Platon "Hippias majeur" Plan analytique

Publié le par Bégnana

Plan de l’Hippias majeur de Platon (428-347 av. J.-C.)

 

La traduction utilisée est celle d’Émile Chambry (1864-1938).

 

Prologue

(« Socrate. Ô bel (kalos) et sage Hippias (…) Hippias. (…) capable de juger ce qu’ils auront entendu. » 281a-286c ; pp.353-362)

1) La sagesse des sophistes.

(« Socrate. Ô bel et sage Hippias (…) il doit se faire le plus d’argent possible. »281a-283b ; pp.353-356)

a) Hippias se présente comme un homme excellent. L’art des sophistes qui est le sien est supérieur selon lui au savoir des anciens sages que lui cite Socrate : Pittacos de Mytilène (~650-~570 av. J.-C.), Bias de Priène (vi° siècle av. J.-C.), Thalès de Milet (624-546 av. J.-C.) et Anaxagore de Clazomènes (500/497-428 av. J.-C.).

(« Socrate. Ô bel et sage Hippias (…) Hippias. (…) le ressentiment des morts. » 281a-282a ; pp.353-354)

b) La preuve de la supériorité de la sagesse des sophistes sur celle des Anciens est qu’ils gagnent beaucoup d’argent. Hippias en gagne plus que Gorgias de Léontini (~485-~378 av. J.-C.), Prodicos de Kéos (~460- après 399 av. J.-C.) et Protagoras d’Abdère (490-408 av. J.-C.).

(« Socrate. Voilà qui est bien parlé et raisonné (…) il doit se faire le plus d’argent possible. » 282b-283b ; pp.354-356)

2) Réfutation de la prétention des sophistes : le cas de Lacédémone.

(« Socrate. (…) Mais en voilà assez là-dessus. (…) les plus attachés aux lois. » 283b-285b ; pp.356-360)

a) Hippias ne gagne rien à Lacédémone qui passe pour une cité où on honore la vertu qu’il enseigne.

(« Socrate. (…) Mais en voilà assez là-dessus. (…) il faudra bien te croire. » 283b-284b ; pp.356-358)

b) Si on en croit le seul Hippias, les Lacédémoniens violent la loi en n’acceptant pas ses leçons.

(« Hippias. C’est que, Socrate, ce n’est pas l’usage à Lacédémone (…) les plus attachés aux lois. » 284b-285b ; pp.358-360)

3) Le savoir universel d’Hippias : il connaît l’astronomie, la géométrie, l’arithmétique, la “grammaire”. Son succès dérisoire à Lacédémone. Seules les généalogies plaisent aux Lacédémoniens.

(« Socrate. (…) Mais au nom des dieux (…) Hippias. (…) ce qu’ils auront entendu. » 285b-286c ; pp.360-362)

 

Première partie : les trois définitions proposées par Hippias.

(« Socrate. C’est ce que je ferai (…) C’est à peu près ainsi qu’il me parle le plus souvent, Hippias. » 286c-293c ; pp.362-375)

1) Préambule sur la question « qu’est-ce que le beau ? »

(« Socrate. C’est ce que je ferai (…) Il ne te demande pas quelle chose est belle, mais ce qu’est le beau. » 286c-287; pp.362-365)

a) Socrate introduit la question de savoir ce qu’est le beau qui apparaît facile et dérisoire pour Hippias par l’intermédiaire d’un personnage anonyme qui le convainc souvent d’ignorance sur cette question.

(« Socrate. C’est ce que je ferai (…) Hippias. (…) personne ne puisse te réfuter. » 286c-287b ; pp.362-363)

b) Socrate présente ce que dirait son personnage anonyme après le discours annoncé d’Hippias sur les belles occupations pour lui montrer qu’il s’agit de définir le beau, une notion comme la sagesse ou la justice. Hippias ne semble pas comprendre la différence entre la définition d’une notion et un exemple.

(« Socrate. Ah ! quelles bonnes paroles (…) Il te demande pas quelle chose est belle, mais ce qu’est le beau. » 287b-e ; pp.366-365)

2) Première définition d’Hippias « le beau, c’est une belle fille [ou selon une traduction plus exacte « une belle vierge (parthenos)] » (287e ; p.365).

(« Hippias. C’est compris, mon bon ami (…) Socrate. « (…) soit une vierge, ou une cavale, ou une lyre ? » » 287e-289d ; pp.365-368)

a) Hippias définit avec assurance le beau comme une belle fille en s’appuyant sur l’opinion commune.

