Sujet (terminales technologiques) : Pourquoi échangeons-nous ?

Publié le par Bégnana

Il est agréable de flâner le dimanche sur les marchés, d’y trouver différents produits, d’y causer avec les uns et les autres. On échange. Pourquoi ? Lorsque nous allons chez un commerçant, c’est apparemment pour obtenir de quoi satisfaire un besoin. Nous, humains, échangeons en le sachant. C’est par métaphore qu’on parle d’échanges entre un vivant et son milieu. Et pourtant, les propos que nous échangeons ou le simple fait de flâner sans rien prendre dans les allées d’un marché, les rencontres inopinées qui nous plaisent tant, semblent indiquer que se joue autre chose dans l’échange.

Dès lors, on peut se demander pourquoi nous échangeons. Nous verrons d’abord en quoi l’intérêt égoïste est le moteur de l’échange. Puis nous examinerons en quoi le lien social explique que nous échangeons. Enfin, nous mettrons en lumière la volonté de reconnaissance dans nos échanges.

 

Nous échangeons essentiellement pour notre propre profit ou pour notre intérêt. C’est évident pour l’échange marchand qui consiste à donner un bien ou un service dont nous n’avons pas besoin pour recevoir un autre bien ou un autre service dont nous avons besoin. Le troc, soit donner et recevoir directement un bien ou service, ou l’échange monétaire, soit donner un bien ou un service pour recevoir de la monnaie (métal précieux, coquillage, barres de sel, monnaie légal, etc.) qui permet ultérieurement d’obtenir un autre bien ou un autre service, vise l’intérêt de chacun des participants.

Si nous nous tournons vers ces échanges où chacun donne moins pour recevoir autre chose en retour que pour créer ou conserver le lien social, c’est notre intérêt également qui est en jeu. Nous payions l’apéro à nos amis et réciproquement pour que nous le restions. C’est que nous détestons la solitude et avons besoin de relations avec les autres.

Même les échanges moraux où le don reçu appelle la reconnaissance visent finalement l’intérêt de l’individu. Car nul ne peut prétendre agir de façon désintéressée. Il faudrait agir de façon inconsciente, ce qui est impossible.

Pourtant, s’en tenir au seul intérêt ne suffit pas. L’échange est aussi la condition du lien social. Est-ce pour cela que nous échangeons ?

 

En effet, même l’échange marchand ne vise pas seulement à obtenir un bien ou un service dont nous avons besoin en l’échange d’un autre bien ou service dont nous n’avons pas besoin. Le marché est aussi un lieu de rencontres ou les propos les plus insignifiants s’échangent pour créer ou maintenir le lien social.

C’est pourquoi l’échange de cadeaux produit toujours autre chose que le simple intérêt. Le don crée l’obligation d’un contre don. Il crée une dette. C’est pour cela qu’on n’hésite pas à dépenser plus que l’autre.

Aussi l’échange moral, apparemment désintéressé, se ramène-t-il à la volonté de dominer le donataire. Et c’est pour cela qu’à la reconnaissance peut se mêler de l’ingratitude lorsqu’est senti que c’est la volonté de puissance plutôt que la charité qui préside au don.

Toutefois, si en échangeant on vise finalement à créer ou renforce les liens sociaux, on ne veut pas seulement dominer : on veut aussi être reconnu. N’est-ce pas là la raison fondamentale de l’échange ?

 

La fierté de l’artisan qui vend son produit peut être tout aussi importante que celle de l’artiste qui vend son œuvre. Certes, il pense à son intérêt. Mais à travers elle, il vise dans l’échange à être reconnu comme capable d’œuvrer.

C’est pourquoi lorsqu’il y a échange social, il ne peut être question de compter rigoureusement. Point de cette justice exacte de l’esprit de commerce analysé par Montesquieu dans De l’esprit des lois. Car, chacun pense être plus qu’un prix.

Aussi est-ce dans cette volonté de reconnaissance que réside la raison essentielle de l’échange. Lorsque nous donnons gratuitement, nous ne voulons pas être payés en retour. Mais nous voulons être reconnus dans notre générosité en tant qu’elle montre que nous ne sommes pas simplement des êtres de besoins, mais également des êtres capables d’actions libres, bref, des êtres ayant une dignité.

 

Les échanges prennent incontestablement une place importante dans la vie des hommes à tel point qu’ils paraissent indispensables. Or, on pourrait croire que c’est parce qu’ils nous permettent de satisfaire des besoins toujours plus nombreux que nous échangeons. Si c’est là une raison de l’échange, si nous échangeons aussi pour nous lier aux autres, nous échangeons avant tout pour être reconnus comme des êtres libres.

Commenter cet article