Échanger, c’est donner et recevoir. On peut parler d’échanges pour les choses. Par exemple des échanges de
températures ou encore des échanges entre la cellule et son environnement. Mais ni les choses, ni même la plupart des êtres vivants n’échangent en sachant qu’ils le font. C’est pour cela que
l’échange est éminemment culturel et concerne les hommes.
Pourquoi parle-t-on donc d’échanges au pluriel ?
On peut distinguer les échanges à deux points de vue, celui des « objets » échangés et celui des modalités des
échanges.
Du point de vue des « objets » échangés, on peut avec les anthropologues comme Claude Lévi-Strauss (né en 1908) ou Maurice
Leenhardt (1878-1954) distinguer trois grandes catégories de choses échangées :
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Les biens, matériels ou immatériels, les services, les honneurs, etc. Chez le commerçant ou chez le prestataire de service nous
acquérons des biens. Mais il en va de même lorsque nous recevons de simples gratifications comme la légion d’honneur qui vient récompenser une action considérée comme méritée.
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Les mots. Non seulement on ne peut parler que parce qu’on a reçu une langue, mais sauf dans le soliloque, parler, c’est échanger
avec d’autres.
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Les femmes. Il est vrai que dans le mariage tel que nous le connaissons depuis le xix°
siècle, les femmes peuvent choisir leurs époux. Toujours est-il que dans la plupart des sociétés, ce sont les hommes qui se répartissent les femmes. Dire qu’elles sont objets d’échanges, c’est
dire que dans aucune société on ne garde pour soi les femmes de sa famille et c’est ainsi qu’on peut recevoir celles des autres familles.
Du point de vue des modalités de l’échange, on peut distinguer :
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L’échange marchand. Cet échange a deux formes. Le troc par lequel on donne une marchandise pour en recevoir une autre. L’échange
commercial qui suppose l’institution de la monnaie où la marchandise est donnée par le commerçant pour recevoir de l’argent, équivalent général de toutes les autres marchandises, et qu’il
donnera contre d’autres marchandises. Les marchandises peuvent être des biens, mais également des mots ou des femmes. Le poète se fait payer. La femme s’achète contre une dot (dans le cas de la
prostitution, l’échange est clair).
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L’échange social. Cet échange peut aussi porter sur des biens, des mots ou des femmes (c’est la prohibition de l’inceste) mais il
n’a pas pour principe la marchandise, mais la sociabilité elle-même ou encore l’alliance avec l’autre. Le cadeau que l’on donne n’appelle pas un cadeau en retour mais il apparaît obligatoire à
Noël par exemple pour renforcer les liens des membres de la famille. De même, dire bonjour, c’est ne rien échanger comme information. L’échange social est obligatoire du point de vue de la
société.
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L’échange moral. Il concerne le don désintéressé et il est vrai qu’il semble paradoxal de parler d’échange dans ce cas. Toutefois,
lorsqu’il y a un don, même si le donateur ne doit pas s’attendre à recevoir quelque chose en retour de la part du donataire pour faire le don, il ne peut pas ne pas s’attendre à recevoir de la
bienveillance. C’est une exigence morale et non une exigence sociale.
Problème. Rien n’interdit de penser que quel que soit l’objet ou quelle que soit la modalité, l’échange vise la
seule utilité de l’individu qui échange. Et pourtant, comment accepter que l’aide à un ami ou un mariage soit mis sur le même plan que l’achat d’un plat de lentilles.
Dès lors, tous les échanges ne se ramènent-ils pas ou ne doivent-ils pas se ramener à l’échange marchand ou bien tout ramener à la
marchandise ne revient-il pas à nier une dimension essentielle de la culture humaine ?
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