(« Hippias. C’est compris, mon bon ami (…) Socrate. Soit, je le veux bien. 287e-288a ; p.365)

b) Réfutation de la prétendue définition d’Hippias. Les exemples de beauté sont relatifs en ce sens qu’un “objet” est beau par rapport à un autre et laid par rapport à un troisième.

(« Socrate. (…) Mais permets, Hippias (…) Socrate. « (…) soit une vierge, ou une cavale, ou une lyre ? » » 288a-289d ; pp.365-368)

a) Socrate prend divers exemples, cavale, lyre qu’accepte Hippias. Il s’offusque lorsque Socrate prend l’exemple de la marmite car elle est évidemment pour lui moins belle qu’une vierge, une cavale ou une lyre.

(« Socrate. (…) Mais permets, Hippias (…) Hippias. (…) de toutes les autres belles choses. » 288a-e ; pp.365-367)

b) S’appuyant sur un mot d’Héraclite selon lequel le singe le plus beau est laid comparé à l’humain, Socrate introduit l’exemple de la déesse pour montrer que la vierge est laide par rapport à elle, ce qui réfute la confusion entre l’exemple et la définition et fonde la distinction des deux.

(« Socrate. Soit. Si je comprends bien (…) une vierge, ou une cavale, ou une lyre ? » 289a-d ; pp.367-368)

3) Deuxième définition d’Hippias « ce beau (…) n’est pas autre chose que l’or. » (289e)

(« Hippias. Eh bien, Socrate, si c’est cela qu’il cherche (…) Socrate. (…) l’or n’est pas plus beau que le bois de figuier. » 289d-291c ; pp.368-371)

a) Hippias propose une seconde définition. Le beau est l’or puisqu’il fait paraître belles toutes les choses auxquelles il se rajoute.

(« Hippias. Eh bien, Socrate (…) il se couvrira de ridicule. » 289d-290a ; p.368)

b) Réfutation de cette seconde définition : d’autres matériaux sont plus beaux lorsqu’ils sont plus appropriés.

(« Socrate. Il est certain, excellent Hippias, que loin d’accepter ta réponse (…)  bois de figuier. » 290a-291c ; 368-371)

a) Socrate prend l’exemple d’une statue célèbre de Phidias (~490-apr. 430 av. J.-C.) l’Athéna parthenos chryséléphantine (c’est-à-dire “l’Athéna vierge d’or et d’ivoire”) pour montrer que l’ivoire est aussi beau que l’or. Il en ressort une définition donnée par Hippias sans qu’il s’en rende compte « ce qui convient à une chose, c’est cela qui la rend belle » (290d, p.369).

(« Socrate. Il est certain, excellent Hippias (…) Hippias. (…) c’est cela qui la rend belle. » 290a-d ; pp.368-369)

b) Socrate introduit l’exemple bas de la marmite et des mouvettes (= cuillers ou spatules) d’or et de bois de figuier pour montrer que ce dernier matériau, moins noble, est plus beau, s’il convient.

(« Socrate. Il me dira ensuite (…) pas plus beau que le bois de figuier. » 290d-291c ; pp.369-371)

4) Troisième définition d’Hippias « Je dis donc que pour tout homme, en tout temps et en tout lieu, ce qu’il y a de plus beau au monde, c’est d’être riche, bien portant, honoré par les Grecs, de parvenir à la vieillesse et, après avoir fait de belles funérailles à ses parents morts, de recevoir de ses enfants de beaux et magnifiques honneurs funèbres. » (291d-e ; p.371)

(« Socrate. (…) Voyons à présent ta nouvelle définition du beau. (…) C’est à peu près ainsi qu’il me parle le plus souvent, Hippias. » 291c-293d)

a) La réponse d’Hippias : la beauté c’est pour un homme une vie réussie.

(« Socrate. (…) Voyons (…) pour me venir en aide. » 291c-e, p.371)

b) Le maître de Socrate le battrait pour une telle réponse, ce qui scandalise Hippias.

(« Socrate. (…) Mais nous ne tenons pas notre homme (…) Hippias. (…) Quelles raisons as-tu à donner ? » 291e-292c ; pp.371-372)

c) Réfutation de la réponse d’Hippias : elle n’a rien à voir avec la question et est tout aussi relative que les précédentes réponses.

(« Socrate. Je vais te les dire (…) le plus souvent, Hippias. » 292c-293d ; pp.372-375)

a) La réponse d’Hippias est un dithyrambe et non une définition universelle. Hippias, s’appuyant sur l’opinion commune, n’est pas convaincu.

