TL 2011 2012 Archives du cours 7

Publié le par Bégnana

Chapitre 2 : La perception.

Introduction.

Rappel : la perception est la conscience d’un objet singulier, présent, qui peut être en réalité absent. Peut-il donc y avoir une vérité de la perception ?

Qui dit perception dit un corps. Quelle est la relation entre notre conscience et notre corps ?

Par la perception, ma conscience semble dépendre de mon corps. La perception semble située ma conscience dans le monde.

La perception exige les sens. Il y en a cinq. Chacun est lié à certaines qualités sensibles : la vue → les couleurs et les formes ; l’ouïe → les sons ; le goût → les goûts, les saveurs (le terme de goût a deux sens métaphoriques, 1°/ « avoir du goût », c’est-à-dire trouver habituellement du plaisir à une chose et 2°/ « avoir du goût » au sens esthétique, c’est-à-dire sensible à la beauté ou capable de beauté) ; le toucher → les qualités tactiles ; l’odorat → les odeurs, les parfums.

Quand je perçois, je perçois un objet, il est composé de différentes données sensorielles qui sont liées. Par objet ici j’entends quelque chose ou quelqu’un de différent de moi, le sujet. Nous percevons des objets à travers des données des sens, il y a donc une synthèse de données sensorielles.

Cette synthèse ne provient-elle pas du sujet ? La synthèse paraît passive, l’objet se présente à moi, mais l’opération par laquelle il se présente à moi vient de la perception.

La synthèse qu’est la perception provient-elle de l’objet ? Peut-elle être passive ? Si elle ne vient pas du sujet, comment peut-il y avoir une conscience d’un objet singulier présent ?

 

§ 7. La perception comme jugement (l’intellectualisme).

 

Dans la seconde de ses Méditations métaphysiques (1642), Descartes va examiner un corps en particulier comme exemple des choses que nous pensons habituellement connaître clairement et distinctement, c’est-à-dire en vérité (sur la clarté et la distinction, cf. § 4. Le cogito. 4) L’évidence comme critère de la vérité).

On distingue le général et le particulier comme quantité logique. On exprime le général par « tous » ou « tout ». Le particulier va s’exprimer par tous les termes différents de « tous », par exemple « quelques ». Le particulier peut désigner une seule personne. C’est le singulier. Logiquement, particulier et singulier ne se distingue pas quant à la quantité.

En mathématiques on utilise le signe  qu’on lit « quel que soit » ou « pour tout » pour exprimer le général et le signe  qu’on lit « Il existe au moins un … tel que ».

(L’inventeur de la logique, c’est-à-dire de la discipline qui étudie la forme des raisonnements, est Aristote.)

 

Descartes prend donc l’exemple d’un corps particulier en tant que sa connaissance nous paraît évidente. Il refuse de parler d’un corps, voire des corps en général. Son argument est qu’il s’agit là de notions générales qui sont habituellement confuses.

Il nous décrit toutes les qualités sensorielles du morceau de cire. Puis il présente la modification du morceau de cire. Elle n’est pas due à celui qui la regarde.

La question se pose alors : la même cire demeure-t-elle après ce changement par lequel elle perd toutes les qualités sensorielles qui la faisaient connaître ?

Descartes répond que personne ne refuserait de penser que c’est la même cire. Il fait fond sur un jugement universel.

 

On peut appeler universelle une proposition, qu’elle soit générale ou particulière, si et seulement si elle est valable pour tous les sujets. Par ex. : « J’aime Cunégonde » n’est pas une proposition universelle ou « Toutes les bières blondes sont bonnes » est une proposition générale mais n’est pas universelle. Par contre « Je suis » est à la fois particulière et universelle. Universel dépend de la position du sujet. Les propositions qui expriment des coutumes par exemple ne sont pas universelles mais peut être générales.

Ainsi, le morceau de cire est particulier, mais tout ce que je peux en dire est universel. L’idée selon laquelle la cire demeure la même malgré les modifications de toutes les qualités sensorielles est universelle.

 

Aussi, ce qui dans la perception est distinct ne vient pas des sens. Ce ne sont pas les sens qui font la perception. Aucun des cinq sens ne permet de dire que c’est la même cire. D’où vient donc l’identité du morceau de cire ?

Si j’élimine tout ce qui est changeant, c’est-à-dire toutes les qualités sensibles, il reste quelque chose d’étendue (autrement dit qui est spatial), de flexible, c’est-à-dire qui peut changer de forme spatiale et de muable, c’est-à-dire susceptible de mouvement. Tels sont les caractères qui font l’identité du morceau de cire. Autrement dit, le morceau de cire est un corps étendu, flexible et muable.

Mais ce n’est pas l’imagination qui permet de percevoir ce corps.

 

Le sujet et ses facultés

L’objet et ses qualités

sens

Qualités sensibles : couleurs, sons, odeurs, goût, qualité tactile

imagination

étendue flexible muable

Rond carré triangle

 

entendement

étendue flexible muable

Infinité de formes

 

On ne conçoit pas la cire par l’imagination parce qu’il est susceptible d’une infinité de formes.

