Sujet et corrigé d'une dissertation : L'homme est-il responsable de tout ce qu'il fait ?

Publié le par Bégnana

Combien de fois n’a-t-on pas entendu « ce n’est pas de ma faute », « j’étais obligé », voire « c’était les ordres » ? À chaque fois, il s’agit pour l’individu de s’ôter toute responsabilité dans ce qu’il a fait. Cela paraît bien facile. L’homme est-il responsable de tout ce qu’il fait ?

Il est vrai qu’en un sens, c’est une évidence. Si je fais quelque chose, j’en suis responsable. Sinon, ce n’est pas moi qui fais, mais la réalité extérieure ou mes instincts, ma nature, etc.

Toutefois, je ne suis pas seul au monde et dans ce que je fais, il y a aussi d’autres causes que moi, de sorte que je ne suis peut-être pas responsable de tout ce que je fais.

On peut donc se demander s’il est possible de penser que l’homme est responsable de tout ce qu’il fait.

On s’interrogera d’abord sur la possibilité d’une responsabilité limitée, puis sur celle d’une responsabilité totale et enfin sur l’hypothèse de l’inconscient.

 

Être responsable, c’est être l’auteur, autrement dit le principe de ce qui se produit. Plus précisément, c’est être capable de répondre de ses actes selon l’étymologie. C’est en ce sens d’ailleurs qu’on peut dire de quelqu’un qu’il fait. Ainsi, en toute rigueur, les abeilles ne font pas leur ruche. C’est l’instinct en elle qui produit la ruche comme effet comme Kant l’indique dans la Critique de la faculté de juger. C’est la raison pour laquelle ne peut faire à proprement parler qu’un être responsable, autrement dit libre. Tout le reste est l’effet de cause(s). Est-ce à dire que l’homme en tant qu’être libre est responsable de tout ce qu’il fait ?

Pour cela, il faut que l’homme sache ce qu’il fait. Certes, en tant qu’il est libre, il est bien l’auteur de ce qu’il fait. Mais il y a des actes qu’il commet dont il n’est pas responsable : ce sont les actes involontaires. Il faut entendre par là les actes dont il ne pouvait pas savoir qu’il se produirait lorsqu’il agit. C’est pour cela que juridiquement, s’il est tenu pour responsable, il l’est à un moindre degré que pour les actes volontaires ou préméditées. Et l’inconscience radicale, celle de la folie, écarte toute responsabilité. Ce fut le cas d’Issei Sagawa (né en 1949), qui tua et mangea partiellement une étudiante néerlandaise en 1981 et qui fut déclaré irresponsable.

N’en sont pas exclus les actes commis dans un état d’inconscience voulue car justement on les impute à l’individu comme Aristote, dans l’Éthique à Nicomaque, le remarquait. Toutefois, là encore la responsabilité est atténuée par l’ignorance. Un crime commis en état d’ébriété sera moins puni que s’il est commis de façon lucide. Ce qui fait donc la limitation de la responsabilité, c’est donc la connaissance qu’a le sujet qui précède ce qu’il fait.

Il n’en reste pas moins vrai que si on établit des degrés dans la responsabilité, elle paraît pourtant entière. Car, l’absence de réflexion ne suffit pas à enlever la responsabilité de ce qu’on fait. Car justement, la réflexion précède l’action. Durant l’action, elle est impossible. Dès lors, n’y a-t-il pas plutôt une responsabilité totale pour l’homme ?

 

On peut en effet penser avec Sartre, notamment dans L’existentialisme est un humanisme, que l’homme doit se comprendre comme l’être qui n’a pas de nature. C’est que si on se demande ce qui peut nous permettre de nous définir, il faut partir du cogito, c’est-à-dire du fait que nous pensons. Or, cette pensée ou conscience n’est pas une intériorité : elle est toute entière tournée vers l’action. Aussi faut-il concevoir l’homme comme projet, c’est-à-dire comme un être qui n’est d’abord rien et qui se définit par le projet qu’il est. Et ce projet, ce n’est pas ce qu’il veut faire. C’est, en deçà de la réflexion, ce qu’il vise à être et qu’il montre dans les actes qui sont les siens. Et même celui qui échoue montre par son absence d’action qu’il n’est que rêve avorté.

Dès lors, faire, c’est ce qui résulte du projet qu’on est. Le manque de connaissance appartient lui aussi au faire car il est aussi le résultat d’un choix. Et s’il est vrai que la situation face à laquelle chacun choisit s’impose à l’individu, toujours est-il qu’elle n’impose à personne ce qu’il fait. Ainsi Sartre donne-t-il le cas d’un de ses élèves qui hésitait entre s’occuper de sa mère ou entrer dans la Résistance. Cette hésitation montre en quoi il avait le choix.

