Sujet et corrigé d'une dissertation (terminales technologiques) : La raison suppose-t-elle le rejet de tous les préjugés ?

Publié le par Bégnana

On est étonné lorsqu’on entend certains préjugés qu’on ait pu définir l’homme comme un animal doué de raison. C’est que le préjugé, comme son nom l’indique, consiste à juger avant que d’avoir examiné, ce qui est le contraire de ce qu’exige la raison. Il appartient donc à la raison de rejeter tous les préjugés. Cependant, la raison ne peut constamment examiner sans quoi elle ne commencerait jamais de sorte qu’il paraît nécessaire qu’elle repose sur quelques préjugés.
Dès lors on peut se demander si la raison suppose le rejet de tous les préjugés et comment c’est possible ou bien si elle est compatible avec certains préjugés et lesquels.
La raison suppose le rejet de tous les préjugés pour s’exercer, elle conseille aussi d’accepter les vieux préjugés pour que la raison puisse s’exercer, ce qui implique de transformer les préjugés en hypothèses pour un vrai exercice de la raison.

La raison est la faculté qui, en nous, vise à déterminer la vérité. Pour cela, elle rejette toutes les pensées qui se présentent comme vraies sans avoir été prouvées. Or, tel est le cas des préjugés puisque, justement, comme leur nom le laisse clairement entendre, ils consistent en une affirmation de vérité avant même d’avoir examiné. Dès lors, il apparaît que la raison suppose pour être de rejeter tous les préjugés. Et cela, elle doit le faire sans relâche. Mais, dira-t-on, ne peut-elle pas les conserver après les avoir examinés ?
En aucun cas, car, ce qui fait le préjugé, ce n’est pas le contenu. Ainsi, affirmer « la Terre est ronde » sans savoir pourquoi est un préjugé. Soutenir la même proposition en s’appuyant sur des preuves est conforme à la raison. C’est pourquoi, qu’elle les infirme ou qu’elle les confirme, la raison détruit les préjugés. On comprend alors qu’il lui appartient de tous les rejeter.
Toutefois, la raison ne peut pas toujours et constamment tout examiner pour savoir si c’est vrai ou faux. Dès lors, n’y a-t-il pas certains préjugés qu’elle doit admettre pour s’exercer ? Comment le pourrait-elle sans les détruire ? Et si oui, lesquels ?

Comme elle ne peut tout démontrer, la raison se doit de reconnaître certains préjugés. Pour cela, il lui suffit de ne pas les examiner, autrement dit de les admettre sans preuve, voire sans doute aucun. Et c’est d’autant plus facile qu’il suffit qu’elle se cantonne dans les difficultés qui se présentent à elle sans vouloir tout examiner. C’est ce qu’elle fait d’ordinaire faute de temps. C’est ainsi qu’on peut avec Pascal dans les Pensées faire remarquer que nous savons immédiatement que nous ne rêvons pas. Et nous le savons sans l’examiner. C’est en cela qu’il s’agit d’une sorte de préjugé. Mais quels préjugés conserver, quels préjugés rejeter ?
On peut avec Burke (1729-1797) dans ses Réflexions sur la Révolution de France (1790) considérer que les préjugés les meilleurs sont les plus anciens et les plus répandus. C’est qu’ainsi il marque leur solidité. Ils permettent à la raison de chacun qui est capable de peu de s’exercer dans son domaine et pour le reste, ils donnent à l’individu de quoi décider et donc de quoi penser. Par contre, les préjugés nouveaux ou peu répandus ont toutes les chances de manquer d’efficacité. Ce sont eux que la raison doit rejeter en s’appuyant sur les anciens.
Cependant, si c’est bien la raison qui reconnaît quels préjugés elle doit accepter et lesquels elle doit rejeter, cela revient à les rejeter tous puisque alors, les examinant, elle les transforme. Dès lors, comment la raison peut-elle s’exercer tout en admettant des points de départ qu’elle n’examine pas ? Ne sont-ce pas alors des préjugés ?

Si la raison ne peut tout examiner, elle peut néanmoins rejeter tous les préjugés en les transformant en hypothèses, c’est-à-dire en proposition qu’elle ne tient ni pour vraies ni pour fausses. Dès lors, l’hypothèse, quoiqu’elle ne soit pas prouvée, n’est pas un préjugé. Au contraire, pour la forger, il est nécessaire de réfléchir, donc de sortir des préjugés, de les remettre en cause, c’est-à-dire en douter. Mais quel est l’intérêt des préjugés.
D’abord, elle peut les tester comme le font les scientifiques qui émettent des hypothèses pour faire des expériences. Ainsi les hommes ont d’abord cru dans l’Antiquité que la Terre était une déesse. Thalès au VI° siècle av. J.-C. émit l’hypothèse qu’elle était un disque circulaire plat. Au V° siècle av. J.-C. surgit l’hypothèse qu’elle était circulaire. Aristote (IV° s av. J.-C.) et Strabon (I°) nous ont laissé les observations qui confirmaient la seconde et infirmaient la seconde. Indiquons simplement venant de la Géographie de ce dernier l’observation des bateaux arrivant à l’horizon où l’on voit d’abord le haut du mat avant que de le découvrir tout entier qui prouve la courbure de la Terre.
Enfin, la raison doit bien s’appuyer sur des points de départ. Elle doit notamment admettre qu’il lui est possible d’admettre comme vérité ce qui a été démontré. Que telle soit la vérité, elle ne peut le démontrer comme Nietzsche dans La volonté de puissance l’indiquait. Aussi, peut-on la considérer comme une hypothèse nécessaire pour que la raison puisse s’exercer sans la considérer comme vraie. Et c’est bien la raison qui, ainsi, se limite dans sa prétention. C’est en ce sens qu’elle rejette bien tous les préjugés, y compris ceux qu’elle pourrait susciter pour son propre compte.

Disons pour finir que le problème était de savoir si la raison suppose de rejeter tous les préjugés dans la mesure où elle paraît limiter et où le préjugé s’oppose à l’exigence de la raison qui est d’examiner. C’est pour cela que la raison rejette effectivement tous les préjugés dans son exercice. Toutefois, elle doit s’appuyer sur des points de départ qu’elles n’examinent pas. S’ils peuvent être des préjugés, elle peut s’en passer et même le doit pour s’exercer pleinement.

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alain escriou 09/10/2014 20:29

peut être des éléments de questionnement afin de rafiner ton exposé

Patrice Bégnana 11/10/2014 17:26

C'est un corrigé de dissertation écrit à un moment de l'année pour des élèves qui ont deux heures de philosophie par semaine.