Sujet (terminales technologiques) : texte de Pascal Notre vérité est bonne à entendre

Publié le par Bégnana

C’est sans doute un mal que d’être plein de défauts ; mais c’est encore un plus grand mal d’en être plein et de ne les vouloir pas reconnaître, puisque c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. Nous ne voulons pas que les autres nous trompent ; nous ne trouvons pas juste qu’ils veuillent être estimés de nous plus qu’ils ne méritent : il n’est donc pas juste aussi que nous les trompions et que nous voulions qu’ils nous estiment plus que nous le méritons.

Ainsi, lorsqu’ils ne découvrent que des imperfections et des vices que nous avons en effet, il est visible qu’ils ne nous font point de tort, puisque ce ne sont pas eux qui en sont cause ; et qu’ils nous font un bien, puisqu’ils nous aident à nous délivrer d’un mal, qui est l’ignorance de ces imperfections. Nous ne devons pas être fâchés qu’ils les connaissent, et qu’ils nous méprisent : étant juste et qu’ils nous connaissent pour ce que nous sommes, et qu’ils nous méprisent, si nous sommes méprisables.

Pascal

 

Pour expliquer ce texte, vous répondrez aux questions suivantes, qui sont destinées principalement à guider votre rédaction. Elles ne sont pas indépendantes les unes des autres et demandent que le texte soit d’abord étudié dans son ensemble.

 

Questions

1. Dégagez l’idée principale et les étapes de l’argumentation.

2. Expliquez : a) « ... c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. » ; b) « Ils nous font un bien, puisqu’ils nous aident à nous délivrer d’un mal. »

3. La vérité est-elle toujours un bien ?

 

[Ce texte est extrait de l’ouvrage posthume de Blaise Pascal, Pensées, B 100, L 978]

 

Corrigé

 

Il nous arrive souvent d’être blessé par ce que les autres disent de nous, voire ce que nous apprenons qu’ils disent de nous. Or, il n’est pas impossible que leur jugement soit vrai. Dès lors, ce jugement nous est-il bénéfique ?

Dans ce texte, Pascal soutient la thèse qu’il nous faut accepter que les autres nous jugent mal, voire qu’ils nous méprisent si nous le méritons.

L’auteur admet ainsi que la vérité est toujours un bien. Or, on peut émettre l’hypothèse qu’il est peut-être parfois préférable d’être dans l’illusion pour ne pas voir la dure réalité.

 

Pascal commence par énoncer ce qui est un mal pour un individu, à savoir être plein de défauts, c’est-à-dire d’en avoir beaucoup. On entend par là l’absence de certaines qualités physiques ou morales qu’on est censé posséder. Ce n’est pas un défaut pour une pierre de ne pas voir ou pour un lion de dévorer tout cru un lionceau car une pierre ne peut voir et un lion ne sait pas ce qui est bien ou mal. Les défauts moraux consistent donc en ce qu’on fait le mal qu’on sait ne pas devoir faire.

Pascal ajoute qu’il y a un mal supplémentaire possible qui consiste à ne pas reconnaître les défauts qui sont les nôtres. Il explique ce mal en disant que « ... c’est y ajouter encore celui d’une illusion volontaire. » Qu’entendre par là ? En effet, une illusion volontaire semble une contradiction dans les termes. Car une illusion est une sorte d’erreur et si je veux m’illusionner, comment ne saurais-je pas que c’est moi qui le veux ? Aussi chercher à s’illusionner semble impliquer de ne pas pouvoir le faire. Cependant, il est possible de ne pas vouloir regarder la vérité en se détournant et en voulant autre chose. C’est ce qui se passe lorsque nous pensons à tout autre chose qu’à nous-mêmes. C’est ainsi que l’illusion volontaire est possible. Qu’est-elle ici ?

Elle consiste à ne pas vouloir accepter de reconnaître nos propres défauts. Or, la reconnaissance c’est accepter ce que quelqu’un nous dit ou nous montre quelque chose nous concernant. Il suffit donc pour ne pas voir ses propres défauts de refuser ce que les autres nous disent. Et l’on peut penser que celui qui nous dit quelque chose de négatif nous concernant, c’est-à-dire qui prétend voir en nous un défaut nous veut en réalité du mal. Or, énoncer à quelqu’un un défaut qu’il a, n’est-ce pas une façon de le blesser ? N’est-ce pas un mal que la vérité en ce cas ? L’illusion n’est-elle préférable ?

