Sujet (terminales technologiques) : Qu'est-il raisonnable de croire ?

Publié le par Bégnana

Avoir peur du vendredi 13 ou au contraire croire que c’est un jour favorable montrent la crédulité des hommes. Comment le « vivant doué de raison » (Aristote, Politique, I, 1) peut-il croire en de telles superstitions ? Bref, il semble déraisonnable de croire.

Mais d’un autre côté, il n’est pas toujours possible d’examiner, voire de démontrer. Aussi parfois est-il impossible de faire autrement que de croire.

Aussi peut-on se demander ce qu’il est raisonnable de croire. Est-il raisonnable de ne rien croire ? Ou bien est-il raisonnable de laisser à la foi une place ? Ou bien est-ce qu’il est raisonnable à ce qui est conforme à la seule raison ?

 

L’attitude la plus raisonnable semble en effet de ne rien croire. En effet, ce qu’il est raisonnable de penser, c’est précisément ce qui appartient à la raison, c’est-à-dire à la faculté qui examine et cherche des preuves de ce qu’elle avance. Or, croire consiste à tenir pour vrai ce qu’on n’a aucune raison de tenir pour vrai par manque de preuves. Dans la mesure où je connais Perpignan, j’ai raison d’affirmer que cette ville existe. Mais puisque je n’ai aucune preuve qu’il fera beau demain, je n’ai aucune raison d’y croire. Je peux désirer qu’il fasse beau. Mais ma raison m’invite à ne pas suivre mon désir. Il est raisonnable de me contenter d’émettre des hypothèses, c’est-à-dire de ne tenir ni pour vrai ni pour faux ma pensée. Mais en rester aux hypothèses, n’est-ce pas se condamner à ne rien faire ?

Nullement. Il possible d’agir, même dans le doute. C’est ce qu’on fait lorsqu’on joue. On n’est jamais sûr de gagner. On peut donc ne rien croire et vivre. On remplace alors la croyance par des hypothèses. On les teste à la façon d’un scientifique. On est sûr alors de ne jamais être trompé ou d’adhérer à des idées farfelues.

Cependant, n’y a-t-il pas des domaines où la raison n’a aucune autorité et où il serait légitime de croire ?

 

En effet, la raison s’exerce là où il est possible de démontrer. Or, elle ne peut tout démontrer. Elle-même doit s’appuyer sur des premiers principes sans quoi elle ne pourrait jamais s’arrêter. Finalement, la raison doit croire en elle, en ses pouvoirs, sans quoi elle ne pourrait les mettre en œuvre. Elle tient sa foi en elle d’une autre source qu’elle-même.

En outre, la foi est une forme de croyance qui exclut toute preuve. On ne peut demander de preuve d’une amitié, car c’est montrer qu’on manque de confiance. C’est pour cela qu’on dit qu’on croit en quelqu’un. De même, la foi religieuse exclut toute preuve. C’est pourquoi à Saint Thomas qui disait qu’il ne croit que ce qu’il voit, le Christ qui se montra à lui ressuscité, rétorqua qu’il est préférable de croire sans voir selon l’Évangile de Jean (20, 24-29). La foi, c’est croire en quelqu’un, c’est lui faire confiance en l’absence de toutes preuves. Elle est au-delà de la raison.

Toutefois, si on croit de façon aveugle au motif que la raison est limitée, on risque de tomber dans l’incrédulité la plus absurde. Revient-il donc à la raison ou à la croyance de tracer les limites ?

 

C’est que si on fait de la croyance ce qui doit limiter la raison, il est clair qu’il n’y a rien de si absurde qu’il ne devient raisonnable de croire. Le moindre signe passera pour un motif de croire. C’est ainsi que les désirs humaines permettront de croire en tout. La foi sera aveugle. N’a-t-on pas vu des hommes d’Église refuser la thèse que la Terre tourne autour du Soleil parce que la Bible énonce que Dieu arrêta le Soleil pour Josué ? Galilée (1564-1642) ne fut-il pas forcé de jurer sur la Bible que la Terre est immobile (1633) ?

Aussi n’est-il raisonnable de croire que ce qui est compatible avec la raison. Ainsi en va-t-il du témoignage d’autrui lorsqu’il entre dans le domaine du possible. On croira les astronomes qui nous affirment avoir découvert une nouvelle planète. On peut même croire qu’il est possible qu’il y ait d’autres êtres vivants que nous sur d’autres planètes analogues à la terre. Par contre, croire qu’il y a parmi nous des extraterrestres qui se cachent relève du délire. On peut le définir ce qui n’est pas compatible avec les connaissances admises après examen. C’est pourquoi il est raisonnable de croire en la raison dans la mesure où elle peut remettre en cause ce qu’elle a admis jusque là.

 

Disons donc pour finir qu’au problème de savoir ce qu’il est raisonnable de croire on est tenté d’apporter une solution radicale : rien. Or, la raison n’est ni illimitée, ni infaillible. Aussi peut-on penser qu’elle doit être limitée par la foi. Néanmoins, c’est bien elle qui doit tracer les limites de ce qu’on peut croire sans quoi l’homme est balloté par la crédulité ou par ses désirs.

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