Fiche 14 (L, ES) : L'interprétation

Publié le par Bégnana

Douanier Rousseau, "Le rêve", 1910

Douanier Rousseau, "Le rêve", 1910

L’interprétation consiste à chercher et à proposer une compréhension du sens ou de la signification d’un texte, d’une œuvre, d’un geste, d’une pratique culturelle, voire d’un phénomène naturel. Son résultat s’entend comme interprétation. Ce qu’on comprend pour la mise en scène d’une pièce de théâtre ou encore pour une partition musicale. En ce sens, un texte, une œuvre, un geste peut aussi être une interprétation au sens du résultat.

Pour qu’il y ait interprétation, il faut qu’il y ait un sens à découvrir et/ou à manifester. C’est la raison pour laquelle on oppose l’interprétation ou compréhension à l’explication au sens étroit, c’est-à-dire à la recherche de causes ou de lois causales pour un effet donné. L’attraction explique la chute des corps sur Terre mais ne l’interprète pas. De même, le virus HIV explique la maladie qu’est le SIDA. C’est un fait. C’est une interprétation que d’y voir un châtiment divin.

Pour qu’il y ait interprétation, il faut aussi que le sens ne se montre pas immédiatement. C’est pour cela qu’elle se distingue de la simple compréhension qui a cours dans la vie quotidienne et qui repose sur une certaine familiarité culturelle. Je comprends immédiatement ce que je dois faire si on me dit « Passe-moi le sel ». Par contre, le Dom Juan (1665) de Molière (1622-1673) demande à être interprété. La pièce est-elle une critique du libertinage ou une critique de la religion ? Le poème « H » des Illuminations de Rimbaud (1854-1891) résiste à l’interprétation et la question se pose de savoir s’il a un sens.

L’interprétation pour les faits humains paraît seule légitime. Il n’en reste pas moins vrai que la foi sous toutes ses formes semble impliquer la possibilité de tout interpréter, y compris les phénomènes naturels, ceux que les sciences expliquent. À l’inverse, quant aux faits humains eux-mêmes, les interpréter, c’est considérer que l’homme est un « empire dans un empire » (ce que refuse Spinoza qui a inventé l’expression, cf. Éthique, III, Préface).

Pour que des sciences de l’homme soient possibles on peut donc penser qu’il faut refuser toute interprétation et chercher à expliquer, c’est-à-dire chercher les causes des faits humains, bref, les traiter comme des choses comme le disait Durkheim dans Les règles de la méthode sociologique (1894) pour les faits sociaux.

Inversement, pour distinguer justement leur « objet », l’homme, sans le réduire au statut d’objet s’il est vrai qu’il est aussi sujet, c’est-à-dire un être conscient et responsable de ses pensées et de ses actes, les sciences de l’homme ne doivent-elles pas tout au contraire se caractériser par une méthode nouvelle, celle de l’interprétation, c’est-à-dire une herméneutique s’il est vrai que c’est par l’homme que le sens advient dans le réel, c’est-à-dire ce qui est indépendamment de la représentation qu’on s’en fait ?

Or, interpréter un geste, un mot, une action exige de connaître le tout dans lequel elle s’inscrit. Inversement, pour connaître le tout, il faut connaître les parties. L’interprétation paraît enfermer dans un cercle qu’il est convenu de nommer le cercle herméneutique (qui désigne l’interprétation).

Deux problèmes donc.

Premièrement, qu’est-ce qu’il est légitime d’interpréter ? Tout dans le réel peut-il être interprété ou bien seulement ce qui émane du sujet ou bien faut-il refuser d’interpréter et seulement expliquer ?

Deuxièmement, s’il faut interpréter, s’agit-il de science qui reposerait sur une méthode hypothético-déductive ou d’un art qui repose finalement sur des préjugés indispensables ou sur une inspiration géniale ?

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