Sujet et corrigé d'une dissertation : Qu'apporte de douter ?

Publié le par Bégnana

Dans la fameuse scène 1 de l’acte III, Hamlet, le personnage éponyme de la pièce (1601) de Shakespeare (1564-1616) s’interroge pour savoir s’il met fin à ces jours ou non. Et ce doute paraît longtemps l’empêcher d’agir.

Aussi peut-on penser que le doute n’apporte que paralysie de la pensée et de l’action.

Pourtant, le doute passe pour apporter une sorte d’ouverture d’esprit comme le montrent les savants qui cherchent parce qu’ils doutent des solutions faciles des croyances.

Dès lors, on peut se demander ce qu’apporte vraiment le doute.

Le doute apporte l’esprit de découverte, mais aussi la paralysie de l’action et de la pensée tout en étant la condition de l’action et de la pensée libre.

 

Le doute conduit à remettre en cause les préjugés, c’est-à-dire les jugements que nous acceptons sans y avoir réfléchi sérieusement. En effet, comme le remarque Descartes dans les Principes de la philosophie (Première partie, article 1), nous avons été enfants avant que d’être hommes. Aussi n’avons-nous pas disposé d’emblée de notre raison de sorte que nous sommes plein de préjugés avant même de commencer à en faire usage. Or, le doute peut se comprendre cet état de l’esprit dans lequel il est lorsqu’il ne donne ni ne refuse son assentiment à une proposition. Douter, c’est donc remettre en cause ce que nous tenions pour vrai ou pour faux. C’est donc remettre en cause ses idées ou plutôt les idées que nous croyons nôtres alors qu’elles nous ont été inculquées par notre éducation. Mais ne conduit-il pas à paralyser l’action ?

Le doute, comme doute méthodique au sens de Descartes, est un instrument de découverte. Il consiste à tenir pour faux tout ce qui est simplement douteux afin de découvrir s’il n’y a pas de vérité. Il ne peut pas ne pas déboucher sur la certitude soit d’une vérité, soit sur la certitude de l’impossibilité d’accéder à toute certitude. En conséquence, il apporte à qui s’y engage l’assurance d’arriver à la connaissance. Mais il reste limiter et cantonner à la pensée. Dans le domaine de l’action, il s’agit tout au contraire de tenir pour vrai ce qui paraît simplement douteux. Aussi le doute méthodique permet-il d’agir en connaissance de cause. En effet, qui use du doute méthodique, agira comme si ses opinions sont vraies, tout en sachant qu’elles ne le sont pas. Il ne prendra pas de simples coutumes pour des vérités absolues et sera bien disposé pour les façons d’agir des autres.

Toutefois, un tel doute est limité. Il repose subrepticement sur des affirmations, notamment sur celle selon laquelle on peut arriver quelque part. Ne faut-il pas le radicaliser ? Dès lors, le doute apporte-t-il quelque chose ou bien ne conduit-il pas à une paralysie générale de la pensée et de l’action ?

 

Le doute sceptique conduit à remettre en cause toutes les connaissances. En effet, si l’on cherche des preuves de tout ce qu’on avance, des démonstrations de tout ce qu’on pense, on ne peut pas ne pas en trouver. Toute démonstration repose sur des principes. Si donc on veut démontrer les principes, il faut d’autres principes et ainsi de suite à l’infini. Aussi le doute sceptique consiste à refuser d’admettre quoi que ce soit hors de toute démonstration. Combattre les certitudes du cœur comme le dit Pascal dans les Pensées, est le seul objet des pyrrhoniens. Mais ainsi, le doute sceptique paralyse toute pensée. Car, si je n’admets rien, si je remets toujours en cause tout ce qui peut s’affirmer, je ne peux même pas soutenir que je doute et ma pensée est comme paralysée. N’est-il pas au moins compatible avec l’action ?

