Sujet et corrigé d'une dissertation : Peut-on penser sans préjuger ?

Publié le par Bégnana

Dans notre culture imprégnée du siècle des Lumières, les préjugés ont mauvaise presse. C’est pourquoi on invite chacun à penser sans préjuger. Est-ce possible ?

En effet, si préjuger c’est juger avant d’avoir examiné, il semble évident que qui pense, c’est-à-dire réfléchit ou examine avant de juger, doit le faire sans préjuger.

Pourtant, il est non moins clair qu’il n’est pas possible de tout examiner, de réfléchir à tout, travail infini, pour pouvoir juger, de sorte qu’il ne serait pas possible de penser sans préjuger.

Dès lors, on peut se demander s’il est possible de penser sans préjuger et sinon comment penser à partir de préjuger.

 

Préjuger, c’est juger sans examen. C’est donc répéter ce qu’on a appris enfant. C’est aussi répéter ce qu’on dit, parce que tout le monde le répète. Une expression veut qu’on commence un tel propos en disant, « comme on dit… ». Bref, il y a une incompatibilité entre préjuger et penser en ce sens que penser suppose au contraire d’examiner ce qu’on prétend affirmer. Or, un examen peut être fait partiellement. Dès lors, penser repose sur le fait de préjuger, ce qui contamine la pensée et l’annihile.

C’est pourquoi on peut tenter de déraciner tous les préjugés. Pour ce faire, on peut à l’instar de Descartes dans le Discours de la méthode (1637), user du doute méthodique. Il consiste à considérer comme faux tout ce qui est simplement douteux afin de chercher s’il y a au moins un principe vrai qui guide la pensée. Le doute méthodique permet de tout examiner sans examiner tout en détail. Il suffit de rejeter en général ce qui paraît douteux. Bref, le doute méthodique permet de découvrir si oui ou non on peut se débarrasser des préjugés, sans préjuger qu’il faut les rejeter.

Aussi Descartes est-il amené à rejeter, parce que douteux, le témoignage des sens, l’exercice de la raison voire l’existence des choses hors de nous. Un tel doute ne laisse rien hors de lui et comme il n’affirme rien de façon définitive, son exercice consiste à penser sans préjuger. Alain disait dans un de ses Propos (daté du 5 mai 1931) que « Le doute est le sel de l’esprit ». Et ce qu’il affirme finalement, à savoir la vérité du « je pense donc je suis » n’est rien d’autre que la condition de l’exercice du doute. C’est pourquoi il s’agit d’un premier principe et non d’un préjugé sur lequel il est possible de s’appuyer.

Toutefois, le doute méthodique a l’inconvénient d’être général. Rejeter le témoignage des sens ou les raisonnements ne me permet pas de déraciner chacun des préjugés. Il faut donc les discuter un par un. De plus, encore faut-il que la discussion soit sérieuse. Or en réfléchissant seul, ne vais-je pas me duper moi-même ? Dès lors, pour penser sans préjuger, ne faut-il pas dialoguer, c’est-à-dire interroger les autres ?

 

Le préjugé, c’est ce qu’on n’a pas examiné mais qu’on affirme sans même y penser. C’est pour cela que préjuger n’est jamais aperçu de celui qui préjuge. Il lui faut donc un autre ou d’autres pour découvrir qu’il préjuge. C’est ainsi que le voyage en nous faisant découvrir d’autres mœurs, nous amène à voir en quoi les nôtres reposent sur des préjugés comme Descartes l’indique pour lui-même dans la première partie du Discours de la méthode. Bref, il nous fait réfléchir. Il en va de même de ce que les autres affirment et qui diffèrent de ce que nous affirmons. Mais cela suffit-il pour ne pas préjuger ? Est-ce la condition de l’exercice de la pensée ?

C’est que pour ne pas préjuger, il faut reconnaître son ignorance. Or, ce n’est pas évident puisque qui ignore, ignore qu’il est ignorant. On le voit avec le Socrate de Platon. Il lui fait dire dans son Apologie qu’à la réponse de l’oracle de Delphes selon laquelle il était l’homme le plus sage, Socrate en vint à s’interroger sur le sens de la parole du Dieu Apollon. Ne se pensant pas sage mais le dieu étant véridique pourquoi le désigner lui ? C’est pour comprendre cette énigme qu’il va interroger tous ceux qui passent pour sages aux yeux de l’opinion à Athènes, voire en Grèce. Or, il se rend compte non seulement qu’ils sont ignorants alors qu’ils se croient savants, mais en outre qu’ils refusent de reconnaître leur ignorance. Autrement dit, il leur est difficile de penser sans préjuger.

