Sujet (terminales technologiques) : Dans la lutte contre les préjugés l'expérience est-elle un meilleur guide que la raison ?

Publié le par Bégnana

« Les femmes ne savent pas conduire », « les Allemands sont travailleurs », « les primitifs sont fainéants » : voilà des exemples de préjugés profondément enracinés chez nombre d’hommes qui les répètent sans y avoir réfléchi.

Aussi pour lutter contre les préjugés faut-il les examiner pour savoir s’ils sont vrais ou faux. La raison qui nous permet de découvrir le vrai du faux paraît être le guide plutôt que l’expérience souvent silencieuse. Cependant, la raison peut s’appuyer sur d’autres préjugés alors que l’expérience semble de nature à détruire définitivement un préjugé. Aucun homme ne peut croire aujourd’hui que la saignée guérie comme on le “démontrait” au xvii° siècle. Dès lors, de la raison ou de l’expérience, laquelle est un meilleur guide dans la lutte contre les préjugés ? Est-ce l’une plutôt que l’autre ? Si les deux doivent collaborer, laquelle a le dernier mot ?

 

 

Un préjugé, comme une opinion ou une croyance, est un jugement que ne précède aucune réflexion. Aussi la raison, par laquelle nous lions logiquement les propositions, est un guide contre les préjugés. Par contre, l’expérience est tout à fait capable d’être à la source de préjugés. Il s’agit de tous ceux qui proviennent d’une induction abusive comme les préjugés concernant d’autres cultures. Qu’un ou deux membres d’un autre groupe aient tel défaut et les voilà attribuer à tous.

Car l’expérience est l’habitude de la liaison entre perceptions selon Hume dans l’Enquête sur l’entendement humain. Opérant en nous sans que nous réfléchissions elle produit de solides préjugés qu’elle paraît confirmer. À l’inverse la raison, parce qu’elle implique non seulement d’examiner, mais de viser l’universel, c’est-à-dire ce que tous doivent penser, détruit les préjugés. Qu’un homme commette tel méfait n’implique pas que tous ceux lui ressemblant commettront les mêmes. La raison oppose le principe que du particulier au général la conséquence n’est pas bonne.

Toutefois, comme la raison ne peut tout examiner, n’est-elle pas conduite à s’appuyer sur des préjugés ? L’expérience n’est-elle pas un meilleur guide qu’elle dans la lutte contre les préjugés ?

 

Hors de l’expérience, la raison n’a aucune limite pour les questions de faits. Elle est capable de soutenir tout et son contraire. C’est l’expérience qui lui permet de choisir entre les différentes possibilités. Laissée seule, la raison ne peut lutter contre les préjugés parce qu’il est possible d’argumenter pour ou contre eux indéfiniment. Ainsi, si du particulier au général la conséquence n’est pas bonne, il n’en reste pas moins vrai que la prudence exige lorsqu’il s’est produit quelque chose d’en tenir compte. Par contre, lorsque l’expérience a réfuté une idée, elle doit être abandonnée. Voilà pourquoi l’expérience est un meilleur guide que la raison dans la lutte contre les préjugés.

En outre, la raison ne peut pas ne pas s’appuyer sur des points de départ. C’est pourquoi loin d’empêcher les préjugés, elle peut les conforter. Ils peuvent servir de présuppositions à un examen qui n’en est pas vraiment un. Nietzsche va jusqu’à dire dans la Volonté de puissance que la prescription de la raison selon laquelle tout doit être démontré ne l’est pas elle-même : elle est donc un préjugé.

Or, l’expérience étant une habitude et la raison seule un mauvais guide, ne faut-il pas une collaboration des deux et laquelle doit avoir le dernier mot dans la lutte contre les préjugés ?

 

Aussi pour lutter contre les préjugés l’expérience ne peut être un meilleur guide que la raison que si et seulement si elle a un rôle en quelque sorte critique. C’est pourquoi l’expérience qui détruit un préjugé est celle qu’on fait et non celle qu’on a. La première est conçue pour tester une hypothèse. Elle implique donc une réflexion. Elle ne peut être formulée que par la raison car selon le Cours de philosophie positive d’Auguste Comte il ne peut y avoir d’observation sans une théorie quelconque.

Par contre, avoir de l’expérience, c’est accumuler une certaine routine qui est certes utile pour vivre mais qui en aucun cas ne peut aller à l’encontre des préjugés. Il faut donc pour que l’expérience puisse servir de guide pour lutter contre les préjugés qu’elle soit conçue pour les remettre en cause, autrement dit pour les tester. Elle doit donc être conçue grâce à la raison. Mais c’est elle alors qui tranche. Elle est bien alors le meilleur guide pour lutter contre les préjugés.

 

 

En un mot, le problème était de savoir si on peut considérer que l’expérience est un meilleur guide que la raison dans la lutte contre les préjugés ou non. L’expérience comme habitude au contraire crée des préjugés et la raison n’empêche aucun préjugé. Par contre, lorsqu’elle conçoit des expériences pour tester des hypothèses, la raison permet à l’expérience d’être le meilleur guide dans la lutte contre les préjugés.

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