C’est donc l’entendement qui rend possible la perception, donc par un concept.

Un concept peut être soit particulier, soit général, quant à la quantité logique.

Nous croyons percevoir par l’entremise de nos sens. Or, ce n’est pas le cas, nous percevons par l’entendement. C’est lui qui nous permet de saisir l’identité de l’objet. C’est grâce à lui que je conçois l’objet comme identique.

 

Il faut distinguer la sensation qui s’adresse à une qualité sensible propre (couleur, son, etc.). Elle s’effectue par l’intermédiaire d’un des cinq sens.

L’imagination implique que l’objet est absent ou que l’objet est nié. On ne peut imaginer un arbre, car quelle image recouperait à la fois le bonzaï, le chêne ou le sapin. Par conséquent, je conçois l’arbre ou un arbre.

La notion de concept peut s’illustrer par celle de fruit. En effet, ce n’est ni un raisin, ni une pomme, ni un abricot.

 

Est-ce que ce sont les qualités sensibles qui font l’essence de la matière ?

 

Rappel.

Par essence, on entend ce qui d’une chose ce qu’elle est. Par exemple, “être une figure de trois côtés” constitue l’essence du triangle.

À l’essentiel, s’oppose l’accidentel [repères]. Par exemple, c’est par accident qu’une personne a les cheveux noirs. (le terme accident n’a pas, en philosophie, le sens courant).

Tout ce qui varie en une chose de telle sorte qu’elle ne se transforme pas ou ne disparaît pas n’appartient pas à son essence.

Par accident, on entend donc en philosophie, un caractère qui peut disparaître sans que la chose elle-même disparaisse.

Aussi ne sont-ce pas les qualités sensibles qui font l’essence de la matière. Ce ne sont pas en effet les sens qui permettent de saisir l’essence du morceau de cire, c’est qu’il est quelque chose d’étendue, de flexible et de muable.

C’est parce qu’il ramène l’essence de la matière d’une part à l’étendue (ou espace) et d’autre part à tout ce qui est figure et mouvement que Descartes participe à la constitution de la physique moderne. On entend par là la physique qui se constitue surtout au xvii° siècle, même s’il y a eu des tentatives au moyen âge. En effet, celle-ci fait abstraction des qualités sensibles des objets. Ce qui a permis la mathématisation de la nature. Quelques grands noms de la physique moderne : Galilée (italien) et Descartes (français) pour la première moitié de xvii° siècle ; Newton (anglais) pour la seconde moitié du xvii° siècle.

 

Quant à l’esprit, son essence est de concevoir, l’imagination quant à elle exige un esprit et un corps, à plus forte raison, la sensation. Matière et esprit sont donc deux réalités différentes.

 

Quant à la perception, elle requiert du côté du sujet à la fois l’esprit et le corps. Elle montre donc qu’il y a une union entre l’esprit et le corps. Un pur esprit ne peut percevoir. Les qualités sensibles n’appartiennent pas à l’objet, mais au sujet en tant qu’il est un être composé d’un esprit et d’un corps. Par exemple, où est la couleur ? S’il s’agit de la couleur vue, je ne peux pas poser cette question puisqu’il « où » désigne un lieu précis et il n’y a pas de où pour le sujet composé d’un esprit et d’un corps. La couleur n’est donc nulle part. Si on doit la situer, on dira qu’elle est à l’intersection du corps et de l’esprit. Les qualités sensibles sont ce qui résulte de l’union du corps et de l’esprit. Elles sont fondamentalement subjectives.

 

Descartes tire les leçons de l’analyse du morceau de cire. La première conception qu’il en avait selon laquelle le morceau de cire est connu par les sens était confuse, autrement dit, elle était fausse (cf. § 4. Le cogito 4) L’évidence comme critère de vérité.). Elle est maintenant distincte puisque je sépare ce qui fait l’essence de la cire de ce qui lui appartient de façon accidentelle.

Pour préciser ce qu’est la perception, Descartes change d’exemple. Lorsque je regarde à travers la fenêtre, je prétends voir dit-il des hommes. Or, je ne vois que des chapeaux et des manteaux. Ils pourraient cachés des spectres ou des automates (qu’on fabriquait au xvii° siècle). En réalité, je juge que ce sont des hommes.

Aussi la perception est-elle un jugement qui consiste à lier un certain concept de l’entendement avec des qualités sensibles.

Les sens nous donnent des sensations qui ne se transforment pas toujours en perception. Par exemple lorsqu’on est éblouie par la lumière. La perception se distingue de la sensation en tant que toute perception lie une série de sensations.

 

Reste qu’on peut se demander comment le jugement pourrait nous permettre de savoir que c’est toujours le même objet ?

La difficulté de l’analyse cartésienne de la perception est que le jugement ne peut rendre compte à lui seul de l’identité de l’objet puisque l’entendement ne fournit que le concept.

Aussi la perception ne s’appuie-t-elle pas en un sens sur l’expérience ?

 

Publié dans Lycée Rosa Luxemburg

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