TL 2011 2012 Archives du cours 2

Publié le par Bégnana

§ 2. Socrate ou la figure du philosophe.

La question qu’est-ce que la philosophie enveloppe une difficulté logique, un cercle. Comment sans la connaître la définir ? On partira donc du mot et on cherchera dans l’histoire un point d’appui. On remontera donc à l’origine qui est grecque.

 

1) Les mots « philosophe », « philosophie ».

« Amour de la sagesse » est une étymologie très approximative, voire fausse. La raison en est que le terme grec pour « amour » est « éros ».

Le grec « philosophia » est composé de deux termes : « philos » signifie « ami ».

Il y a cinq sens des termes grecs « sophia » (et donc « sophos »( : sagesse, savoir, compétence, habileté, ruse.

Avec « philos » l’ami, celui qui porte un intérêt, le grec permet de composer des mots divers. Par exemple « philo-posia » qui aime la boisson. Dans Hérodote, Histoire, I, 30, Solon est philosophe car il aime voyager.

 

2) L’apologie de Socrate.

Platon écrit le discours qu’aurait tenu Socrate le jour de son procès. Accusé d’impiété et de corruption de la jeunesse, risquant la mort, il montre d’où viennent selon lui les calomnies.

Il se présente comme possesseur d’une sagesse humaine qui provient de l’oracle d’Apollon qui, à la question de son ami Chéréphon de savoir s’il y a un homme plus sage que Socrate répond non. Pour Socrate, c’est une énigme car il pense qu’il n’est pas sage mais pense également que le dieu ne peut mentir donc il est le plus sage : il y a une contradiction.

Il se distingue de l’homme de la foi comme Abraham (La Bible, Ancien Testament, Genèse, 20-22). À ce dernier, Dieu a promis une longue descendance. Il lui demande de lui sacrifier, son unique fils légitime, Isaac (Ismaël est son fils illégitime dans La Bible et le fils d’Abraham dans le Coran). Il y a une contradiction. Abraham a la foi. Aussi se soumet-il à l’ordre de Dieu (l’archange Gabriel sauve Isaac au dernier moment).

Socrate, quant à lui remet en cause la parole du Dieu tout en la déclarant absolument véridique. Ce n’est pas un homme de la foi ou il montre que si le philosophe croit, ce n’est pas de la même manière que le religieux.

Il mène une enquête pour comprendre le sens de la parole du Dieu qui consiste à interroger ceux qui passent pour des sages aux yeux de l’opinion (grec : doxa) en ce qui concerne leur savoir. Il interroge tour à tour les hommes politiques, les poètes et les artisans.

Il découvre que les hommes politiques sont moins sages que lui parce qu’ils croient savoir ce qu’ils ne savent pas. L’ignorance consiste à ne pas savoir et à croire qu’on sait. L’ignorance de Socrate est une « docte ignorance ».

Les poètes sont inspirés par les dieux pour les Anciens (dans l’Iliade d’Homère, le premier vers est « Chante, Déesse, la colère d’Achille, fils de Pélée. Il en va de même chez Hésiode. C’étaient les deux grands poètes où les Grecs apprenaient les récits relatifs aux Dieux). Les poètes sont incapables d’expliquer à Socrate le sens de leur œuvre et donc leur savoir supposé.

Socrate a connu les poètes tragiques Sophocle et Euripide. Eschyle est un poète tragique plus ancien. Il a également connu le poète comique Aristophane qui a fait jouer Les Nuées en 423 av. J.-C., pièce qui ridiculise Socrate.

Les artisans ont une sophia au sens de compétence et d’habileté. Ils produisent. Produire, c’est faire apparaître quelque chose qui n’existe pas (ce que fait le forgeron, le charpentier, le médecin, etc. ; Phidias était architecte et sculpteur, on lui doit le Parthénon). C’est une forme de savoir. Les artisans ont donc un savoir. Toutefois, ils sont ignorants dans la mesure où ils franchissent les limites de leur savoir.

Le sens donc de l’oracle est que la sagesse humaine n’est rien ou pas grand-chose puisque l’homme le plus sage est celui qui sait qu’il ne sait pas. Car Socrate, sait qu’il ne sait pas, explique comment il le sait et connaît les limites de son savoir.

La méthode de Socrate est le dialogue qui est un échange de propos qui vise à mesurer son propre savoir. Le dialogue n’est ni le bavardage ou la conversation où l’on échange pour échanger ou pour se donner des informations.

Socrate ayant eu des disciples, ceux-ci l’ont suivi, s’attirant les foudres de ceux qui ne le connaissent pas. Parmi ses disciples, il y a eu Platon et Xénophon (l’auteur d’une autre Apologie de Socrate).

Dès lors Socrate est accusé de ce qu’on accuse les philosophes. On reconnaît parmi eux les premiers sages qui cherchent à connaître les choses et donc empiètent sur le domaine des dieux (par exemple chez Hésiode la Terre, Gaïa, est une déesse alors qu’elle est un astre chez Thalès) puisqu’ils font des recherches sur les choses du ciel et celles qui sont sous la terre. On reconnaît aussi les sophistes et les rhéteurs qui défendent n’importe quelle cause.

Socrate se distingue des uns et des autres car il prétend avoir une sagesse humaine. Il se limite à des considérations sur l’homme, c’est-à-dire à une anthropologie.

 

3) L’amour de la sagesse

Par l’intermédiaire d’une prêtresse, Diotime qui a instruit Socrate et dont il rapporte le dialogue qu’il a eu avec elle, Platon, dans le Banquet, propose une définition de la philosophie qui nous la montre comme étant la recherche du savoir. Ne philosophent ni les Dieux, ni les sages parce qu’ils savent. Les ignorants ne désirent pas savoir donc ne philosophent pas car ils croient savoir. Seuls donc philosophent, c’est-à-dire désirent savoir, ceux qui, à l’instar de Socrate, savent qu’ils ne savent pas et comprennent qu’ils ont besoin du savoir.

Le désir a un objet, ce qu’on ne possède pas et dont on a besoin.

On a la solution au problème historique de la fausse étymologie. Elle a sa source dans la définition platonicienne de la philosophie.

Historiquement, Platon est un auteur fondamental. La conservation de son œuvre montre un intérêt constant.

Qu’est-ce donc que ce savoir qu’il vise ? Là encore un texte fameux de Platon va nous en donner une image et va nous permettre de le découvrir.

 

Publié dans Lycée Rosa Luxemburg

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