T L 2011 2012 Archives du cours 8

Publié le par Bégnana

§ 8. La perception comme association des idées (empirisme).

C’est essentiellement à travers le philosophe Hume, philosophe des lumières écossaises, qui connut ses homologues français – il a recueilli un temps Rousseau lors de sa fuite – que l’empirisme va être examiné.

1) Impressions et idées.

Dans l’Enquête sur l’entendement humain (1748), Hume commence par relever l’apparente capacité de l’esprit humain à concevoir tout ce qui lui plaît, sauf ce qui implique une absolue contradiction. Soit “A” un terme, une contradiction absolue consisterait à tenter d’affirmer “A et non A”. Soit A et B deux termes liés dans une proposition comprenant un sujet et un prédicat, “« Tout A est B » et « Quelque A n’est pas B »” est une contradiction absolue. Autrement dit, pour penser, il faut respecter le principe de non contradiction selon lequel il n’est pas possible que “A et non A”. Tout ce qui implique une absolue contradiction n’est pas concevable. Par exemple : « Une mouche qui jongle avec un troupeau de vaches » n’est pas une absolue contradiction. C’est concevable même si c’est physiquement (empiriquement) impossible.

Hume concède (« bien que », locution conjonctive suivie du subjonctif – à préférer à “malgré que”, exprime la concession) en apparence que l’imagination semble illimitée.

Il le nie. En effet, elle repose sur les sens et l’expérience. Soit l’exemple qu’il donne de la “montagne d’or”. Nous lions “montagne” et “or” que les sens et l’expérience nous font connaître séparément.

Outre la composition comme procédé pour imaginer ce qui semble différent des sens et de l’expérience, il y a la transposition (soit la métaphore en grec).

À partir de ce que propose Hume, on peut faire remarquer que lorsque nous utilisons des objets, nous sommes amenés à les considérer comme identiques. C’est ce qui nous donne l’idée de substance. Lorsqu’on l’applique à soi-même, n’est-ce pas une transposition ?

On comprend la divinisation de la nature chez les anciens. C’est une personnification. La métonymie, la synecdoque sont des figures de la transposition. La métonymie consiste à désigner un objet (violoncelliste) par le nom d’un autre objet (violoncelle), les deux ayant un lien habituel qui permet à l’un d’évoquer l’autre et qui donne un sens au message. C’est selon la nature du lien habituel qu’on distingue les différents types de métonymie. Liens de causalité : métonymies de la cause, de l’effet, de l’instrument, de l’organe (c’est un cerveau). Liens de contiguïté : métonymies du contenant (prendre un verre), du vêtement (la toge), du lieu (un foyer). Lien du symbolisme : la croix, le croissant. La synecdoque se distingue de la métonymie en ce que les objets sont entre eux dans un rapport de nécessité. Dire foyer pour famille est une métonymie ; dire cent têtes pour cent personnes est une synecdoque car la tête appartient à une personne. Elle peut signifier le tout par la partie (« l’épi sauvera le franc » pour « l’agriculture sauvera la monnaie »). Avec elle, l’un des deux objets ne peut exister sans l’autre.

Une idée qu’on forge par accroissement est l’idée de dieu.

On distingue les dieux des religions polythéistes, du dieu des religions monothéistes.

Par exemple, Zeus, a un corps d’homme. C’est une représentation anthropomorphique (= qui a la forme humaine) de la divinité. Il est immortel. La durée de vie des dieux est indéfinie. Les dieux polythéistes sont immortels alors que le dieu des monothéismes est éternel. Ils vivent toujours mais pas depuis toujours. Ils vivent dans le temps et non hors du temps. Par exemple Hésiode a écrit une Théogonie, une naissance des dieux.

Remarque. Dans la zone occidentale, il y a trois religions monothéistes : le judaïsme, le christianisme, l’islam.

Le dieu dans le monothéisme est créateur. Il est éternel. Il n’est pas un homme puisqu’il le crée. Il est omnipotent, c’est-à-dire qu’il est doué d’une puissance absolue. Il est omniscient, c’est-à-dire qu’il sait tout. Il est absolument bon.

(L’omnipotence de Dieu et son absolue bonté sont la cible de Voltaire [1694-1778] dans son conte philosophique de 1759, Candide).

Le judaïsme.

C’est le monothéisme le plus ancien du monde occidental. On peut estimer qu’il apparaît au moins au v° siècle av. J.-C. Ses éléments sont :

·      Un dieu unique et créateur

·      L’homme (mâle et femelle) est la créature qu’il fait à son image. Il l’installe dans un jardin qu’il a à cultiver et où il lui interdit de manger du fruit de l’arbre de la connaissance du bien et du mal.

·      L’homme pèche. Il est condamné à souffrir en travaillant, la femme à souffrir lors de l’accouchement.

·      C’est un messianisme, c’est-à-dire qu’un homme qui doit venir pour que règne la paix et le bonheur.

·      C’est un universalisme. À la fin des temps, tous les hommes deviendront juifs (aussi n’est-il pas nécessaire de les convertir ici et maintenant).