 

Pascal précise pourquoi ce n’est pas un mal que d’entendre notre fait par les autres. Il donne comme premier argument que nous ne voulons pas que les autres nous trompent. C’est qu’en effet, personne ne paraît vouloir que les autres délibérément l’induisent en erreur. Reste le cas que Pascal lui-même à indiquer : nous nous faisons des illusions volontaires. Que les autres nous trompent sur nous n’est-il pas justement ce que nous voulons ?

Aussi propose-t-il comme second argument que nous-mêmes trouvons injustes que les autres nous trompent sur eux-mêmes en s’estimant meilleurs qu’ils ne sont. Dans ce cas, il est vrai qu’ils ne se montrent pas tels qu’ils sont. Mais en quoi est-ce injustes ? En quoi suis-je lésé ? Je puis l’être indirectement si l’autre me trompe par sa bonne apparence, dans un contrat par exemple. Aussi le suis-je de façon plus générale dans la mesure où me tromper sur ce qu’il est, c’est finalement avoir de ce défaut qu’est l’orgueil qui implique de prétendre à plus qu’on a le droit : telle est l’injustice. C’est en ce sens que la vérité apparaît comme un bien puisque son contraire est un mal ou est injuste comme on voudra dire.

Pascal en déduit que nous devons penser qu’il est tout aussi injuste que nous paraissions à leurs yeux meilleurs que nous sommes. Tel est le cas si, ne découvrant pas nos défauts, nous nous montrons avec des qualités fictives.

Reste néanmoins à savoir si les autres nous font du bien en nous disant la vérité sur nous-mêmes.

 

Pascal en déduit que nous ne devons en aucun cas être fâchés que les autres nous disent nos défauts. N’est-ce pas pourtant nous blesser ? La vérité dès lors n’est-elle pas un mal lorsqu’elle est l’expression de nos défauts ?

Pascal prend soin d’indiquer qu’il se place dans la condition où les défauts que les autres nous découvrent sont bien les nôtres. Il écarte donc explicitement l’erreur. Ses défauts sont physiques ou intellectuels, les imperfections, ou moraux, les vices. Il énonce comme raison que les autres n’étant pas responsables de ce que nous sommes, il faut en déduire qu’ils ne nous font aucun tort par l’énoncé de ce que nous sommes. Autrement dit, ils ne nous font aucun mal. On dira qu’ils nous blessent, que la vérité est dure à entendre, etc. Mais la blessure n’est pas un tort en elle-même de la même façon que le chirurgien qui ouvre un ventre ne fait pas de tort à son patient. C’est la blessure faite avec l’intention de nuire qui est un mal véritable.

Aussi Pascal en vient-il à un aspect important pour sa thèse, à savoir que c’est au contraire un bien qu’ils nous font. La raison qu’il avance est qu’ils nous ôtent ainsi un mal, précisément celui qu’il avait analysé dans le premier paragraphe de cet extrait. Ce qui est obscur, c’est qu’ils puissent écrire : « Ils nous font un bien, puisqu’ils nous aident à nous délivrer d’un mal. » C’est qu’en effet, si délivrer d’un mal en général est un bien, en quoi le fait qu’un autre me dise mes imperfections et mes vices m’aide à me délivrer du mal. C’est que si je suis dans une illusion volontaire, je n’aurais aucune envie d’en sortir. Dès lors, la réaction à un jugement vrai sur mes défauts sera justement de le percevoir comme un mal. Est-ce illégitime ?

On comprend clairement que Pascal dans l’apparente neutralité de la conséquence qu’il infère selon laquelle les hommes n’ont pas à se fâcher, critique en réalité le fait qu’ils le fassent. En effet, si les hommes n’ont pas à sa fâcher, Pascal en donne les raisons suivantes. Ceux qui les jugent les méprisent, c’est-à-dire leur donnent une valeur morale inférieure qui correspond à leur être. Aussi est-ce juste. Il ne faut donc pas que les hommes méprisés se fâchent, c’est-à-dire éprouvent un sentiment de colère dû au sentiment d’injustice. C’est en ce sens que la vérité demeure un bien en ce sens moral que le jugement des autres est mérité.

 

Ainsi le problème dont il est question dans ce texte de Pascal consiste à savoir si la vérité est un bien, plus précisément si la vérité nous concernant est un bien. On peut répondre positivement dans la mesure où Pascal montre en quoi il est mal immoralement de vouloir se tromper sur soi-même et donc de vouloir tromper les autres. C’est donc un bien qu’ils nous assènent notre vérité quelque désagréable qu’elle paraisse.

Ce qui resterait à déterminer c’est si les autres peuvent vraiment savoir la vérité sur nous.

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