Sujet (terminales technologiques) : Quel enseignement peut-on recevoir de l'expérience ?

Publié le par Bégnana

Dans son laboratoire, le savant paraît scruter les secrets de la nature comme le vieillard peut donner des leçons à partir de son expérience. On pense donc généralement que l’expérience nous enseigne comment les choses sont. Cependant, il arrive qu’en s’appuyant sur l’expérience, les hommes se trompent. Longtemps, ils ont pensé que la Terre est immobile. Aussi peut-on se demander quel enseignement nous pouvons recevoir de l’expérience et de quelle expérience. L’expérience nous enseigne-t-elle l’universalité ? Celle-ci ne repose-t-elle pas sur l’habitude ? N’est-elle pas toujours hypothétique ?

 

 

L’expérience n’est pas la perception, mais une série de perceptions. Aussi permet-elle de connaître ce qui persiste et reste identique dans la perception. À chaque perception, j’élimine ce qui n’apparaît qu’une fois pour conserver ce qui se répète. C’est comme cela que j’ai l’expérience de la chose. Je sais ce qu’est une table par expérience, puisque je la reconnais qu’elle soit ronde ou carrée, bleue ou rouge, etc. Ainsi, en voyant apparaître progressivement des bateaux à l’horizon ou en constatant à force d’observation que les étoiles tournent autour de la Terre de façon circulaire, les hommes ont eu l’expérience d’une Terre sphérique [cf. Strabon (~58 av. J.-C.-~25 ap. J.-C.), Géographie, I, 20]. Scientifique ou commune, l’expérience nous enseigne ce que sont les choses.

Aussi l’expérience enseigne l’universalité qu’il y a dans les choses et non dans notre imagination. En effet, la répétition des perceptions me conduit à repérer les liaisons entre les phénomènes, c’est-à-dire ce qui apparaît. On peut donc dire avec Hegel que l’expérience contient des lois. Elles sont seulement celles d’une universalité de constat, jamais de la nécessité. L’expérience ne nous enseigne pas que les choses ne peuvent être autrement. Seule la raison pourrait nous l’enseigner.

Toutefois, une expérience peut remettre en cause cette supposée universalité. Dès lors cette universalité est-elle véritablement fondée ?

 

C’est l’habitude de voir les mêmes séries de faits qui conduit à juger que l’expérience nous permet de prédire le futur. En effet, sans elle, nous n’aurions aucune raison d’attendre qu’un fait se répète parce que des faits similaires ont eu cours. Car l’expérience nous présente les phénomènes des choses et non leurs pouvoirs internes qui nous sont inaccessibles comme Hume l’indique avec raison. Dès lors, rien ne nous assure que les choses n’ont pas en elles les ressources de produire autre chose que ce que nous avons constaté. Or, l’expérience même limitée est-elle rationnelle ?

Nullement. Cette habitude n’est pas rationnelle puisqu’elle repose sur l’induction, c’est-à-dire l’inférence du général à partir du particulier. Elle n’est pas une inférence valide. En effet, il peut toujours se faire qu’une exception se présente qui invalide le prétendu général. Aussi est-il toujours possible de se tromper. L’expérience ne nous enseigne rien d’autre que qu’une façon de vivre.

Néanmoins l’habitude elle-même repose sur l’expérience en ce sens que c’est elle qui fait que nous avons des habitudes. L’expérience, et laquelle, n’apporte-t-elle pas un enseignement négatif ?

 

Une expérience se fait toujours par rapport à un horizon d’attente qui la rend possible. C’est cet horizon d’attente qui donne son sens à l’expérience. C’est qu’on ne peut rien observer ou tirer la moindre leçon de ce qu’on vit si on n’a pas une idée de ce qu’on veut mettre en question. C’est pourquoi la pure habitude n’enseigne rien. Au contraire, elle est un obstacle. Elle est simplement l’expérience commune.

L’expérience ne peut proposer un enseignement que si et seulement si on se dispose à en faire un usage critique. Tel est le sens de son enseignement. L’expérience commune n’enseigne rien à proprement parler. Seule l’expérience scientifique enseigne quelque chose. Elle consiste à réfléchir par avance à ce qu’on veut savoir et à construire l’observation ou l’expérimentation de telle sorte qu’elle puisse répondre à la question qu’on pose à la nature. C’est ainsi qu’il a fallu imaginer le phénomène de la parallaxe stellaire pour que son observation serve de preuve au mouvement de la Terre, c’est-à-dire contredire ce qui semblait l’expérience commune de l’humanité.

 

 

Pour finir, le problème était donc de savoir quel enseignement nous pouvons recevoir de l’expérience. Cet enseignement porte sur l’universalité. Mais il ne résulte pas de l’induction et donc de l’habitude. Il est essentiellement critique, c’est-à-dire qu’il consiste à rectifier les erreurs. Pour ce faire, l’expérience qui nous enseigne quelque chose est celle qu’on construit pour apprendre quelque chose de la réalité.

 

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