Le doute sceptique paralyse nécessairement l’action. En effet, pour agir, il faut se décider. Et pour se décider, il faut tenir pour vrai ce qu’on perçoit de la situation, au moins en partie. Or, le doute sceptique élimine toute vérité, voire toute réalité. Il conduit à se demander si on rêve ou si on est dans la réalité. À ce compte-là, il implique d’hésiter non seulement quant aux moyens à mettre en œuvre mais également quant aux fins. Et s’il en propose une, c’est finalement par inconséquence. Il implique donc s’il est poussé jusqu’au bout l’impossibilité d’agir. Il est certes compatible avec l’impassibilité des gymnosophistes qui impressionnèrent Pyrrhon (cf. Diogène Laërce, Vies, doctrines et sentences des philosophies illustres, IX, 61). Il conduit à une indifférence radicale puisque rien n’a alors d’importance. Par conséquent, le doute sceptique n’apporte rien de bon.

Néanmoins, sans le doute, il ne reste plus qu’à croire, c’est-à-dire à adhérer à des idées qui sont peut-être fausses. Et même si la croyance se situe au terme d’une longue réflexion, elle témoigne d’un abandon de la réflexion plutôt d’une véritable acceptation de la vérité. Mais comment le doute pourrait-il apporter la condition de l’exercice de la pensée, voire de l’action libre, sans paralysie ?

 

S’il est vrai que le doute sceptique paralyse, c’est parce que c’est un doute global qui porte sur la totalité. Par contre, dans la démarche de la pensée, dans son détail, le doute est bien la condition de l’exercice de la réflexion. Pour cela, il suffit de le comprendre comme le refus de croire. En effet, on peut avec Alain dans ses Propos, distinguer penser de croire en ce sens que, qui pense, n’affirme jamais que provisoirement ce qu’il avance. Le savant qui travaille sur les gaz et qui conçoit ce qu’est un gaz parfait, ne soutiendra pas sa théorie comme si elle était la seule possible et comme si elle était définitive. Aussi a-t-il vis-à-vis des objections à ce qu’il peut penser une attitude bien différente du croyant, voire du fanatique pour qui ce n’est que l’expression du mal, voire du Malin. Or, un tel doute ne paralyse-t-il pas l’action ?

Nullement, car lorsqu’on agit, il n’est nullement obligatoire de croire en la réalité absolue de tout ce qu’on fait. On peut essayer. Et tel est le doute pratique. Ce qu’il apporte, c’est la disposition à voir ce qui va ou ne va pas. C’est qu’en effet, celui qui croit est aveugle aux échecs qu’il rejettera plutôt sur quelque bouc-émissaire plutôt que sur ce qui n’allait pas dans son action. On le voit dans le domaine politique où les “idéologues” ont toujours une explication toute prête et définitive pour ne pas douter de leurs “idées”. Un ennemi explique tous les maux. À l’inverse, qui doute, sera capable de se remettre en cause, y compris pendant l’action. Le grand homme d’État, c’est celui qui est capable de changer, parce qu’il a compris qu’il s’était trompé.

Mais le doute dans l’action concerne non pas les fins, mais les moyens. Le doute relatif aux fins appartient à la pensée. C’est très précisément, la réflexion éthique ou morale. Qui ne doute jamais des fins ne pense pas, il croit. Et par là même, il tombe dans le dogmatisme, voire le fanatisme qui, toujours, sous prétexte de faire le Bien, est un instrument de désolation. À l’inverse, le doute en ce qui concerne les fins a le mérite de ne pas les tenir pour un absolu à réaliser coûte que coûte. Par là même qui en doute ne sera jamais conduit à imposer tyranniquement ses idées. C’est ainsi que si Socrate ne fut pas un démocrate acharné, il refusa lui qui affirmait ne rien savoir, de participer aux crimes de la tyrannie puisqu’il ne voulut pas participer à l’assassinat de Léon de Salamine selon l’Apologie de Platon.

 

En un mot, le problème était de savoir ce qu’apporte vraiment le doute, autrement dit s’il est bénéfique pour la pensée ou l’action ou bien s’il faut l’éviter. Si le doute méthodique demeure dogmatique malgré l’apparence, le doute sceptique quant à lui est trop général. C’est pour cela que le doute apporte la condition d’une pensée libérée et d’une libre action à la condition qu’il s’exerce dans le détail de la pensée et de l’action, c’est-à-dire qu’il ne s’absolutise pas lui-même.

Publié dans Sujets L ES S

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Bueno 03/04/2016 15:52

Bueno

plombier paris tarif 26/01/2015 19:49

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Cordialement

omnitech reviews 10/09/2014 14:33

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omnitech reviews 10/09/2014 14:33

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