Sujet (terminales technologiques) : Savoir, est-ce voir ?

Publié le par Bégnana

On sait que lorsque (saint) Thomas refusa de croire que le Christ était ressuscité parce qu’il ne l’avait pas vu, ce dernier se montra à lui tout en lui signifiant qu’il est préférable de croire sans voir (La Bible, Évangile de Jean). N’est-ce pas que savoir, c’est voir ?

En effet, sans expérience, ce que signifie métaphoriquement voir, le savoir paraît vide.

Toutefois, le simple fait de voir ou la simple expérience paraît insuffisante car il est toujours possible de se tromper.

Dès lors, est-ce que savoir, c’est voir ou est-ce plus ?

 

 

Voir, ce n’est pas seulement utiliser un de ses sens, c’est de façon plus générale, percevoir. C’est que la vue est le sens le plus utilisé. Or, la simple perception n’est pas suffisante pour savoir. Il faut s’élever au général pour le faire. C’est à la condition de retenir ce qu’il y a d’identique dans une multiplicité de perceptions, c’est-à-dire de faire une expérience qu’il est possible de savoir comment une chose est. À l’inverse, il n’est pas possible de savoir sans voir car c’est par l’expérience que nous connaissons les choses qui nous extérieures.

Mais ce savoir est limité. Comme Hegel en fait la juste remarque dans sa Propédeutique philosophique si l’expérience nous fait connaître comment sont les choses, elle ne nous explique pas le pourquoi. C’est pour cela que savoir, c’est chercher pourquoi. Par exemple, je vois que les corps tombent. Par contre, le physicien tentera d’expliquer pourquoi il tombe, par exemple en concevant l’attraction universelle.

Néanmoins, il faut bien que l’expérience valide toujours le savoir sur les faits. Dès lors, savoir n’est-ce pas seulement voir ?

 

Il est clair en effet que sans perception, mais surtout sans expérience, nous ne pourrions rien savoir de la réalité extérieure. Prenons avec Hume comme cas le billard. Le joueur s’attend à ce que son coup produise un certain effet. Logiquement, il est clair qu’il y a de multiples possibilités. C’est l’expérience qui lui permet de savoir ce qui se passera ou ce qui pourrait se passer. Autrement dit, savoir, c’est voir, mais parce qu’on a vu.

On peut donc avec Hume faire remarquer que toute prévision qui semble dépasser l’expérience repose en réalité sur l’expérience entendue comme habitude, c’est-à-dire comme répétition des mêmes séries de faits. Car c’est elle qui crée en nous l’idée de causalité par laquelle nous faisons des prédictions. Il en va de même pour la connaissance historique. Nous n’avons pas vu Jules César assassiné. Mais nous pouvons admettre la vérité des documents parce que l’expérience nous montre la possibilité de l’assassinat des hommes.

Néanmoins, ce n’est pas parce qu’on a toujours vu quelque chose qu’on sait ce qu’il en est de la chose. Ce qui s’est répété peut être faux. Dès lors, n’y a-t-il pas autre chose dans le savoir que le simple acte de voir, même répété ?

 

Il arrive souvent que ce qu’on voit ne soit pas telle que la chose est. Et pourtant, il n’y a de savoir des choses que si et seulement si on voit quelque chose. Le savant doit en passer par l’expérience. Seulement, l’expérience scientifique n’est pas l’expérience commune. Celle-ci comme Bachelard le note dans La formation de l’esprit scientifique est platement vraie. Par exemple, je vois que des choses se meuvent sur terre mais non la terre. L’expérience commune me montre une terre immobile. Mais elle ne me permet pas de savoir car elle ne vise pas à répondre à une question. Savoir n’est pas voir si voir est l’expérience commune.

Savoir n’est pas simplement voir non plus si on s’en tient à l’expérience scientifique. C’est qu’elle est la réponse à une question. C’est pour cela qu’elle est une erreur rectifiée. Lorsque Galilée (1564-1642) imagine l’expérience d’un bateau qui voguerait d’un mouvement uniforme sur l’eau et sur lequel un objet tomberait parallèlement au mat comme si le bateau était immobile, il propose une expérience qui contredit l’expérience commune et qui montre que le mouvement de la terre est possible. Savoir, c’est donc refuser de voir ce qu’on a toujours vu.

 

 

En un mot, savoir, est-ce voir ou est-ce autre chose : tel était le problème. Apparemment savoir, c’est aller plus loin que ce qu’on voit. Toutefois, il faut bien en venir toujours à ce qu’on voit, c’est-à-dire à l’expérience. Mais la simple expérience commune n’est pas un savoir. C’est pour cela que savoir n’est jamais voir ce qu’on a vu mais plutôt c’est voir ce qu’on n’a jamais vu jusque là.

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