Fiche A (terminales technologiques) : La culture

Publié le par Bégnana

Analyse.

La culture, c’est l’acquisition de connaissances ou de compétences, qui donne à l’homme sa dimension d’homme. Elle a essentiellement deux sens. Que peut donc vouloir dire le singulier de la culture ?

Le sens le plus ancien du terme culture provient d’une métaphore. En latin « cultura » désignait le soin des plantes. Cicéron a utilisé le terme pour parler de la culture de l’esprit. Il traduisait ainsi le mot grec « païdeïa » qui signifie « formation » ou « éducation ». Pour lui, la culture était la philosophie. On peut donc parler de la culture au sens philosophique.

La culture s’oppose à la barbarie. Étymologiquement elle désignait un mode de vie différent du mode de vie politique des Grecs puis des Gréco-romains. Elle désigna ensuite des peuples à qui on attribuait une certaine cruauté et une rage destructrice. La culture par opposition à la barbarie consiste à prendre soin des œuvres de l’esprit, voire à les accroître, qu’elles soient matérielles comme les œuvres d’art ou les objets techniques (et l’architecture se situe entre les deux) ou spirituelles comme les connaissances, les façons de faire, etc. Elle est particulière en ce que seuls quelques hommes ou quelques peuples y participent. Mais elle a vocation à l’universalité car elle est un modèle pour tous. D’où le singulier.

La culture s’oppose aussi à la sauvagerie. Étymologiquement, elle désignait d’abord la vie de l’animal non domestiqué, puis un mode de vie opposé à celui de la civilisation occidentale, enfin, un mode de vie proche de la nature incarnée par la forêt. C’est la découverte de l’Amérique et des Amérindiens qui a fixé l’idée des Sauvages (cf. Pierre Clastres [1934-1977], Archéologie de la violence. La guerre dans les sociétés primitives (1977), Aube, 2016, p.8). Les peuples jugés sauvages constituent de petites communautés avec “peu” de réalisations techniques et artistiques. Ils méconnaissent en général l’écriture, condition de la longue conservation des œuvres de l’esprit. La culture par opposition est rupture avec la nature, voire avec l’origine de l’homme dont les peuples primitifs comme le mot le dit, semblent porter témoignage. Elle s’acquiert par un effort personnel rendu possible par la conservation des œuvres et des connaissances, par l’éducation qui fait accéder l’individu à l’humanité. Elle s’oppose à la nature animale mais vise la réalisation de la nature humaine. D’où le singulier.

Le sens plus récent désigne ce qu’il y a de particulier dans chaque peuple, qui en fait la spécificité. Il est né au xviii° siècle chez les penseurs opposés aux Lumières (Vico, Herder, Burke). C’est le sens qu’utilisent les anthropologues. Par culture, ils entendent plus ou moins tout ce qui est transmis par tradition et non par hérédité biologique, c’est-à-dire la langue, la technique, l’art, les règles d’échanges, la religion, les mœurs, les coutumes, les lois. On peut l’appeler le sens anthropologique.

En ce sens, la culture désigne d’une part le fait que l’homme n’est homme que dans une société particulière qui modèle par l’éducation la totalité de son comportement là où les animaux sociaux s’organisent essentiellement par l’instinct. Les manières de table, la sexualité, le sommeil, la parenté, etc. sont en apparence naturels. Or, chaque société humaine les transforme par les obligations qu’elle fait acquérir à l’individu. Aussi chaque peuple “primitif” a-t-il une culture tout aussi forte, voire plus contraignante, qu’un peuple “civilisé”.

Ce sens anthropologique de la culture implique d’autre part le refus de dépasser le fait du relativisme culturel. Il n’y a ni peuples sauvages, ni peuples barbares, ni peuples civilisés, si ces termes désignent des jugements de valeurs. Chaque culture propose un idéal d’humanité différent et tout aussi légitime que les idéaux des autres cultures. Le relativisme culturel défendu signifie qu’aucune culture réelle ou idéale n’est une norme universelle. Chacun a sa culture, d’où le singulier.

Problème.

D’un côté, affirmer la culture comme l’idéal que tout homme doit acquérir, c’est rejeter hors de l’humanité la plupart des cultures. D’un autre côté, affirmer le relativisme culturel, c’est nier une humanité commune et penser chaque homme comme une sorte d’insecte, incapable de sortir de sa culture et de comprendre celle des autres.

Dès lors, est-il possible et à quelles conditions de penser la culture, et en quel sens, comme horizon de l’humanité ?

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