(« Socrate. Je vais te les dire (…) Hippias. (…) ce que j’ai dit est beau pour tout le monde et paraîtra tel à tout le monde. » 292c-e ; pp.372-373)

b) Socrate réfute une partie de la définition, à savoir qu’il est beau d’ensevelir ses parents puisqu’elle n’est pas valable pour Achille, les dieux et les héros descendants des dieux comme Hippias le reconnaît. Sa définition est relative comme les autres.

(« Socrate. « Le sera-t-il toujours ? reprendra cet homme (…) le plus souvent, Hippias. » 292e-293c ; pp.373-375)

 

Deuxième partie : les quatre définitions proposées tour à tour par l’anonyme puis par Socrate.

(« Socrate. (…) Quelquefois pourtant, comme s’il avait pitié de mon inexpérience (…) quiconque dit la vérité. » 293c-304a ; pp.375-395)

1) Quatrième définition du dialogue et définition proposée par l’anonyme : « le beau est ce qui convient (prépon). » (293e ; p.375).

(« Socrate. (…) Quelquefois (…) Hippias. (…) une définition plus exacte que toute exactitude possible. » 293c-295a)

a) Socrate rapporte la définition que lui suggérerait son interlocuteur anonyme qui résulte de ce qui a été examiné jusque là.

(« Socrate. (…) Quelquefois (…) Hippias. Oui, il faut l’examiner. » 293c-e ; p.375)

b) Hippias choisit de soutenir que le convenable fait paraître les choses belles et non qu’il fait être les choses belles. C’est une sorte de première version de cette définition. Socrate réfute le propos en ce que le beau recherché est réel et non une tromperie.

(« Socrate. Vois donc. (…) c’est là ce que nous cherchons, si nous cherchons le beau. » 293e-294c)

c) Hippias soutient que le convenable fait être et paraître les choses belles. Socrate suggère que la convenance fait être les choses belles sans qu’elles le paraissent. Telle serait l’élément positif de définition du dialogue dont l’échec final serait imputable au seul Hippias. Socrate le réfute à nouveau en montrant que sa position revient à la première.

(« Hippias. Mais la convenance, Socrate (…) l’exactitude même n’y saurait trouver à redire. » 294c-295a ; pp.376-377)

a) Réfutation de la deuxième version de la définition de l’anonyme.

(« Hippias. Mais la convenance (…) à mon avis, Socrate. » 294c-e ; pp.376-377)

b) Hippias ne comprend pas malgré les propos de Socrate qu’il a laissé échapper une définition possible de la beauté et prétend que seul, il la trouverait.

(« Socrate. Ah ! Hippias, voilà la connaissance (…) que toute exactitude possible. » 294e-295a ; p.377)

2) Cinquième définition du dialogue et première définition de Socrate : « nous devons tenir pour beau ce qui est utile (chrèsimon) » (295c ; p.378).

(« Socrate. Ah ! ne te vante pas, Hippias. (…) Hippias. (…) en réfléchissant, je trouverai. » 295a-297e ; pp.378-383)

a) Introduction et présentation par Socrate de la définition du beau comme l’utile fondée par induction sur les exemples des yeux, corps humain et de tous les animaux, ustensiles véhicules, instruments, occupations, lois. La puissance (dunamis) s’ajoute à la définition avec la bruyante approbation d’Hippias qui s’appuie sur la politique.

(« Socrate. Ah ! ne te vante pas, Hippias. (…) Hippias. (…) ton raisonnement a marché merveilleusement. » 295a-296b ; pp.378-379)

b) Réfutation : l’utile peut être mauvais. Or une belle chose doit être bonne. Donc l’utile seul ne peut être le beau.

(« Socrate. Je le voudrais (…) nous ne pouvons admettre, ce semble, que le puissant et l’utile soient le beau. » 296b-d)

3) Sixième définition du dialogue et deuxième définition de Socrate : « l’utile et le puissant appliqués à une bonne fin sont le beau. (…) c’est l’avantageux (ôphelimon) » (296d-e ; p.381)

(« Hippias. Pourquoi non, Socrate, s’ils sont puissants et utiles pour le bien (…) je trouverai. » 296d-297e ; pp380-383)

a) La redéfinition du beau comme l’avantageux (ôphelimon).

(« Hippias. Pourquoi non, Socrate, s’ils sont puissants et utiles pour le bien (…) Sans aucun doute, Socrate. » 296d-e ; pp.380-381)

b) Réfutation car la conséquence est que le beau et le bien sont différents.

(« Socrate. Mais l’avantageux est ce qui produit du bien. (…) je trouverai. » 296e-297e ; pp381-383)

4) Septième définition du dialogue et troisième définition de Socrate : «  si nous appelions beau ce qui nous cause du plaisir, non pas toute espèce de plaisirs, mais ceux qui nous viennent de la vue et de l’ouïe » (297e ; p.384).

