Sujet (terminales technologiques) Alain préjugé et fanatisme

Publié le par Bégnana

Préjugé. Ce qui est jugé d’avance, c’est-à-dire avant qu’on se soit instruit. Le préjugé fait qu’on s’instruit mal. Le préjugé peut venir des passions ; la haine aime à préjuger mal ; il peut venir de l’orgueil, qui conseille de ne point changer d’avis ; ou bien de la coutume qui ramène toujours aux anciennes formules ; ou bien de la paresse, qui n’aime point chercher ni examiner. Mais le principal appui du préjugé est l’idée juste d’après laquelle il n’est point de vérité qui subsiste sans serment à soi ; d’où l’on vient à considérer toute opinion nouvelle comme une manœuvre contre l’esprit. Le préjugé ainsi appuyé sur de nobles passions, c’est le fanatisme.

Alain, Définitions (posthume)

 

Questions

1. Dégagez l’idée centrale du texte et les étapes de l’analyse.

2. Expliquez : « il n’est point de vérité qui subsiste sans serment à soi »

3. Le fanatisme n’a-t-il aucune valeur ?

 

1. Dégagez l’idée centrale du texte et les étapes de l’analyse.

Alain veut montrer que le préjugé qui s’appuie sur les sources de la connaissance est le fanatisme.

Il commence par définir le terme de préjugé comme un jugement qui n’a pas été précédé d’une recherche. Il en déduit que le préjugé conduit à mal acquérir des connaissances. Il donne ensuite trois sources possibles du préjugé. La première, ce sont les passions. Pour le montrer, Alain s’appuie sur deux exemples de passions. Le premier exemple est la haine. Il nous indique qu’elle entraîne celui qui en est habité à mal juger l’objet de sa haine. Le second exemple est l’orgueil. Il amène le sujet à maintenir un avis. La deuxième source de préjugé est la coutume, autrement dit la culture. Elle conduit à répéter ce qu’on dit. La troisième source est la paresse dont l’effet est l’absence de recherche.

À ces trois sources, Alain en oppose une quatrième qui elle est une idée légitime, à savoir qu’on doit conserver la vérité. La conséquence qui est déduite de cette idée juste est que toute nouvelle idée s’oppose à l’esprit en tant qu’il est capable de connaître la vérité.

Cet extrait s’achève par une définition du fanatisme. Il consiste à refuser toute idée nouvelle contraire à ce qu’on croit être vrai pour préserver la vérité et l’esprit.

 

2. Expliquez : « il n’est point de vérité qui subsiste sans serment à soi ».

En disant qu’il est légitime de penser qu’« il n’est point de vérité qui subsiste sans serment à soi », Alain veut dire que la vérité ne peut se conserver que par un acte de la volonté. En effet, un serment consiste à affirmer que l’on va faire ou dire quelque chose. Comme la promesse, le serment implique de s’engager. Comme la promesse, le serment est fait à quelqu’un ou devant quelqu’un. C’est pour Alain à soi qu’on fait serment. Or, ce serment dont il ne donne pas le contenu, est nécessaire selon lui pour que la vérité continue à être. La raison ne peut en être que c’est l’engagement de celui qui pense qui fait être la vérité. Autrement dit, la vérité dont il s’agit est celle qui est dans la pensée, soit comme adéquation de la représentation avec son objet, soit comme cohérence des pensées. Quant à la vérité qu’on attribue aux choses, on peut la ramener à la première. Un vrai billet, c’est la représentation vraie d’un objet qui reste toujours identique. Si donc la vérité est dans la pensée, sans l’engagement de la conserver, elle disparaîtrait. Le serment à soi est donc celui de s’engager à maintenir intact la vérité.

 

3. Le fanatisme n’a-t-il aucune valeur ?

Depuis que la tolérance est devenue une valeur, non pas au sens du fait de ne pas punir certaines fautes, mais au sens d’accepter la diversité des opinions, le fanatisme a mauvaise presse. Il passe pour nuisible. Comme Alain en traite dans une définition du préjugé, on pourrait penser qu’il n’a aucune valeur. Pourtant, il n’y a pas de fanatisme qui n’affirme la valeur de la vérité. N’est-ce pas ce qui fait sa valeur ?

 

En effet, le fanatisme – quels que soient les domaines, religieux, moral ou politique – consiste à défendre par tous les moyens les idées qu’on croit vraies avec l’intention que les autres les partagent. Le fanatisme n’hésite pas à user de la violence. Or, son lien avec le préjugé est qu’il n’examine pas ou plus l’idée qu’il admet pour vraie. En ce sens il ne peut avoir de valeur. Or, Alain parle de nobles passions. N’est-ce pas elles qui donnent sa valeur au fanatisme ?

On pourrait le croire. Toutefois, les passions a montré Alain conduisent à préjuger. Dès lors, elles ne peuvent donner sa valeur au fanatisme si on les prend en général. Par contre, celles que désigne Alain sont l’engagement et le refus d’agir contre l’esprit. Il s’agit bien de passions qui servent la vérité et qui semblent donner une valeur au fanatisme. Toutefois, est-ce le fanatisme qui a une valeur ou s’appuient-ils sur les valeurs de la connaissance ?

En effet, les idées que le fanatisme soutient sont des préjugés. À ce titre, ils n’ont aucune valeur pour la connaissance. Aussi le fanatisme en lui-même n’a pas de valeur. Mais ils s’appuient sur ce qui donne valeur à la connaissance, à savoir l’engagement de l’esprit. Ce sont eux qui sont source de valeur pour la connaissance que le fanatisme rend au contraire impossible.

 

Disons donc finalement qu’Alain a montré dans ce texte que le préjugé a non seulement des sources non rationnelles, mais il trouve dans les valeurs de l’esprit un soutient qui définit cette forme particulière de préjugé qui est le fanatisme. On peut ainsi comprendre en quoi il est plus difficile à combattre que les préjugés ordinaires.

 

 

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