Sujet et corrigé : expliquer un texte de Hegel de "Propédeutique philosophique" sur l'expérience

Publié le par Bégnana

Expliquer le texte suivant :

La source première de notre connaissance est l’expérience. Pour qu’il y ait expérience, il faut absolument parlant, que nous ayons perçu une chose elle-même. Mais on doit, en outre, distinguer perception et expérience. D’entrée de jeu la perception ne contient qu’un unique objet qui est maintenant, de façon fortuite, ainsi constitué, mais qui, une autre fois, peut être autrement constitué. Or, si je répète la perception et que, dans cette perception répétée, je remarque et retienne fermement ce qui reste égal à soi-même en toutes ces perceptions, c’est là une expérience. L’expérience contient avant tout des lois, c’est-à-dire une liaison entre deux phénomènes telle que, si l’un est présent, l’autre aussi suit toujours. Mais l’expérience ne contient que l’universalité d’un tel phénomène, non la nécessité de la corrélation. L’expérience enseigne seulement qu’une chose est ainsi, c’est-à-dire comme elle se trouve, ou donnée, mais non encore les fondements ou le pourquoi.

Hegel, Propédeutique philosophique.

 

La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise. Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question.

 

Corrigé

 

On considère souvent que l’expérience donne la connaissance des choses. On admet aussi qu’il peut y avoir erreur lorsqu’on s’en tient aux apparences sensibles. Dès lors, si l’expérience est un mode de connaissance, que permet-elle de connaître et qu’est-ce qu’elle ne permet pas de connaître ? Tel est le problème que Hegel résout dans un extrait de Propédeutique philosophique.

L’auteur, en analysant l’expérience, veut montrer qu’elle ne permet que de connaître l’essence des objets mais non le fondement de cette essence. Or, si on fait abstraction de l’expérience, on peut penser de multiples choses, mais on ne voit pas comment on pourrait les connaître, c’est-à-dire savoir qu’elles appartiennent à la réalité. Dès lors, l’expérience n’est-elle pas le seul fondement de la connaissance ? Et si non y a-t-il un fondement de la connaissance possible sans expérience ?

On verra d’abord comment l’expérience s’enracine dans la perception selon Hegel. On verra ensuite la différence entre la perception et l’expérience. Enfin, on examinera ce que l’expérience est comme mode de connaissance et s’il est possible qu’il y ait un mode de connaissance supérieure à l’expérience.

 

Hegel commence par poser que l’expérience est « la source première de notre connaissance ». Or, qu’entendre par première ? Est-ce à dire que l’expérience est la source fondamentale de la connaissance ou est-ce simplement le point de départ de la connaissance humaine, point de départ qui n’est pas un principe ou un fondement mais une simple origine qui tient à notre condition d’homme ?

L’auteur dégage la première condition de l’expérience, à savoir la perception. Par perception l’auteur entend vraisemblablement la représentation d’une chose singulière. Ce qui le montre, c’est que dans un second temps, il distingue l’expérience de la perception. Si celle-ci est nécessaire pour celle-là, elle n’est pas suffisante. En effet, la perception se définit par le fait qu’elle est ce par quoi un objet est donné. Premièrement, l’objet de la perception est unique ou plutôt singulier. Ce qui montre deuxièmement que l’objet de la perception est donné est le fait qu’il existe au présent à la différence de l’objet remémoré qui est passé et qui peut ne plus être ou de l’objet anticipé qui est futur et qui peut n’être jamais. Troisièmement, l’objet de la perception est donné de façon fortuite, c’est-à-dire que du point de vue de la perception, il n’est pas nécessaire. Quatrièmement, la constitution de l’objet de la perception n’a de valeur qu’au moment de la perception. Car perçu à un autre moment le même objet sera autrement constitué. Mais pourquoi la perception ne serait-elle pas la source première de la connaissance ? N’est-ce pas ainsi que l’objet se présente dans sa réalité ?

Nullement, car dans la mesure où l’objet de la perception est susceptible de varier, il n’est pas possible de le qualifier et donc de dire qu’il est tel ou tel. À chaque perception, l’objet se présente autrement et ses caractéristiques changent. Dès lors, se pose la question de son identité. Autrement dit, qu’est-ce qui me permet de parler du même objet ? Il faut donc qu’apparaisse une identité à travers les perceptions. C’est justement ce qui fait l’expérience selon Hegel et sa différence avec la perception. Comment l’expérience constitue-t-elle l’identité de l’objet de la perception, c’est-à-dire son essence ?

 

En effet, l’expérience se distingue de la perception d’un point de vue quantitatif selon l’auteur en ce qu’elle est une série de perceptions. Et effectivement, on dit bien de quelqu’un qu’il a de l’expérience quand il peut s’appuyer sur ce qu’il a perçu ou fait de nombreuses fois. Je connais le visage de quelqu’un quand je l’ai vu plusieurs fois. Voir une fois, c’est simplement percevoir, ce n’est pas faire une expérience ou avoir de l’expérience. Et pourtant, on parle bien d’expérience nouvelle. Dès lors, une perception pourrait être une expérience ou plutôt la perception elle-même pourrait être un mode de connaissance.

