ce prix lui permettra de vivre –longtemps assez mal – de sa plume. Il rencontre Paulhan (1884-1968) et Queneau (1903-1976). Il a les faveurs de la presse et découvre les dîners mondains.

En 1964, il publie Le jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur au Mercure de France. Il obtient son diplôme d’études supérieures, l’équivalent d’une maîtrise, avec pour thème « La solitude dans l’œuvre d’Henri Michaux ». Il entreprend une thèse sur Lautréamont (1846-1870) qu’il n’achèvera jamais. Ses notes lui seront volées.

En 1965, il publie La fièvre, un recueil de nouvelles.

En 1966, il publie Le déluge et participe à un ouvrage sur Jean-Paul Sartre (1905-1980) avec une introduction par Bernard Pingaut. Paraissent également Le Déluge et un essai L’Extase matérielle.

Il publie en 1967 un roman Terra Amata. Arrivé à la fin de son sursis en 1966, il effectue son service militaire en Thaïlande. Ses propos rapportés par Le Figaro sur le bouddhisme, qu’il compare au catholicisme en Bretagne, et sur la prostitution infantile, en partie organisée par l’armée américaine, mettent fin à son séjour. Militaire, sorti de son devoir de réserve, il risque le bataillon disciplinaire. Il l’évite grâce à une de ses lectrices, femme d’un ambassadeur. Il perd sa grand-mère maternelle.

Il poursuit son service militaire au Mexique durant deux ans à l’Institut d’Amérique latine de Mexico. Chargé d’un séminaire sur la création littéraire, ses jeans et sandales, sa consommation immodérée de cigarettes et les chansons des Beatles qu’il fait écouter à ses élèves, lui valent une nouvelle mission : faire des fiches à la bibliothèque de l’Institut d’Amérique Latine de Mexico. Il en profite pour apprendre l’espagnol et dévorer la littérature relative aux civilisations amérindiennes. Le premier livre qu’il lit au Mexique est l’ouvrage d’Antonin Artaud (1896-1948) Les Tarahumaras qui a une influence décisive sur lui. Il consacrera un chapitre de son essai Le rêve mexicain à « Antonin Artaud ou le rêve mexicain », texte initialement paru en espagnol. Il rencontre pour la première fois Jemia, originaire du sud marocain, en 1968.

En 1969, il publie Le livre des fuites où il imagine le voyage aventureux de son ancêtre.

En 1970, c’est La guerre, puis Lullaby. Il fait un séjour de quatre ans, par période de six à huit mois, de 1970 à 1974, chez les Indiens Emberas et leurs cousins germains, les Waunanas, peuples de la région du Darién au Panama. Ce fut un choc physique. Il écrira plus tard :

« Cette expérience a changé ma vie, mes idées sur le monde et sur l’art, ma façon d’être avec les autres, de marcher, de manger, d’aimer, de dormir, et jusqu’à mes rêves » Le Clézio, La Fête chantée.

Durant cette période, il publie en 1971, un essai, Haï chez Skira, à Genève. On peut y lire :

« Je ne sais trop comment cela est possible, mais c’est ainsi : je suis un Indien. » Le Clézio, Haï.

En 1973, il publie Les géants et Mydriase, chez Fata Morgana à Montpellier.

En 1975, il publie Voyages de l’autre côté. La même année, il épouse Jemia.

En 1976, il s’installe à Jacona dans le Michoacán où il vit une partie de l’année au pied d’un volcan. Il enseigne trois mois par an au Nouveau-Mexique. C’est une période de vaches maigres. Il traduit Les prophéties du Chilam Balam. Il présente à Perpignan une thèse d’histoire sur La Relation de Michoacán. Alice-Marie-Yvonne ou Amy naît le 22 février 1977.

En 1978, il publie L'inconnu sur la terre, un essai, Vers les icebergs chez Fata Morgana, Voyage au pays des arbres en collaboration avec Henri Galeron, Mondo et autres histoires. Ce dernier livre est un succès de librairie important. Jusque-là, les ventes de ses ouvrages étaient insuffisantes. Au même moment, il se porte par deux fois candidats au CNRS sans succès. Sa réputation d’écrivain lui nuit. Désormais, il vivra vraiment de sa plume.

En 1980, il publie Désert et reçoit le prix Paul Morand. Il devient membre du comité de lecture des éditions Gallimard où il s’attache, parfois en vain, à la promotion des littératures dites du Sud. Selon les sources, il a quitté ce comité ou il en fait toujours « théoriquement » partie. Il publie également, cette année-là un essai, Trois villes saintes et Lullaby.

Son « retour » à Maurice et à Rodrigues date de 1981.

« Quand je suis arrivé à Rodrigues, j’ai été tout à fait séduit parce que c’est un caillou au milieu de la mer. C’est un îlot tout à fait désertique, sans plage, avec les parois qui tombent à pic dans la mer, et qui n’a rien de séduisant. En particulier l’Anse aux Anglais, où j’ai passé un certain temps, n’a vraiment rien de séduisant. C’est un endroit infiniment sauvage, en dépit des maisons qui ont poussé un peu partout actuellement là-bas. Ce n’est pas un endroit fait pour l’homme. » Le Clézio, entretien accordé à Pierre Maury pour le Magazine littéraire (n°230, mai 1986).

En 1982, c’est La Ronde et autres faits divers, Celui qui n’avait jamais vu la mer (suivi de) La montagne du dieu vivant. Le 24 février, c’est la naissance de sa troisième fille, Anna.

En 1984, il traduit et présente la Relation de Michoacán. Ce texte écrit vers 1540 en espagnol présente la civilisation des Porhépecha d’Amérique centrale. Son père meurt.

