Sujet (terminales technologiques) : Peut-on avoir foi en la science ?

Publié le par Bégnana

On oppose souvent la foi à la science comme l’adhésion pleine et entière à un dogme révélé à la recherche patiente des preuves des hypothèses avancées. Aussi l’expression « avoir foi en la science » semble être une contradiction dans les termes. Toutefois, comme le savant ne peut savoir si la science réussira, il semble qu’il soit nécessaire pour lui d’avoir foi en elle. Dès lors, une foi en la science est-il possible ? Est-elle l’adhésion naïve de ceux qui lui attribuent des exploits dans la découverte ? Est-elle la condition de la recherche ? Ou bien est-il possible d’exclure la foi du domaine scientifique ?

 

 

La science, c’est la recherche par des preuves, notamment empiriques, de la vérité. Comme le dit Auguste Comte dans son Cours de philosophie positive, les connaissances réelles doivent s’appuyer sur des faits empiriques. Une proposition non prouvée est au mieux une hypothèse. Sinon, c’est une croyance, et elle est à bannir de la science. Cette dernière s’oppose à la foi, cette croyance volontaire comme dit Alain dans ses Définitions qui ne repose sur aucune preuve. Avoir foi en la science est contradictoire et donc impossible.

Aussi, seuls ceux qui ne font pas de science peuvent avoir foi en elle. Car, elle semble présenter des résultats définitifs. Et ses applications qui font la technique moderne, comme dans la médecine ou dans la fabrication de machines diverses, paraissent lui donner un pouvoir infini, presque un pouvoir divin. Avoir foi en la science, c’est donc la méconnaître ou la confondre avec la technique.

Néanmoins, il n’est pas possible de tout prouver. Aucune expérience ne prouve la méthode de la science. Dès lors, la science n’exige-t-elle pas une foi spéciale qui la rend possible ?

 

Pour chercher des preuves, le scientifique a besoin de croire en ses principes. Il doit admettre des principes pour pouvoir démontrer, c’est-à-dire inférer de premières propositions celles qu’il considérera ainsi comme vraies comme le fait le mathématicien. Tout démontrer est impossible car ce serait infini. Et lorsqu’il doit prouver, c’est-à-dire valider par l’expérience une hypothèse, il lui faut admettre que l’expérience restera toujours la même. Ses principes, il doit y croire volontairement. Il y a donc bien une foi en la science pour le scientifique lui-même, foi qui rend possible la science.

Cette foi qui provient du cœur selon Pascal dans ses Pensées n’interdit pas la recherche. Le scientifique ne croit pas dans ses résultats. Il sait qu’ils peuvent être remis en cause. Il sait qu’il n’a pas examiné toutes les démonstrations et toutes les preuves possibles. Quant aux applications techniques, il les distingue des résultats scientifiques. Leur succès ne prouve pas définitivement la théorie qui les explique même si une technique demeure toujours disponible.

Cependant, la remise en cause des résultats en science peut toucher les principes eux-mêmes. Dès lors, la foi en la science n’est-elle pas finalement un refus d’accepter sa radicale précarité ?

 

Les principes ne peuvent être tenus pour vrais définitivement. Il suffit que certaines conséquences qui en sont déduites se révèlent contradictoires entre elles ou contredite par l’expérience. Par exemple, Newton avait proposé une théorie de la lumière selon laquelle elle est constituée de corpuscules. Or, une expérience de Thomas Young (1773-1828) consistant à faire passer un rayon lumineux par deux fentes montre une interférence, c’est-à-dire des bandes lumineuses et sombres. On a alors pensé que la lumière est plutôt comme les ondes qu’on voit à la surface de l’eau. Aussi les points de départ de la science sont des hypothèses. On peut donc les abandonner si une preuve l’exige.

En conséquence le savant ne doit pas avoir foi en la science pour qu’elle soit possible. Il doit la remettre en question pour lui conserver son statut de recherche. Il doit renoncer à l’idée que tel problème trouvera sa solution dans l’avenir, ce qui est une sorte de foi dans une amélioration constante, c’est-à-dire dans le progrès. Or, rien ne le garantit. De même, les problèmes théoriques ou pratiques engendrés par la technique telle qu’elle résulte de la science, il ne croira pas qu’ils trouveront nécessairement une solution. À cette condition, le travail scientifique reste un travail de recherche.

 

 

Disons donc pour finir que le problème était de savoir s’il est possible d’avoir foi en la science. On a vu que cette foi est celle des profanes qui croient que la science donne des vérités définitives comme celles que prétendent donner les religions. Elle peut être aussi foi dans les points de départ de la science pensés comme principes. Or, la science étant recherche, elle doit conserver son caractère hypothétique pour rester cette aventure d’un esprit toujours ouvert. Aussi la foi en la science est bien contradictoire.

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Olivier Lévesque 04/04/2015 17:35

Théorie à la quelle j'ai déjà réfléchie de mon coté (désolé pour les fautes). En partant de votre théorie, je vais donner un exemple concret de la foi envers la science. Si je demandais à votre classe, la forme qu'a la terre, Il me donnerait comme réponse la plus simple que c'est une sphère. Mais comment ont-ils fait pour savoir (en hypothèse que cela soit vrai) que la terre est une sphère. Ont-ils fait des expériences ou des raisonnements élaborés pour en venir à cette conclusion ou ont-ils tout simplement foi à la recherche qu'un autre individu à préalablement fait ou dit avoir fait. À se basant sur se dire et en prenant un peu de recule, vous pourrez remarquer, je l'espère, que l'être humain utilise se même principe pour la majorité des actions qu'il commet. Les sièges d'auto pour la sécurité des enfants, l'efficacité du dentifrice, les médicaments dans les pharmacies,... et la plus grande institution de foi au monde, l'école, détentrice de fait scientifique qui forcent les enfants à assimiler les connaissances par dogmatisme ou par le risque de non réussite. D'un autre coté, il s'avère important pour l'homme d'avoir foi pour avancer même si les connaissances ne sont pas vrai en soi. Le temps qu'ils prendraient individuellement pour tout revérifier et les coûts que cela apporterait prendrait le peu de temps qu'ils ont pour exister. L'être humain a foi en la science, mais tout comme vous dîtes, il est important de garder l'esprit libre de la possibilité du contraire. Il n'y a pas une vérité qui soit immuable dans le temps à ma connaissance.