Aussi Hegel assigne une première différence entre des perceptions et une expérience. En celle-ci ce qui est retenu c’est ce qui reste identique dans les multiples perceptions. Aussi ne suffit-il pas de percevoir de nombreuses fois pour faire ou avoir une expérience. Il faut que perception après perception soient écartées les variations, autrement dit ce qui appartient de façon accidentelle à l’objet, pour ne conserver que ce qui demeure identique, soit ce qui est essentielle ou constitue la substance de l’objet. Une expérience nouvelle est faite. Et il n’est donc incompréhensible que certains n’apprennent jamais rien de l’expérience puisqu’il ne discerne pas ce qui est identique et donc aussi ce qui est différent.

Aussi l’expérience implique-t-elle une opération de l’esprit, c’est-à-dire du sujet. C’est pourquoi Hegel en déduit que ce qui fait l’essence de l’expérience, ce sont des lois. Par loi il entend la liaison universelle entre deux phénomènes telle que le premier étant donné, le second le suit toujours. Comme cette suite s’entend de la liaison de deux phénomènes, il ne s’agit pas nécessairement d’un lien de causalité puisque l’effet peut apparaître avant la cause et suivre donc dans l’expérience tout en étant première dans l’ordre de la réalité. Bref, notre perception étant contingente, l’expérience est bien l’origine de notre connaissance mais elle ne peut en être le fondement. Dès lors, il semble y avoir une autre source de connaissance plus fondamentale. Quelle est-elle ?

 

C’est ce que Hegel montre en présentant les limites de l’expérience. C’est ce qui permet alors de dire que si l’expérience est la source première de notre connaissance, elle n’est pas la source fondamentale. En effet, l’expérience donne, selon Hegel, l’universalité de la loi. Il faut donc comprendre que l’expérience nous donne la connaissance d’une régularité qui est toujours la même. Il y a une ambiguïté dans le propos de Hegel. Car aussi souvent que je répète une perception, je n’arrive qu’à une généralité en ce sens que je peux seulement dire : depuis que je perçois, voire que nous percevons tel objet, tel phénomène a été toujours suivi de tel autre. Or, pour toutes les perceptions non effectuées, je présume qu’il en ira ainsi. Affirmer qu’il en va ainsi, c’est faire un pas de plus car c’est se prononcer sur le réel indépendamment de toute expérience. Bref, affirmer que l’universalité est ce que nous donne l’expérience est une affirmation métaphysique, autrement dit qui dépasse l’expérience. Elle exigerait d’être étayée.

En effet, Hegel précise que la connaissance que donne l’expérience est que l’objet a telle ou telle essence. Ce que l’expérience ne permettrait pas de savoir c’est ce qui concerne les fondements ou le pourquoi de l’essence de l’objet. Telle serait donc la seconde source de notre connaissance au sens de l’ordre d’acquisition de la connaissance, mais la plus fondamentale, donc la première puisqu’il s’agit justement de la connaissance des fondements de la réalité des objets de l’expérience. Autrement dit, la connaissance doit découvrir ce qui rend possible toute réalité. C’est donc la raison qui serait la seconde source de la connaissance mais la source fondamentale.

Mais, si le fondement de l’essence des choses est pensé sans recourir à l’expérience, alors, on ne voit pas comment il pourrait être autre qu’imaginaire. Je ne puis recourir à ma raison pour en fonder la vérité sans la présupposer. Et si je la remets en cause comme Descartes dans son Discours de la méthode, je ne puis faire autre chose que de poser l’existence du sujet. Quant à l’essence de l’objet, hors de l’expérience, elle reste douteuse. C’est pourquoi tout ce qui peut être pensé hors d’elle n’est pas une connaissance. Et l’universalité des lois et leur nécessité ne sont pas des connaissances mais au mieux des pensées de connaissances possibles qu’il faut référer à l’expérience. Et même dans ce cas, on ne peut parler que d’hypothèses dont il resterait à déterminer le statut.

 

Bref, le problème était de savoir si l’expérience est le fondement de la connaissance ou si elle admet un autre fondement et lequel. On a vu comment Hegel dégage la valeur de connaissance de l’expérience comme répétition de perception en vue d’en dégager l’identité de l’objet c’est-à-dire son essence. Toutefois, on a vu également que l’universalité que Hegel attribue à l’expérience dans cet extrait de sa Propédeutique philosophique et à plus forte raison la nécessite de la légalité qu’il attribue à une autre connaissance au-delà de l’expérience, à savoir la connaissance rationnelle, n’est rien d’autre qu’une hypothèse métaphysique.

On pourrait d’ailleurs se demander si la connaissance empirique peut se passer de toutes les hypothèses métaphysiques.

Publié dans Sujets L ES S

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Mulume Mushaka Patient 05/06/2015 20:11

Hegel, je le respecte comme philosophe mais pas comme un bon penseur. Je le juge parce qu'il avait dit que l'Afrique ne fait pas partie de l'histoire pourtant la science que les Grecs ont puisè en Égypte? Ou il ne sait pas que l'Afrique est le berceau de l’humanité?