En 1985, c’est la publication de Balaabilou, avec des illustrations de Lemoine (né en 1935). Son roman Le chercheur d’or, dédié à son grand-père Léon chercheur d’or paraît. Il reprend un texte qu’il avait rédigé vers l’âge de quinze ans. Ce roman trouve sa source dans une découverte :

« Aurais-je écrit ceci, aurais-je rêvé si longtemps d’écrire le roman du chercheur d’or – le seul récit autobiographique que j’aie jamais eu envie d’écrire – s’il n’y avait eu cette cassette noire dans laquelle mon père gardait les documents relatifs au trésor, tous ces plans, ces cartes, ces feuillets écrits de cette écriture fine et appliquée dans laquelle il me semblait reconnaître ma propre écriture, s’il n’y avait eu cette amorce à mes rêves, ces fragments comme extraits d’un livre que je ne pouvais retrouver tout entier qu’en l’écrivant à mon tour ? » Le Clézio, Voyage à Rodrigues.

Le Jour où Beaumont fit connaissance avec sa douleur est réédité. Publication également de Villa Aurore suivi de Orlamonde. Paraît dans la collection jeunesse chez Gallimard un volume composé d’un texte de 1938 de Marguerite Yourcenar (1903-1987), Comment Wang-Fô fut sauvé et Au pays des arbres de Le Clézio.

En 1986, il donne le Voyage àRodrigues, journal de sa quête à Rodrigues des traces de son grand-père maternel et de sa recherche de l’or qui était la matière du roman qu’il lui avait dédié l’année précédente.

« Jusqu’au dernier instant je ressens ce vertige, comme si quelqu’un d’autre s’était glissé en moi. Ainsi, peut-être ne suis-je ici que pour cette question, que mon grand-père a dû se poser, cette question qui est l’origine de toutes les aventures, de tous les voyages : qui suis-je ? ou plutôt : que suis-je ? » Le Clézio, Voyage à Rodrigues.

En 1987, il participe à un ouvrage collectif Sur Lautréamont avec Maurice Blanchot (1907-2003) et Julien Gracq (1910-2007). Il voyage à Haïti.

En 1988, il publie Le Rêve mexicain ou la pensée interrompue, essai sur la rencontre entre le rêve des peuples amérindiens du Mexique (Aztèques par exemples) et du sud des Etats-Unis (Apaches ou Comanches par exemple) et le rêve des européens. C’est l’occasion d’une méditation sur ce que l’Occident a perdu. Il publie un extrait d’un roman en cours Étoile errante dans la Revue des études palestiniennes qui le rend suspect aux yeux des milieux favorables à Israël.

En 1989, il publie Printemps et autres saisons.

En 1990, il publie avec Jemia Sirandanes chez Seghers et La Grande vie suivi de Peuple du ciel avec des illustrations de Georges Lemoine. Il participe au premier Festival du livre de l’océan Indien à la Réunion. Il retourne à Haïti. Pawana est monté en espagnol à Mexico par Georges Lavaudant (né en 1947).

En 1991, il publie Onitsha où il évoque son voyage pour retrouver son père au Nigeria avec sa mère et son frère. Peuple du ciel est réédité. Il lance aux éditions Gallimard une collection « L’aube des peuples » qui a pour objectif de publier des textes qui témoignent de l’éveil de groupes humains à eux-mêmes.

En 1992, il publie Etoile errante où une jeune fille, Esther découvre ce que signifie d’être juif pendant la seconde guerre mondiale. Il publie Pawana. Une mise en scène de Georges Lavaudant est présentée au festival d’Avignon. Il s’installe à Albuquerque, au Nouveau-Mexique.

En 1993, il publie Diego et Frida chez Stock qui relate l’histoire d’amour entre la peintre Frida Kalho (1907-1954) – à propos de laquelle André Breton écrivit « Au Mexique, la rencontre avec la peinture de Frida Kalho ne fut pas la moindre de mes surprises. Immédiatement je reconnus en elle l’œuvre surréaliste, bien qu’elle fut conçue dans l’ignorance des raisons qui nous faisaient agir. » ‑ et le peintre Diego Rivera (1886-1957).

En 1995, il publie La Quarantaine qui utilise une anecdote familiale relative à une quarantaine vécue par son grand-père.

En 1996, il publie Poisson d’or. Il voyage avec Jemia dans le Sud marocain d’où sa famille est originaire. Il notera que sa femme peut remonter plus loin que lui, jusqu’en 620, puisqu’elle descend de la fille aînée du prophète mais que l’émigration de sa belle-mère produit une cassure. L’année suivante il publie avec Jemia Le Clézio Gens des nuages chez Stock qui provient de leur séjour dans le désert. Il réunit divers articles qui s’échelonnent sur vingt ans dans un essai sur les Amérindiens, La fête chantée, où il relate partiellement son séjour dans le Darién panaméen, et Le Promeneur.

En 1999, il publie Hasard suivi de Angoli Mala.

En 2000, il publie Cœur brûlé et autres romances.

En 2003, il publie Révolutions, roman où il revient à son ancêtre, François Alexis.

En 2004, c’est L’Africain, où sa recherche porte sur son père qu’il raconte directement en illustrant son propos des photographies prises par son père.

Aux dernières nouvelles, il vivrait entre ou à la rencontre du Nouveau-Mexique, de l’île Maurice et de la France.

En 2006, il publie Ourania, un roman qui met en scène une utopie. Puis, il publie Raga, Approche du continent invisible, une réflexion sur la Polynésie

En 2007, il publie Ballaciner.

En 2008, il publie Ritournelle de la faim. Il obtient le prix Nobel de littérature le 10 octobre. Il prononce un discours intitulé Dans la forêt des paradoxes qui est bientôt publié.

En 2011, il publie un recueil de nouvelles, Histoire du pied et autres fantaisies.

 

 

 

 

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