·      La Bible juive comprend pour partie l’Ancien Testament.

Le christianisme.

Il apparaît au début de notre ère.

Jésus de Nazareth est le messie annoncé avec cette différence qu’il est Dieu qui se fait homme, le fils de Dieu, pour prendre sur lui les péchés des hommes, se sacrifier et ressusciter : c’est la Passion.

Le christianisme pense une fin du monde, apocalypse (en grec, apocalupsis signifie révélation.)

Le péché est interprété par Augustin, notamment dans la Cité de Dieu, comme étant lié au sexe. L’homme ayant désobéi à Dieu, une partie de lui-même lui désobéit dorénavant. La volonté avant le péché suffisait, il n’y avait pas de désir (ou concupiscence).

Le christianisme a comme texte sacré la Bible qui comprend l’Ancien Testament et le Nouveau Testament, écrit en grec. La diversité des langues n’est pas un obstacle dans la mesure où les apôtres ont le don des langues, c’est-à-dire que Dieu leur a permis de parler dans toutes les langues.

L’islam.

C’est également un monothéisme.

Mohamed (ou Mahomet) est le dernier prophète. Abraham, Moïse, Jésus etc. sont des prophètes pour l’islam.

Le dernier prophète corrige les erreurs (judaïsme, christianisme) faite sur la révélation de Dieu.

Le livre sacré est le Coran, écrit en arabe.

Pour Hume, les caractères de l’idée de Dieu ne sont rien d’autres que l’expérience des facultés humaines augmentées. Ce sont donc des qualités empiriques (= relatives à l’expérience – rien à voir avec empire donc l’adjectif est impérial, par exemple, un régime impérial). Bref, l’idée de Dieu est un produit de l’imagination humaine.

Autre procédé, la diminution. Par exemple, l’idée d’atome qui signifie étymologiquement « insécable » et qui était défendue par Épicure comme étant la plus petite partie de matière possible.

Hume distingue deux types de perceptions, à savoir les perceptions les plus vives qu’il nomme les impressions. Ce sont les perceptions premières et elles sont la condition des secondes, à savoir des idées qui sont les copies des premières directement ou indirectement. C’est pourquoi il écrit qu’elles sont « plus faibles ».

Les procédés de copies indirectes sont la composition, la transposition, l’accroissement et la diminution.

2) L’association des idées, similitude, contigüité, causalité.

(Vocabulaire.

Sagacité : se dit d’une intelligence rapide qui saisit rapidement et précisément ce qu’il y a à comprendre.

Témérité : se dit du fait d’affronter sans peur un danger qu’on ne connaît pas et qui n’est pas une vertu comme le courage.

Concomitant : se dit de ce qui apparaît en même temps ou juste après quelque chose d’autre. Par exemple l’éclair et le tonnerre sont concomitants.)

C’est l’association des idées qui permet de rendre compte de la constitution des objets.

La similitude permet de ranger nos impressions en classes ou ensembles. Par exemple, on rangera tous les rouges dans la classe rouge parce qu’ils se ressemblent.

La contiguïté. Elle peut être spatiale. Par exemple les yeux, le nez, la bouche d’un visage se retrouvent toujours ensembles. Une bouche ne rentre jamais seule dans une pièce. Elle peut être temporelle. Les yeux qui s’ouvrent et se ferment forment une suite qui se répète.

Hume se sert dans la similitude et de la contiguïté pour analyser la liaison entre les mots et ce qu’ils signifient. Quand j’entends « rouge », je l’associe à la couleur perçue, plus exactement à la classe des rouges qui sont similaires. Des impressions différentes quant aux sens qui les rendent possibles peuvent être associées, par exemple ma voix, mon prénom, mon visage. L’association entre des prénoms et des impressions est involontaire. Par exemple qu’Archibald est un prénom démodé.

C’est la causalité qui est l’association des idées la plus fondamentale dans la conception de Hume.

Elle présuppose la similitude et la contiguïté. Mais elle implique une anticipation. Celle-ci ne montre-t-elle pas un acte de l’entendement ?

Dans l’Enquête sur l’entendement humain, Hume montre en quoi la causalité ne repose pas sur la raison ou entendement qu’on peut ici ne pas distinguer.

Hume commence par noter que lorsqu’un objet naturel se présente pour la première fois, on ne peut pas savoir ce qui va en résulter (par naturel on n’entendra pas ce qui est indépendant de l’homme ou de l’intervention humaine car respirer est naturel et le yoga est un art de la respiration ; on entendre ce qui se distingue du surnaturel et de l’artificiel, c’est-à-dire d’une part ce qui implique une foi comme la croyance en Afrique de l’ouest aux sorciers qui se transforment en animaux la nuit et d’autre part à ce qui appartient à l’art, c’est-à-dire à un savoir-faire comme la danse ; l’objet artificiel doit être entretenu et a une durée de vie limitée comme les peintures pariétales de Lascaux qui s’usent depuis la découverte de la grotte ; artificiel qu’il faut distinguer de ce qui imite la nature comme les jardins à l’anglaise ; bref le naturel est ce qui se produit en l’homme ou hors de l’homme sans savoir-faire ou entretien).

