Sujet (terminales technologiques) : Qu'est-il raisonnable de croire ?

Publié le par Bégnana

Les Anciens lisaient dans les entrailles des animaux ou dans le vol des oiseaux les présages des Dieux. Il paraît tout à fait déraisonnable de croire que de tels faits soient vrais.

Plus généralement, il est raisonnable de ne rien admettre pour vrai sans preuve, bref, de ne pas croire.

Toutefois, nous n’attendons pas d’avoir des preuves pour avoir des amis ou pour admettre qu’un pays où nous ne sommes jamais allés existe.

On peut donc se demander ce qu’il est raisonnable de croire. Est-ce ce en quoi nous avons la foi ? Est-ce qui est susceptible d’être prouvé ? Est-ce finalement rien ?

 

La raison exige des preuves. Mais peut-elle exiger des preuves de tout ? Si elle le fait, alors, elle conduit immanquablement au scepticisme. Est-ce que je rêve ou non ? Ce que j’admets pour prouver n’est-il pas faux ? Or, on peut avec Pascal dans les Pensées soutenir que la vérité n’est pas seulement accessible à la raison, mais également au cœur. Autrement dit, nous connaissons immédiatement et par sentiment certaines vérités. Le cœur nous permet de savoir que nous ne rêvons pas. Nous ne pouvons le prouver. Par conséquent, nous le croyons légitimement. Les sciences elles-mêmes reposent sur des principes non démontrés et pourtant vrais : il s’agit encore de vérités du cœur. N’y a-t-il que les principes en lesquels on croit ?

Ce qui dépasse la raison, la foi, c’est-à-dire la confiance que l’on accorde à Dieu, a aussi pour source le cœur. Aussi est-il raisonnable de croire qui nous aimons. De la même manière que nous nous aimons souvent sans que la raison le justifie, qui aime Dieu est tout autant justifié.

Cependant, dire qu’il est raisonnable de croire qu’est vrai tout ce que nos sentiments nous incitent à affirmer est la porte ouverte aux croyances les plus délirantes et surtout les plus contradictoires. Elles ne peuvent être toutes vraies comme le soutient Épictète dans les Entretiens. Dès lors, est-il possible de définir ce qu’il est raisonnable de croire sans le prouver ?

 

Si on examine avant d’admettre et même si on examine mal, on ne peut parler de croyance qu’au sens large comme le fait Diderot dans l’Encyclopédie. C’est que la croyance au sens particulier consiste à admettre pour vrai ce qu’on n’a pas du tout examiné. Aussi, les simples sentiments ou les coutumes nous font croire ce qu’il n’est pas raisonnable de croire. Et il suffit pour rejeter de telles croyances de les examiner par la raison. Est-ce à dire qu’elle élimine toutes les croyances ?

En réalité, il nous faut bien faire confiance aux autres pour admettre des faits qui nous sont inaccessibles. Je ne puis être en même temps sur toute la surface de la Terre. Je vais donc croire que la Nouvelle Zélande existe en faisant confiance aux témoins. Pour cela, il faut et il suffit que l’objet de la croyance soit accessible à l’examen ou qu’il soit possible que tout homme puisse l’admettre.

Néanmoins, croire en ce qu’on n’a pas examiné, c’est accepter d’être trompé car, ce qui n’est pas contraire à la raison n’est pas nécessairement vrai. Dès lors, ne faut-il pas plutôt penser qu’il n’y a rien qu’il est raisonnable de croire ? Est-ce vivable ?

 

On peut faire confiance en quelqu’un sans croire ce qu’il dit de lui-même ou des choses parce qu’il peut se tromper. Faire confiance, c’est simplement penser que l’autre est capable de bien agir. C’est finalement une sorte de pari sur l’homme en général. Aussi puis-je avoir confiance en un ami sans le croire lorsqu’il me dit être le témoin d’un fait ou lorsqu’il m’assure qu’il m’aidera quoi qu’il arrive. Mais ne tombe pas ainsi dans une sorte de méfiance paralysante ?

La raison me conseille de douter de ce que je ne peux affirmer. Sans preuves, toutes mes pensées sont douteuses. Pour agir, pour vivre avec les autres, je puis tenir pour hypothétique, c’est-à-dire pour ni vrai ni faux, ce que je pense. À cette condition, il est possible de ne croire en rien, sans tomber dans une méfiance généralisée qui n’est rien d’autre qu’une croyance négative.

 

En un mot, le problème était de savoir ce qu’il est raisonnable de croire. Comme la raison ne peut tout démontrer, il semblait raisonnable d’accepter la foi et de croire qu’est vrai tout ce qu’elle nous propose. Or, cela conduit à se contredire. Croire que ce qui est conforme à la raison est vrai est meilleur mais encore insuffisant puisqu’il est toujours possible d’être trompé. Aussi, s’il est vrai qu’on peut faire confiance sans foi en pariant sur l’homme, il est raisonnable de toujours examiner et de ne pas croire en remplaçant toutes les croyances en hypothèses à examiner.

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