Sujet et corrigé (terminales technologiques) : La foi est-elle l'ennemi de la preuve ?

Publié le par Bégnana

En 1633, Galilée jure sur la Bible que la Terre est immobile et que le Soleil tourne autour au terme d’un procès éprouvant pour le vieux savant de 69 ans. On prétend qu’il aurait dit tout bas : « Et pourtant, elle tourne ! ». On peut se poser la question : la foi est-elle l’ennemi de la preuve ?

C’est que d’un côté, qui a la foi, non seulement ne cherche pas de preuve, mais convaincu qu’il détient la vérité, il concevra toute idée de remise en cause de la foi comme un attentat contre la Vérité. Ce serait donc la foi qui serait le seul adversaire mortel de la preuve.

Mais d’un autre, la foi est compatible chez certains avec la recherche scientifique la plus rigoureuse comme Pascal par exemple.

Dès lors, on peut se demander si la foi est toujours l’ennemi de la preuve ou bien s’il y a des conditions, et lesquelles, qui amène cette volonté de détruire toute tentative de prouver.

La foi est l’ennemi de la preuve si elle est essentiellement fanatique. La foi ne peut pas être l’ennemi de la preuve lorsqu’elle connaît son lieu. La foi est l’ennemi de la preuve lorsqu’elle prétend diriger la raison.

 

La foi consiste comme la croyance à tenir pour vrai une proposition ou un fait sans preuve. Mais le propre de la foi, c’est de refuser la preuve. Par exemple, avoir foi en quelqu’un, c’est lui faire confiance en refusant de l’éprouver. On ne peut essayer de vérifier l’amitié de quelqu’un puisque ce serait agir contre l’amitié. De même, qui a foi en son Dieu, refusera de tenter de le soumettre à une quelconque épreuve. Au contraire, lorsqu’on cherche une preuve, comme dans une enquête policière, on part d’au moins une hypothèse. Or, l’hypothèse se distingue de la foi en tant qu’on doute, c’est-à-dire qu’on sait qu’on ne peut la tenir pour vraie ou pour fausse. On voit donc que la foi exclut et détruit toute recherche de preuve. C’est en ce sens qu’elle en est l’ennemi par excellence. Mais ce terme désigne aussi la volonté de faire preuve de violence. La foi l’implique-t-elle ?

La foi est fanatique. Il faut comprendre par là non seulement l’adhésion pleine et entière à une certaine doctrine, mais le refus obstiné et violent de changer d’idée. On peut avec Alain dans les Définitions dire que le fanatisme s’appuie sur le serment à soi qu’implique la vérité, mais on voit alors qu’il sera bien l’ennemi de toute preuve dans la mesure où justement, l’idée même de prouver implique d’introduire un doute, donc le contraire de la foi qui est certitude.

Reste que toute foi n’est pas toujours fanatique. Et vouloir prouver, n’est-ce pas avoir foi en la raison ? Dès lors, la foi n’a-t-elle pas un domaine propre différent de la preuve qui implique qu’elle ne soit pas l’ennemi de la preuve ?

 

En effet, la foi désigne une croyance qui repose sur le sentiment. Or, comme Pascal le montre avec raison dans les Pensées, la raison ne peut juger de tout. En effet, il lui faudrait tout prouver, ce qui est impossible puisqu’il faudrait à chaque preuve, en admettre chercher une autre et ainsi de suite à l’infini. Aussi, vouloir tout prouver, c’est tomber dans le piège des pyrrhoniens qui remettent tout en cause. Comme la raison repose sur les premiers principes qui sont connus par sentiment, c’est-à-dire par le cœur, la preuve repose sur une forme de croyance. Mais en quoi la foi ne vise-t-elle pas à détruire toute preuve ?

La foi pour qui croit vient de celui en qui il croit. L’ami en qui on a confiance, Dieu ou ceux qui l’annoncent pour le religieux. Qui a la foi lira le texte religieux comme la parole de son Dieu alors que celui qui ne l’a pas y verra un mythe. Les Anciens entendaient la voix de Zeus dans les chênes de Dodone. Quant à nous, c’est à peine si nous nous disons que c’est possible. Or, si la foi exclut la preuve dans son domaine, elle ne l’interdit pas dans les autres domaines. C’est en ce sens qu’elle n’est pas l’ennemi de la preuve. C’est même pour quoi elle peut au contraire chercher à trouver des preuves, non pour devenir une connaissance, ce qui la détruirait comme foi, mais pour chercher de quoi convertir ceux qui n’ont pas la foi.

Cependant, lorsque la foi est indirectement touchée par la recherche de la connaissance et donc de la preuve, elle va impliquer un rejet de ce qui peut la remettre en cause. Dès lors, la foi n’est-elle pas nécessairement l’ennemi de la preuve ? Ou bien ne l’est-elle que parce qu’elle implique la volonté de diriger la raison ?

 

En effet, la foi est une croyance volontaire selon Alain dans les Définitions. Il faut comprendre par là qu’avoir la foi implique un choix. Or, qu’il s’agisse comme il le soutient de croire en l’homme ou qu’il s’agisse de croire en un Dieu, il est clair que la décision que l’on prend implique de refuser de chercher des preuves, voire d’en tenir compte. C’est ainsi que dans l’amour, les amants continuent à croire quoi que l’autre fasse ou dise. L’amour est aveugle parce qu’on ne veut pas voir. De même, celui qui a la foi en un Dieu juste et bon, continuera de croire comme Job, qui perd pourtant femme, enfants et richesse, quoi qu’il lui arrive. Il est donc clair qu’en ce sens, la foi est l’ennemi de la preuve puisqu’elle en détruit la possibilité. Comment est-ce possible ?

C’est que la foi dans ce cas se présente comme supérieure à la raison. Et c’est en ce sens qu’elle apparaît bien comme l’ennemi de la preuve. Car la raison repose moins sur des croyances que sur des principes. Ceux-ci, elle les admet en tant qu’ils sont évidents. Et comme le dit Diderot dans l’article « Croire » de l’Encyclopédie, c’est après les avoir bien examinés. Aussi, si c’est nécessaire, la raison est tout à fait capable de les remettre en cause. Autrement dit, les principes de la raison sont de simples hypothèses, c’est-à-dire des propositions qui ne sont ni vraies ni fausses qu’on admet comme bases pour en prouver d’autres. La foi quant à elle finit toujours par considérer qu’il y a en elle un noyau qui ne peut être examinée. Elle tente donc toujours de limiter le champ de la raison, voire comme Pascal, en utilisant la raison contre elle-même. C’est bien pour cela qu’elle est l’ennemi par excellence de la preuve.

 

Disons donc finalement que le problème était de savoir si la foi est l’ennemi de la preuve seulement à certaines conditions. Il est vrai que le fanatisme, c’est-à-dire une foi prête à user de violence paraissait une condition. Mais comme la raison semble reposer sur une sorte de foi en elle, il semblait que la foi ne soit pas nécessairement l’ennemi de la preuve. Toutefois, parce qu’elle est une affirmation volontaire sans preuve, elle résiste dans son fond à toute tentative de remise en cause et a pour essence de vouloir soumettre la raison, c’est-à-dire de refuser la preuve qui ne peut pas ne pas être une libre recherche où on ne peut savoir d’avance ce qu’on va trouver.

 

 

 

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