Or, nous conjecturons, c’est-à-dire émettons des hypothèses ou suppositions sur ce qui va se produire, voire nous faisons des prévisions ou prédictions fermes. Comment est-ce possible ?

Ce que Hume nie, c’est que ce soit notre intellect qui nous permet de prévoir. Il n’y a de prévision que lorsqu’il y a eu répétition des mêmes séries de faits. Aussi la prévision ne repose pas sur le raisonnement (même s’il peut lui arriver d’y contribuer) mais sur l’habitude.

C’est elle qui fait l’essence de l’expérience qui est donc rendue possible par la répétition.

Cette répétition crée d’abord l’habitude de s’attendre à des répétitions : telle est l’essence de notre idée de la causalité. Elle n’est donc pas du tout selon Hume le fruit de la raison.

Dès lors, la composition des objets ne vient pas de la raison, car il n’est pas contradictoire que tel objet soit remplacé par tel autre. C’est donc l’habitude qui les constitue.

Qu’en est-il donc du moi ?

3) Le moi empirique.

Dans le Traité de la nature humaine (1739-1740) qui est son premier ouvrage philosophique, Hume propose une analyse du moi qu’il ne reprendra pas ultérieurement. L’ouvrage n’ayant pas eu de succès, il le réécrira sous d’autres formes dans l’Enquête sur l’entendement humain et l’Enquête sur les principes de la morale.

Il s’oppose sans les nommer à tous les philosophes qui, comme Descartes, soutiennent une certaine idée du moi. Selon eux, le moi est connu par la conscience intime, c’est-à-dire qui est propre à la personne concernée (l’intime s’oppose au public mais doit être distingué du privé, les relations entre membres de la famille sont privées mais ne sont pas intimes puisqu’elles sont susceptibles d’être sues par les autres). Ce moi serait une évidence, c’est-à-dire serait une vérité (cf. § 4), serait identique à lui-même quoi que je fasse ou que je devienne et simple, c’est-à-dire non composé.

Hume oppose ironiquement sa propre conscience, sans prétendre que sa conscience soit celle de tous. En effet, dire que le moi est connu par une conscience intime est en un sens irréfutable. Ce qui l’est, c’est d’affirmer qu’elle est la même chez tous. Par conséquent, en disant la mienne est différente, Hume réfute la thèse dans sa prétention à valoir universellement.

Sa propre conscience ne lui donne qu’une diversité de perceptions. Il donne des exemples relatifs au toucher (chaud/froid), à la vue (lumière/ombre), aux passions (amour/haine), aux sentiments (douleur/plaisir). Ce qui implique que la conscience de soi n’est pas indépendante des autres perceptions. Toute réflexion trouve donc une diversité de perceptions toutes particulières. Par exemple, la perception du froid ne peut pas être séparée de la perception de moi. Aussi penser à soi tout seul est proprement incompréhensible d’après Hume. Il critique l’idée de Descartes selon laquelle le moi est une « chose qui pense ». En disant que dans un « sommeil tranquille », c’est-à-dire sans rêve, « je n’existe pas », il nie le premier principe de la seconde des Méditations métaphysiques de Descartes. Du point de vue de la religion, il laisse entendre qu’il n’y a donc aucune raison métaphysique pour penser que l’âme est immortelle, ce qui était un dogme de la religion anglicane et des autres formes de protestantismes en Angleterre à son époque. Voilà un motif pour ne pas publier à nouveau une idée « dangereuse ».

Dès lors, le moi est liée à une série de perception et n’en est pas indépendant. Le moi pur est une fiction, autrement dit une représentation imaginaire. À la question qui suis-je ? Hume répondrait une fiction si par « moi »ou « je » j’entends la conscience d’un être unique, indépendant, simple et toujours identique à soi-même.

Nous n’avons donc qu’un moi empirique, c’est-à-dire ce qui se constitue dans la multiplicité des expériences vécues, des perceptions externes ou internes (amour). Notre moi n’est pas simple puisqu’il est composé de toutes nos expériences. Il n’est pas non plus identique à lui-même. C’est en quelque sorte un moi objet.

En résumé, la thèse empiriste est que la perception se fait dans le sujet indépendamment de lui et qui le constitue. Passive, toute perception repose sur les impressions et leur combinaison qui sont indépendantes du sujet mais repose sur l’habitude qui se crée dans le sujet. Quant au moi lui-même, il n’est rien d’autres que cette série de séries singulières d’expériences qui constitue chaque sujet.

Or, on peut faire remarquer que l’association des idées ne peut être absolument automatique. Par exemple, la similitude ou ressemblance implique que je distingue les points communs des différences. Il faut donc un point de vue de l’esprit.

Dès lors comment comprendre la perception si elle n’est ni totalement passive, ni intellectuelle ?

Publié dans Lycée Rosa Luxemburg

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