Aussi la responsabilité de chacun est-elle totale en ce qui concerne ses actes. Tout ce qu’il fait dépend radicalement de lui. C’est lui qui décide. Ni les règles de la morale, ni la nature, ni quelque divinité ne peuvent décider pour lui. Les règles morales, il doit les interpréter et donc choisir car elles sont toujours trop larges. La nature n’est rien d’autre pour l’homme que la situation des choses qui forment la matière de ses actions. Quant à la divinité, c’est l’homme qui doit décider si c’est bien elle qui lui parle. Ainsi Abraham a-t-il dû décider que c’était un ange envoyé de Dieu et non le diable qui lui enjoignait de sacrifier son fils légitime malgré la promesse antérieure d’avoir une longue descendance.

Néanmoins, il y a des actes dont le sujet est bien l’auteur mais en lesquels il ne se reconnaît pas du tout. De tels actes semblent manifester en lui la présence de sources non consciences de décision ou de motivations. Dès lors, n’entraînent-elles pas l’impossibilité d’affirmer que le sujet est responsable de tout ce qu’il fait ?

 

Freud a présenté de nombreux cas de sujets qui ignorent pourquoi ils agissent comme ils le font. Par exemple, dans le chapitre 17 de l’Introduction à la psychanalyse, il présente le cas d’une femme d’une trentaine d’année qui court chez elle de son salon à sa chambre et inversement, qui ordonne quelque chose à sa servante, et qui repart en courant. Or, elle court malgré sa volonté. C’est bien elle qui le fait, sans quoi elle ne s’interrogerait pas sur l’acte lui-même, mais elle n’est nullement responsable de ce qu’elle fait. En effet, elle ignore les raisons de son acte. On peut illustrer ainsi l’idée d’inconscient, c’est-à-dire le fait qu’il y ait en nous des motifs d’actions qui échappent à notre conscience. N’est-ce pas un cas de maladie qui n’a rien à voir avec l’action normale ?

Nullement. Dans certains actes de la vie quotidienne que Freud a explorés, se manifeste le même processus. C’est ce qui montre que nous ne sommes pas toujours responsables de ce que nous faisons. Il s’agit des actes manqués. Ainsi de ce chimiste allemand dans Freud rappelle qu’il oublia de se rendre à son mariage et alla à son laboratoire dans le chapitre 3 de son Introduction à la psychanalyse. En réalité, le motif qui a été assez fort pour qu’il oublie l’inoubliable n’apparaissait pas à sa conscience. Aussi est-il bien l’auteur de son acte mais sans en être responsable. On ne peut dire de ce chimiste qu’il avait le projet de ne pas se marier mais qu’il refusait d’en être conscient puisque justement qui dit mariage, dit préparatifs et donc conscience.

On peut donc dire que le sujet n’a pas immédiatement accès au contenu de ce qui le constitue. Le moi « n’est seulement pas maître dans sa propre maison » écrit Freud dans le chapitre 18 de l’Introduction à la psychanalyse. Aussi croit-il agir pour des motifs qui ne sont pas les siens ou agit-il pour des motifs qui lui sont inconnus. Mais c’est bien lui qui fait puisque justement le moi ne s’identifie pas à la conscience. Il ne peut donc répondre de tout ce qu’il fait.

 

En bref, le problème était de savoir s’il est possible de penser que l’homme est responsable de tout ce qu’il fait. On a pu voir que la connaissance, son absence volontaire ou non, fait varier la responsabilité. Mais ce qui est valable ainsi sur le plan juridique ne l’est pas sur le plan métaphysique. Si l’homme est choix, il est responsable de tout ce qu’il fait. Mais comme l’homme est surpris par certains de ces actes, il faut penser qu’ils sont siens sans qu’il en soit responsable. Aussi avons-nous vu que l’homme n’est pas totalement maître de ce qu’il est, ce que signifie l’hypothèse de l’inconscient. C’est en ce sens qu’il ne peut répondre de tous ses actes, donc ne peut être responsable de tout ce qu’il fait.

Publié dans Sujets L ES S

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OUOBA 20/11/2016 10:29

je demande le corrigé du sujet: "l'homme est-il ce qu'il a conscience d'être?

Alou messi 23/10/2016 14:16

La lecture amende t-elle l'esprit

yao kouakou ghyslain 20/10/2016 01:25

la religion est-elle un mal?

yao 20/10/2016 01:19

je veux le corrigé du sujet l'inconscient est-il un alibi?

Amadou Mahamane 18/06/2016 10:47

le devenir de l'homme dépend t il de lui même ou de Dieu?

Bégnana Patrice 19/06/2016 00:36

De quel Dieu ou de quelle conception de DIeu parlez-vous ?

ramos 03/05/2016 15:35

j'ai besoin d'aides a propo de ce sujet:est ce a l'homme de decider de ce qu'il va devenir?

