Sujet et corrigé d'une dissertation (terminales technologiques) : Peut-on combattre une croyance par la raison ?

Publié le par Bégnana

Plus personne ne croit que le sommeil – en grec Hypnos – est un Dieu. Et pourtant, les Grecs anciens le croyaient. Ils exigeaient même de le croire sous peine de sanction. On peut alors se poser la question : peut-on combattre une croyance par la raison ?

Une croyance, c’est ce qu’on tient pour vraie sans preuve. Apparemment, on peut la combattre en avançant des preuves pour la remettre en cause et donc amener à ce qu’on ne la tienne plus pour vraie.

Néanmoins, on voit souvent des gens soutenir une croyance malgré les preuves du contraire et se fâcher parce qu’on la remet en cause, estimant être ainsi bafoués.

On peut donc se demander s’il est véritablement possible, non seulement de combattre par la raison une croyance en tant que telle mais également si c’est légitime.

Une croyance se combat directement ou indirectement par la raison qui peut lui opposer des faits ou d’autres croyances plausibles pour libérer l’individu. Par contre, lorsqu’elle est foi, une croyance ne peut pas être combattue par la raison sous peine de rendre impossible toute relation humaine. La raison peut cependant travailler à la remise en cause d’une croyance en la reliant à des faits ou à d’autres croyances tout aussi acceptables afin de la limiter à son rôle de croyance.

 

Une croyance consiste à tenir pour vraie sans preuve une proposition, un fait, voire une doctrine. La raison quant à elle invite à examiner avant que de donner son assentiment. Dès lors, il est clair qu’il est dans la nature même de la raison de combattre la croyance. Pour ce faire, elle lui opposera des faits ou des arguments. Elle pourra comme Épictète dans les Entretiens, lui opposer qu’à toute croyance, on peut en opposer une autre. Par conséquent, l’une au moins est fausse. Et dans l’hypothèse où la croyance en question est vraie, la prouver, c’est la détruire comme croyance. Mais est-ce qu’ainsi on ne porte pas atteinte à la personne qui a cette croyance ?

Or, l’on peut ajouter qu’il est légitime que la raison combatte une croyance. Car, croire, c’est non seulement refuser de se servir de sa raison, mais c’est se soumettre soit à ce que les autres affirment, soit en nous à nos désirs ou nos craintes. C’est que la croyance est une certitude sans preuve involontaire comme Alain la définit. Aussi est la marque de notre esclavage. Aussi pour se libérer, la raison a la possibilité au sens du droit de combattre une croyance. Et en combattant une croyance soutenue par un autre, on aide ainsi à sa libération.

Mais il y a des croyances qui ne sont pas simplement des affirmations sans preuves. Elles sont voulues comme Alain le remarque dans ses Définitions : on parle alors de foi. La raison peut-être combattre la foi ?

 

En effet, une chose est de croire en un fait, autre chose est de croire en une personne. Ainsi, dans ce cas, la croyance trouve son fondement dans le fait de faire confiance, c’est justement permettre la relation à l’autre. On l’engage à agir librement avec nous. Aussi, la raison ne peut combattre la foi car sinon, elle la détruit et la rend impossible. Il en va de même des croyances ordinaires. Y souscrire, c’est s’insérer dans des relations sociales. C’est le cas de nombres de croyances religieuses qu’on suit pour demeurer au sein de sa société. Serait-il légitime de combattre alors une croyance ?

C’est qu’il est tout à fait illégitime de rendre impossible des relations avec les autres différentes des relations purement rationnelles. Pour faire société, il faut partager des croyances ou des préjugés pour parler comme Burke dans ses Réflexions sur la révolution de France. Car sinon, il ne reste plus qu’à simplement calculer avec les autres et non plus à compter sur eux et à chercher à compter pour eux. On comprend que la société se défende contre les négations de ses croyances fondamentales lorsqu’elle est remise en cause. Même dans une démocratie, on n’admet pas que soient combattus les principes de la démocratie par la raison.

Néanmoins, la foi ne peut être totalement aveugle. Sinon, elle verse bientôt dans le fanatisme, c’est-à-dire dans un engagement violent en ce qu’on croit. Dès lors, comment la raison pourrait-elle combattre une croyance sans pour autant tomber dans une sorte de foi en elle-même ?

 

En cherchant à remettre en cause une croyance, la raison peut lui opposer une autre croyance. Mais elle ne peut tout démontrer sans quoi elle tombe dans une régression infinie. C’est pour cela qu’elle doit admettre des principes qui sont comme des croyances selon Pascal dans ses Pensées. Mais ainsi, la raison peut en le reconnaissant combattre la foi excessive qu’elle met en elle-même. Elle lui ôte ainsi son caractère absolu. C’est le rôle du pyrrhonisme. En montrant que la raison ne peut tout démontrer, il ôte toute foi en la raison. Mais comment la raison peut-elle combattre alors une croyance ?

Elle peut relier la croyance à des faits pour la remettre en cause. C’est d’ailleurs ainsi qu’on procède lorsque la foi en une personne se révèle infondée. La trahison ôte la confiance. De même, on peut croire au témoignage de quelqu’un s’il ne se heurte pas à ce qu’on sait par ailleurs. Or, ne risque-t-on pas ainsi de sombrer dans une sorte de doute paralysant qui empêche toute relation sociale ?

En réalité, il ne peut y avoir de vraies relations sociales que sur la base d’une confiance éclairée. La foi aveugle, le préjugé qui refuse toute discussion implique soit l’unanimité, soit le conflit. C’est pourquoi, la raison peut combattre une croyance, non pas pour la détruire, mais pour la limiter et lui laisser son rôle et sa fonction de croyance. En examinant ladite croyance, la raison est conduite à la soumettre à son contrôle. Ainsi, la relation aux autres n’interdit pas certaines différences lorsqu’il apparaît qu’aucun ne peut affirmer être le seul dans le vrai parce qu’il n’est pas possible de trancher. L’impuissance de la raison de tout prouver ne lui interdit pas de tout examiner comme le soutenait à juste titre Diderot dans son article « Croire » de l’Encyclopédie. Elle n’admettra pour évident que les principes que rien ne remet en cause, provisoirement.

 

Disons donc pour finir que le problème était de savoir si la raison peut et a le droit de combattre une croyance. Il est vrai qu’elle s’oppose à l’attitude de la croyance qui est d’affirmer sans preuve. Mais comme elle ne peut tout prouver et que la croyance fonde les relations humaines, la raison paraît très mal placée pour combattre une croyance au sens de tenter de la détruire. Par contre, c’est le devoir de tout homme de combattre au sens de limiter chaque croyance par la raison, que ce soit la foi, y compris la foi en la raison, ou la croyance aux premiers principes, voire les croyances ordinaires en montrant les limites de chaque croyance afin qu’elle n’empêche pas de penser librement.

 

 

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Grace 31/01/2015 13:57

J'aimerais avoir une explication de ce texte