(« Socrate. Mais moi je ne crois pas (…) quiconque dit la vérité. » 297e-304a ; pp.383-395)

a) La définition du beau comme plaisir visuel ou auditif. Elle est défectueuse parce qu’elle ne s’applique pas aux lois.

(« Socrate. Mais moi je ne crois pas (…) Hippias. Que veux-tu dire par là, Socrate ? » 297e-298c ; pp.383-385)

b) Vers la spécificité du plaisir esthétique. La qualité commune à la vue et à l’ouïe.

(« Socrate. Je vais t’expliquer l’idée (…) Socrate. (…) ce n’est point par ce caractère qu’ils sont beaux. » 298c-300b)

a) Les lois pourraient s’intégrer à la définition mais Socrate laisse ce point de côté.

(« Socrate. Peut-être (…) les lois. » 298d, p.385)

 

b) Différence entre l’agréable (èdu) et le beau (to kalon).

(« Socrate. (…) Mais si l’on nous demandait (…) Hippias. (…) on ne peut pas répondre autre chose. » 298-d-299b ; pp.385-386)

g) Les plaisirs de la vue et de l’ouïe doivent avoir une qualité commune pour qu’ils soient les seuls sens sensibles à la beauté.

(« Socrate. « C’est bien, répliquera-t-il. (…) Socrate. (…) ce n’est point par ce caractère qu’ils sont beaux. »299b-300b ; pp.386-387)

c) Les types de qualité commune : qualité commune collective et qualité commune distributive.

(« Hippias. Comment pourrait-il se faire, Socrate (…) ceux que j’ai mentionnés précédemment. » 300b-302b ; pp.387-391)

a) Hippias conteste que deux objets puissent avoir une qualité commune sans l’avoir chacun. Il reproche à Socrate de découper les objets à la place de les voir dans leur ensemble.

(« Hippias. Comment pourrait-il se faire (…) si cela te fait plaisir, parle. » 300b-301d ; pp.387-389)

b) Socrate distingue les qualités communes qui appartiennent à l’ensemble mais non aux éléments (qualité commune collective) des qualités communes qui appartiennent à l’ensemble et aux éléments (qualité commune distributive).

(« Socrate. Mais oui, cela me fait plaisir (…) Hippias. (…) précédemment, oui. » 301d-302b ; pp.390-391)

d) Le beau défini comme plaisir visuel ou auditif ne se range dans aucun des types de qualité commune.

(« Socrate. Il suffit, Hippias (…) Hippias. C’est vrai. » 302b-303d ; pp.391-394)

a) Rappel des points acquis. Premièrement la qualité commune à l’ouïe et à la vue qui fait la beauté doit lui appartenir séparément et communément. Deuxièmement, ce n’est pas le plaisir.

(« Socrate. Il suffit, Hippias : on peut se contenter de ton aveu (…) Hippias. C’est bien ce que nous avons dit. » 302b-e ; pp.391-392)

b) Socrate démontre que la vue et l’ouïe doivent avoir une qualité commune collective pour constituer le beau. Comme c’est absurde, la définition est réfutée.

(« Socrate. Vois si je dis vrai. (…) Hippias. C’est vrai. » 302e-303d ; pp.392-394)

e) Essai d’une définition du beau comme « plaisir avantageux » : elle échoue puisque l’avantageux a été écarté.

(« Socrate. « Reprenons donc les choses depuis le début (…) quiconque dit la vérité. » 303d-304a ; pp.394-395)

 

Conclusion : la recherche n’est pas achevée.

(« Hippias. Mais toi, Socrate, que penses-tu de tout ceci ? (…) Socrate. (…) les belles choses sont difficiles. » 304a-e ; pp.395-396)

1) Hippias rejette le style socratique. Il préfère le beau discours qui ne découpe pas les choses et les belles occupations qui sont politiques.

(« Hippias. Mais voyons, Socrate (…) des bagatelles et des niaiseries. » 304a-b ; p.395)

2) Socrate rappelle qu’il ignore ce qu’est le beau comme l’anonyme qui habite chez lui le lui rappelle souvent. La recherche n’est pas achevée. Socrate comprend enfin le proverbe : « les belles choses sont difficiles ».

(« Socrate. Ah ! mon cher Hippias, tu es bienheureux de savoir à quelles occupations un homme doit se livrer (…) « les belles choses sont difficiles ». 304a-e ; pp.395-396)

 

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