Bégnana Patrice 04/05/2016 07:53

Vous pouvez réfléchir à ce corrigé et en extraire les éléments pertinents pour votre sujet

bertrand doubourö 10/02/2016 21:19

la vie a réelement de sens?

bertrand doubourö 10/02/2016 21:18

la vie a réelement de sens?

Indigné 15/09/2015 06:59

Le créateur de ce site est en tout cas RESPONSABLE de l'imposition violente des publicités agressives qu'il fait à l'utilisateur dès le début de la consultation . Et à des élèves ! C'EST A GERBER . Bravo "professeur" du discrédit que vous contribuez à alimenter sur le corps enseignant .

Patrice Bégnana 15/09/2015 16:03

Un blog est privé et la responsabilité dans ce cas est elle aussi privée. Maintenant que vous savez qu'il y a des publicités agressives qui s'imposent violemment à vous, nul doute que vous ne viendrez plus sur ce blog et ne lirez pas cette réponse.

mban ulrich 01/06/2015 05:54

Je veux avoir des méthodes plus explicites pour rendre aussi la vie facile à mes précedents. Thank you very much .

Madjayedou 15/05/2015 02:10

À travers ce texte, la responsabilité est l'obligation de repondre de ses actes devant une autorité, le peuple, Dieu, d'en rendre rendre compte et d'en assumer pleinement les les conséquences. Elle implique la volonté, le choix et l'engagement personnel et rationnel du sujet. Elle traduit aussi l'état de celui qui répond du fait, celui à qui on l'impute d'une façon générale, sans qu'il s'agisse là pourtant une faute. Nous voyons maintenant que tout actes libre et conscients est responsable. De même, cette responsabilité est limitée par la déterminisme biologique, psycologique et l'ignorance et la contrainte.

hillary semirita 10/04/2015 17:49

Je suis de son côté.

Antoine 01/03/2015 01:49

Ici, on se demande si l'homme est responsable de tout ce qu'il fait. Mais au final, qu'est ce qui pousse l'homme a faire un acte ? Qu'est ce qui, en lui, lui dit ce qu'il doit faire ? Pouvons nous considérer que la conscience décide des actes a faire et à ne pas faire ? Ou bien est ce l'instinct ? Cela m'intéresserait de savoir, alors si quelqu'un aurait les réponses a ces questions n'hésitez pas !

Patrice Bégnana 01/03/2015 18:56

Mon "opinion" importe peu. C'est l'examen des thèses qui est intéressant. On peut rendre compte de l'action humaine par sa dimension culturelle. Les motifs des actions humaines sont proposés par la culture d'origine. On peut tenir compte aussi de la capacité d'innovation humaine, source de la culture. On peut enfin préciser qu'innover, c'est en dernière instance viser la liberté entendue comme action émanant de la personne. L'action alors est à elle-même son propre motif.

Antoine 01/03/2015 17:19

Mais donc pour vous qu'est ce qui, en nous, nous dit ce qu'on doit faire ? Car, si j'ai bien compris votre réponse, l'hypothèse de l'instinct ne semble pas être la solution. Cette question m'intéresse mais je n'arrive pas à trouver une réponse c'est pourquoi je me permet de vous demander votre opinion. Merci de votre réponse en tout cas.

Patr 01/03/2015 09:57

Pour que la conscience soit la source des actes, il faut justement que l'homme soit responsable de ses actes. L'hypothèse de l'instinct au sens biologique se heurte au caractère culturel de l'existence humaine.

moneyang 04/01/2015 13:48

merci pour tout il est légitime de croire que l homme est lui meme tout ce qu'il se fait dans la societe

cissé drissa 28/10/2014 16:09

bonjours s'il vous plaid je peut avoir la correction de ce sujet:> qu'en pensez-vous?

Rama 10/09/2014 23:25

Il n'existe qu'un seul Dieu.L'homme est responsable de ses actes.

drissa dembele 18/05/2015 13:36

il existe qu un seul DIEU

kone 15/11/2014 21:40

c'est difficile d'admettre qu'il n'existe qu'un seul dieu

Patrice Bégnana 14/09/2014 19:37

Ces deux propositions sont-elle compatibles ?

windows outlook help 22/08/2014 14:24

I think sometimes man don't act according to his conscious alone but under the influence of peers or dear ones that may lead to success or failure in life. But, in the end it is only himself who is responsible for the outcome of any work the does.

haskano 30/07/2016 16:14

Les uns sont considérés moralement moins responsables de leurs actes, étant en grande partie des malheureux produits d'une société malade ou d'une mauvaise expérience de vie, qui n'ont pas eu la chance qu'ont d'autres... Cette notion de produit (négatif) de la société vient trop souvent excuser des comportements inciviques, asociaux, voire destructeurs... Avoir la santé rend déjà responsable de ses actes.