Sujet et corrigé (terminales technologiques) : Suffit-il pour être juste d'obéir aux lois et aux coutumes de son pays ?

Publié le par Bégnana

Lorsqu’aux xvi° et xvii° siècles, on dénonçait, jugeait et brûlait les sorcières, c’était au nom des lois. On croyait être juste. Aussi, il peut apparaître qu’il n’est pas juste d’obéir aux lois et aux coutumes de son pays dans la mesure où certaines lois ou certaines coutumes ne sont pas légitimes. Toutefois, la remise en cause au nom d’un vague idéal de justice des lois et coutumes de son pays est un prétexte facile pour se dispenser de toute obéissance et peut être alors considéré comme une forme d’injustice. On peut donc se demander si être juste n’admet pas d’autre définition possible qu’obéir aux lois et aux coutumes de son pays.

 

Les lois, comme l’interdiction du meurtre ou du vol, ont pour fonction de rendre possible la vie en société. Quant aux coutumes, comme se saluer, manger assis à une table, etc., elles servent à vivre avec les autres, c’est-à-dire en communauté. Or, être juste c’est la vertu de celui qui permet à chacun de jouir de ce qu’il possède. En obéissant aux lois et coutumes de son pays, on laisse à chacun ce qui lui revient. N’y a-t-il pas des lois ou des coutumes injustes ?

Il est clair que si on fait reposer l’injustice sur l’obéissance fondée sur le sentiment de chacun, on détruit toute société et toute communauté. Ainsi, une société civilisée se réserve la punition afin que chacun ne punisse pas selon son sens de la justice. Sinon cela constitue une nouvelle violation du droit et appelle une nouvelle vengeance selon Hegel. De même, changer une coutume selon son sentiment, c’est froisser les autres et débouche alors sur le refus de les reconnaître comme ses semblables.

Cependant, comme les lois et les coutumes changent, on peut penser que la raison en est qu’on en cherche de meilleures. Ne faut-il pas alors considérer qu’il y a bien des principes qui fondent des coutumes et des lois justes ?

 

En effet, l’égalité devant la loi et le mérite permettent de penser qu’obéir aux lois et aux coutumes de son pays n’est pas toujours juste même si c’est souvent utile. D’abord parce qu’une loi ou une coutume qui favorise certains au détriment d’autres n’est pas juste. Loin de servir à la vie en société ou en communauté, elle est l’équivalent d’une sorte de guerre larvée qui ne dit pas son nom. En effet, s’il est vrai qu’en l’absence de lois et de coutumes qu’on peut comprendre comme des lois non écrites, les hommes s’affronteraient comme Hobbes le soutient dans son Léviathan (1651, chapitre 13), une loi ou une coutume qui me soumet à un autre est une sorte de ruse. Obéir aux lois et aux coutumes de son pays est alors une maxime qui sert de tromperie. Néanmoins, ne faut-il pas parfois que la loi établisse des différences voire des inégalités entre les individus ?

Pour qu’une inégalité soit juste, il faut qu’elle repose sur le seul mérite. Elle est alors une forme d’égalité, mais proportionnelle. De même qu’aux jeux olympiques, tout le monde n’est pas vainqueur, il y a des activités sociales qui créent des inégalités, qui ne sont justes que si elles reposent sur le mérite de l’individu. Dès lors, toute loi ou coutume qui empêche l’expression des qualités individuelles, comme les privilèges héréditaires par exemple, doit être bannie.

Néanmoins, le simple respect de l’égalité ou du mérite ne suffit pas pour être juste. Encore faut-il que les inégalités ne soient pas telles qu’elles rendent la vie sociale de certains strictement impossible.

 

En obéissant aux lois et aux coutumes de son pays même si l’égalité et le mérite sont respectés, il est possible, d’être tout à fait injustes si l’égalité réelle n’est pas recherchée. Car, lois et coutumes n’interdisent pas de bafouer les droits humains. Je peux jeter la nourriture que je possède. Est-ce juste si à côté de moi on meurt de faim ? Est-il juste d’obéir à un pouvoir qui me demande la mort d’innocents ? C’est pourquoi Thomas d’Aquin soutenait qu’il n’était pas injuste qu’un pauvre vole la nourriture en cas de nécessité. De même, il est juste de ne pas obéir à une loi si elle va à l’encontre du bien commun, voire de la morale humaine ordinaire. Mais n’est-ce pas confondre justice et morale ?

Nullement, car peu importe pourquoi j’aide les autres pour viser l’égalité réelle entre eux et moi. Si je le fais de façon purement désintéressé, j’agis moralement. Sinon, je suis juste. De même, lorsqu’il juge, un tribunal tient compte de tous les paramètres pour appliquer la loi. Et si une coutume, qui est aussi une source de droit, conduit à violer l’égalité, il est clair que le juge tentera de la rétablir. C’est l’équité qui corrige ce que la justice légale a parfois d’injuste.

 

Disons donc qu’obéir aux lois et aux coutumes de son pays, n’est qu’une partie de la justice : celle qui permet l’ordre social. Encore faut-il que les lois et coutumes ne violent ni l’égalité ni le mérite. Et surtout, c’est en visant à travers elles l’égalité réelle entre les hommes que la justice est possible.

 

 

Commenter cet article