Sujet et corrigé d'une dissertation (terminales technologiques) : Est-il nécessaire de croire lorsque la raison n'est pas suffisante ?

Publié le par Bégnana

Il arrive qu’on ne sache pas quoi penser ou quoi faire. Celui qui croit dans ce cas semble rassuré.

Aussi lorsque la raison n’est pas suffisante, c’est-à-dire lorsque nous ne pouvons connaître grâce à des preuves ce qu’il faut penser ou faire, il semble nécessaire de croire. Cependant, pourquoi ne pas plutôt s’abstenir de croire, c’est-à-dire, conserver un certain recul vis-à-vis de la situation ?

On peut donc se demander s’il est nécessaire de croire lorsque la raison n’est pas suffisante.

La croyance n’est-elle pas une nécessité vitale ou sociale, n’est-elle pas plutôt source de conflits et le doute son remède ou bien est-elle nécessaire à la condition de penser par soi-même.

 

La raison n’est pas toujours suffisante, notamment lorsqu’il s’agit de mettre en œuvre sa démarche qui est de prouver. Car, on ne peut à tout moment prouver ce qu’on avance. Par conséquent, lorsqu’on a une certitude sans preuve, c’est une croyance comme l’indique Alain dans ses Définitions. Elle est nécessaire pour vivre. Il me faut croire par exemple que l’Australie existe pour pouvoir y aller. Ma croyance s’appuie alors sur ce que les autres affirment. Et sa nécessité se montre en ce qu’elle est involontaire. Je ne peux faire autrement.

Mais lorsque la raison ne suffit pas, la croyance est absolument nécessaire d’un point de vue social. En effet, il faut bien que je croie dans les mêmes vertus et les mêmes vices que les autres membres de la société dans laquelle je vis pour qu’il n’y ait pas entre nous de conflits. Par exemple, il me faut croire qu’il est interdit de voler. Une société peut tolérer quelques différences d’opinions, mais non sur ce qui la constitue et la rend possible.

Toutefois, parce qu’elle est involontaire, la croyance m’empêche de découvrir de nouveaux horizons. Dès lors, lorsque la raison ne suffit pas, ne faut-il pas s’abstenir de croire ? Comment est-ce possible s’il faut vivre et vivre avec les autres ?

 

Lorsqu’il n’est pas possible de prouver, il est tout à fait possible de douter. C’est pour cela qu’il n’est pas nécessaire de croire. Et c’est bien ce que montrent tous les chercheurs. Ils remettent en cause les croyances répandues. Le doute est donc ce qui remplace la croyance lorsque la raison ne suffit pas, provisoirement ou définitivement. Il amène à ne tenir ni pour vraies ni pour fausses les croyances. Or, lorsqu’il s’agit d’agir, est-il possible ainsi de s’abstenir de croire lorsque la raison n’est pas suffisante ?

En fait, lorsque nous agissons, nous ne sommes pas toujours sûrs de nous. Un médecin essayera par exemple un nouveau traitement. La raison n’est pas suffisante pour lui prouver qu’il est le bon puisque c’est au contraire l’essai qui le permet. Mais il ne peut croire au traitement, sans quoi il mettra l’éventuel échec sur d’autres causes. Il doute donc et pourtant agit. De même en société, on peut suivre les règles sans y croire, un peu comme on suit les règles d’un jeu.

Néanmoins, il faut bien engager la pensée pour agir dans un but même s’il peut y avoir un doute sur les moyens. Dès lors, s’il est nécessaire de croire lorsque la raison n’est pas suffisante, comment le faire sans tomber dans la crédulité, voire la soumission aux autres ?

 

En effet, lorsqu’on agit ou lorsqu’on pense, on le fait dans un but. Il faut bien croire en ce but. On peut avec Alain parler de foi plutôt que de simple croyance en tant que la foi est volontaire. Elle s’adresse à ce qui en l’homme importe. C’est ainsi qu’il faut bien avoir foi en la raison pour pouvoir l’utiliser. C’est pourquoi la raison n’est pas suffisante pour commander son propre usage. Qu’en est-il dans nos relations avec les autres ?

Lorsque nous croyons, si nous suivons simplement les idées des autres, nous sommes soumis. Nous sommes comme des mineurs selon la métaphore de Kant. Aussi faut-il comme il le soutient dans Qu’est-ce que les Lumières ? penser par nous-mêmes. Il ne s’agit pas de raisonner, c’est-à-dire de découvrir des preuves là où elles ne sont pas possibles, mais de penser avec et pour les autres, c’est-à-dire en refusant de les dominer et de se laisser dominer. On peut alors croire dans toutes les idées qui sont compatibles avec la dignité des hommes ; par exemple, croire à la vocation de tout homme à penser par lui-même.

 

Bref, à la question de savoir s’il est nécessaire de croire lorsque la raison n’est pas suffisante, il est apparu que la croyance semble nécessaire lorsque le doute empêche l’action ou la pensée. Cependant, il est possible de ne pas douter et de ne pas être crédule. Pour cela, il faut penser, c’est-à-dire ne donner son adhésion qu’à ce qui est susceptible d’être universelle.

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