Note sur l'authenticité de l'Hippias mineur de Platon

Publié le par Bégnana

Un homme est faux quand il aime et choisit de telles énonciations [à savoir les énonciations fausses], sans aucune autre raison que leur fausseté même, ou quand il les produit dans l’esprit d’autrui, au sens où nous appelons fausses les choses qui produisent une image fausse. On voit ainsi combien est trompeur l’argument de l’Hippias, suivant lequel le même être est à la fois véridique et menteur : on y appelle faux, en effet, celui qui est capable de mentir, c’est-à-dire celui qui sait, le sage : de plus, on y donne la préférence à celui qui est méchant volontairement. Mais cette dernière assertion repose sur une fausse induction : celui qui boite volontairement n’est, en effet, préférable au boiteux involontaire que si, par boiter, on entend imiter un boiteux ; car celui qui boiterait à dessein serait sans doute pire. Il en est de même du caractère.

Aristote, Métaphysique, D , 29, 1025a, traduction Tricot, Vrin.

 

Le texte d’Aristote qu’on vient de lire sert de preuve de l’authenticité de l’Hippias mineur, c’est-à-dire que c’est bien un dialogue qu’on peut attribuer à Platon. En outre, chez Alexandre d’Aphrodise (fin II°-début III° ap. J.-C.), un péripatéticien et commentateur d’Aristote tardif, on trouve le nom de Platon associé au dialogue dans son Commentaire de la métaphysique d’Aristote.

Cependant ces preuves ne sont pas absolument décisives. En effet, d’une part, Aristote ne nomme pas Platon. Le dialogue était peut-être assez connu pour que son seul titre soit énoncé. D’autre part, quelques siècles plus tard, Alexandre d’Aphrodise aurait pu croire en l’authenticité d’un faux.

A contrario, l’absence d’indication quant à l’auteur de la part d’Aristote peut être comprise comme marquant une évidence. C’est ainsi que pour nous le titre Le Cid évoque immédiatement Corneille sans qu’il soit besoin de le nommer. Or, les auditeurs d’Aristote connaissaient l’auteur, à savoir Platon. Il savait qu’Aristote avait été son élève pendant une vingtaine d’années. Quelques siècles plus tard, Alexandre n’aurait fait que préciser la référence. Peut-être en ira-t-il de même pour Le Cid dans quelques siècles.

Comme aucun témoignage de l’Antiquité ne permet de remettre en cause l’authenticité de l’attribution à Platon de l’Hippias mineur et comme les objections stylistiques qui ont pu être émises ne sont pas décisives car, un auteur peut varier ou évoluer quant à son style, il est préférable de se ranger à l’avis de la tradition. Considérons donc qu’il s’agit bien là d’une œuvre de Platon.

 

 

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