T L 2011 2012 Archives du cours 3

Publié le par Bégnana

§ 3. L’idée du savoir absolu.

1) Le mythe ou l’allégorie de la caverne.

Une allégorie est une image qui rend sensible quelque chose qui ne peut l’être, qui rend visible l’invisible. Par exemple, l’allégorie de la mort est la faucheuse. La mort – non le cadavre – et surtout ma mort, est invisible.

Socrate, ici porte parole de Platon, dialogue avec Glaucon (qui était un frère de Platon).

Le thème de l’allégorie est la païdeïa qu’on peut traduire par « instruction », « formation », « éducation » ou « culture ».

a) L’ignorance, l’opinion et le savoir.

Dans leur caverne, les hommes sont ignorants mais ne le savent pas. C’est la situation initiale.

Ils voient des ombres mais non comme ombres. Ils sont dans l’opinion. Elle est le contenu de l’ignorance. L’opinion porte sur les objets mais également sur les hommes qui s’ignorent eux-mêmes et les autres. Il leur manque la culture, le savoir. Ils vivent dans l’apparence. Leur ignorance consiste donc à prendre ce qui apparaît pour ce qui est réel.

(le terme « fantôme » comme « fantaisie », « phantasme », etc. provient d’un terme grec qui désigne « l’image ».

b) La libération.

Un prisonnier est libéré. Il est ébloui par la lumière du feu. Donc, il ne saisit pas les objets plus réels qu’on lui présente. Il regrette son état précédant. Autrement dit, les hommes préfèrent ce qui les rend esclaves.

c) L’image du savoir absolu.

On arrache le prisonnier hors de la caverne, on le traîne. Bref, la culture est « violente ». C’est l’image de l’éducation philosophique. Hors de la caverne, il voit progressivement les réalités supérieures puis la source de toute visibilité. Son savoir s’arrête à partir du moment où la source qui permet de comprendre qu’il ne connaissait que des ombres est connue.

Référence culturelle grecque à l’Odyssée d’Homère (chant XI). Concernant le savoir qui régnait dans la caverne qui consistait à voir plus ou moins les suites d’ombres, le prisonnier ne le regrette pas à l’instar d’Achille qui, interrogé par Ulysse dans le royaume des morts, préférerait est le dernier des inconnus plutôt qu’être un héros mort.

d) La caverne : le retour.

L’homme libéré retourne dans la caverne. Il faut comprendre que qui a accédé à la culture veut la faire partager. Le savoir libère et implique l’obligation de libérer les autres.

Mais ébloui, l’homme libéré se montre incapable de bien discerner les ombres, bref, il paraît ignorant du point de vue de la « sagesse » de la caverne. Le poème de Baudelaire des Fleurs du Mal, L’albatros, reprend ce schéma platonicien. Ces anciens compagnons en déduisent que sortir de la caverne est une mauvaise chose. Ils sont susceptibles de le tuer. L’homme libéré représente clairement Socrate.

Platon lui-même donne une interprétation. Il fait allusion au livre VI de La République.

 

2) Métaphysique.

Platon ignorait ce mot. Même si c’est le titre d’un ouvrage d’Aristote, il ignorait également ce mot.

Le terme (qui date du 1er siècle av. J.-C.) désigne selon l’étymologie traditionnelle un au-delà de la physique. Au xvii° siècle le mot « surnaturel » en est un synonyme. En réalité, c’est un terme classificatoire pour les œuvres d’Aristote, celle « après la physique » (grec : « meta ta phusica »). Par exemple, dans ces écrits il y a des considérations sur « Dieu » (grec : « théos » d’où « théologie »). On peut voir dans l’allégorie de la caverne de la métaphysique.

 

 

a) Monde sensible et monde intelligible. (517 b-c)

La caverne, c’est le monde que nous percevons par nos sens (vue, ouïe, odorat, toucher, goût). Chaque sens découvre certaines qualités, les couleurs et les figures pour la vue, les sons pour l’ouïe, les odeurs pour l’odorat, les qualités tactiles – lisse, soyeux, etc. – pour le toucher, les goûts – amer, acide, sucré – pour le goût. C’est ce qu’on nomme le monde sensible.

Le monde intelligible désigne les objets réels qu’on ne peut que concevoir, qu’on ne peut percevoir.

L’idée du Bien, c’est le soleil de l’allégorie. Elle dispense la vérité et l’intelligence. C’est la source du savoir.

Celui qui la connaît peut se conduire avec sagesse dans la vie privée et dans la vie publique.

La vie publique c’est la politique, c’est-à-dire ce qui est fait en commun par des citoyens. L’entité est la Cité ou l’État ou la Cité-État.

La vie privée doit être distinguée de l’intime qui ne concerne que l’individu. C’est ce qui concerne les relations de la famille, avec les amis, etc. C’est le domaine de la morale (grec : éthique), c’est-à-dire de la réflexion sur les fins dernières.

 

b) La culture comme éducation. (517c-518d)

On entend souvent par « culture » l’ensemble des manières de vivre, les mœurs, les croyances religieuses, etc. qui sont propres à un groupe. En ce sens, il y a plusieurs cultures. Chacune est légitime. La culture en ce sens se transmet par imitation.

Platon récuse l’idée que le savoir se transmette. Dès lors, l’éducation, la païdéïa est une conversion (la philosophie précède la religion chrétienne pour cette notion). La conversion consiste à tourner son regard dans une autre direction : se détourner du monde sensible en direction du monde intelligible.

 

Publié dans Lycée Rosa Luxemburg

Commenter cet article