On le voit par exemple dans un dialogue de jeunesse de Platon ou Socrate interroge le personnage éponyme, le sophiste Hippias. Ce dernier prétendant faire de beaux discours, Socrate l’interroge sur ce qu’est le beau. Sont examinées tour à tour sept définitions du beau qui seront réfutées. Trois sont d’Hippias mais quatre sont introduites par Socrate. Ce qui montre que Socrate remet en cause ce qu’il pense. À l’inverse, Hippias, à la fin du dialogue, rejette la démarche de Socrate. Ainsi ne reconnaît-il toujours pas son ignorance.

Cependant, le philosophe lui-même est bien obligé d’admettre certaines données sans les remettre en cause, à commencer par la possibilité de définir comme Socrate. Ainsi accepte-t-il l’existence d’un Apollon véridique, sans quoi son enquête n’aurait aucun sens. Il serait donc impossible de penser sans préjuger. Mais préjuger bloque la pensée. Comment donc comprendre que préjuger soit nécessaire à l’exercice de la pensée sans l’empêcher ?

 

Préjuger, c’est une façon d’anticiper sur le réel pour l’appréhender. Et Descartes lui-même faisait remarquer qu’il n’est pas possible de toujours examiner lorsqu’on agit. En effet, parfois l’action exige l’immédiateté. Des voyageurs perdus dans la forêt doivent prendre une décision comme il en donne le cas. Comme la plupart des hommes agissent plutôt qu’ils ne doutent et ne s’interrogent sur les choses, préjuger est l’exercice urgent de la pensée humaine ordinaire. Et force est de constater qu’elle suffit pour vivre. Pourtant, les hommes ainsi pensent-ils vraiment ?

Un artisan, un militaire ne peuvent pas ne pas réfléchir pour agir. Mais la rapidité implique qu’ils ne remettent pas tout en cause. Aussi, préjuger n’empêche pas de penser mais dirige l’exercice de la pensée, lui donne sa direction, ses données de base. Le savant, le philosophe de leur côté parce qu’ils recherchent la vérité, dans un domaine ou concernant la totalité, remettent en cause certains préjugés. Mais ils ne peuvent tous les remettre en cause dans le détail. Il leur faut s’arrêter pour parler comme Aristote mais cet arrêt est-il volontaire ?

Lorsque le savant ou le philosophe énonce ce sur quoi il s’appuie, il s’agit de principes ou d’hypothèses. Mais il peut se faire qu’il s’appuie sur certaines idées qui restent implicites : ce sont les véritables préjugés ou présupposés. Or, disons-le encore une fois. Examiner tout en détail est impossible. On peut donc douter en général de tout, mais on ne peut douter de chaque idée puisque pour douter il faut admettre certaines idées. C’est pour cela qu’il est impossible de ne pas préjuger. L’exercice de la pensée s’effectue sur les idées examinées avec une base non examinée.

 

En un mot, le problème était de savoir s’il est possible de penser sans préjuger ou sinon comment penser en préjugeant. On a vu que la solution du doute général semblait résoudre le problème en tant qu’elle permet de fonder l’existence du sujet comme principe mais elle laisse nombre de préjugés de détail dans l’ombre. On a vu que par le dialogue, on peut tenter de remettre en cause les préjugés dans le détail mais on préjuge ce qui rend possible le dialogue à l’instar de Socrate. Aussi n’est-il pas possible de penser sans préjuger, c’est-à-dire sans admettre certaines idées sans même s’en apercevoir qui sont la condition de l’examen des autres idées.

Dès lors, le rôle du grand penseur, savant, artiste ou philosophe, n’est-ce pas de mettre en lumière les préjugés qui sont les nôtres quoiqu’il en admet sans le savoir de nouveaux ?

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Florian 11/10/2014 14:57

Dissertation très nul, il n'y a pas de plan logique, on ne sait pas où on va. Elle ne sert qu'a nous embrouiller l'esprit. Ne surtout pas s'aider de cette dissertation si vous voulez eviter la bulle. En plus, cette dissertation ne répond pas au sujet. Donc, c'est merdique.

Patrice Bégnana 11/10/2014 17:24

Le plan n'est pas annoncé mais la conclusion permet de le retrouver. Comme elle donne une solution au problème posé relativement au sujet, elle répond aux exigences de la dissertation.
"Aussi n’est-il pas possible de penser sans préjuger, c’est-à-dire sans admettre certaines idées sans même s’en apercevoir qui sont la condition de l’examen des autres idées."
La conclusion répond au sujet.
Merci de m'avoir permis d'apporter ces précisions