Sujet (terminales technologiques) : Au nom de quoi pourrait-on s'opposer à la raison ?

Publié le par Bégnana

C’est grâce à la raison qu’il est possible de découvrir des vérités. C’est grâce à elle qu’il est possible de réfléchir avant d’agir, de bien agir ou d’agir pour le bien. Dès lors, il semble impossible que quoi que ce soit puisse s’opposer à la raison. Pourtant, la raison ne peut se prétendre la meilleure sans examen de sorte qu’il est possible que dans certains domaines, d’autres facultés puissent légitimement s’opposer à elle et être meilleures. Au nom de quoi pourrait-on s’opposer à la raison ?

 

La raison a pour première et fondamentale tâche de conclure comme le soutient Pascal dans ses Pensées. Elle doit s’appuyer sur des principes qu’elle reçoit car sinon, il faudrait qu’elle conclut à partir de propositions elles-mêmes conclues et ainsi de suite à l’infini. En conséquence, la raison est limitée au domaine du démontrable qui n’est pas toute la vérité. L’autre domaine de la vérité est celui des principes, c’est-à-dire de ce qui est premier, indémontrable et vrai.

C’est pourquoi on peut soutenir avec Pascal que la foi religieuse qui est reçue par le sentiment ou par le cœur est légitime tout comme les principes des sciences qui ont la même source. Le mathématicien admet des axiomes puis démontrent des théorèmes. Le physicien s’appuie sur des lois fondamentales qu’il pose et qui lui servent à émettre les hypothèses qu’il vérifie. C’est donc au nom du cœur qu’on peut légitimement s’opposer à la raison lorsqu’elle franchit ses limites.

Néanmoins, cette opposition paraît insuffisante car la raison peut examiner la valeur des principes par les conséquences. Et surtout, seuls des principes universels peuvent être admis et de façon provisoire : c’est à la raison de l’examiner. Dès lors on ne peut s’opposer à la raison au nom du cœur. N’est-ce pas plutôt dans les mœurs et donc au nom des cultures et de leur diversité qu’il est possible de s’opposer à la raison ?

 

En effet, la raison a pour vocation l’universalité. Or, les cultures sont diverses. On pourrait donc s’opposer à la raison au nom de la particularité de la culture, c’est-à-dire par rapport à des mœurs particulières et à une certaine définition du bien et du mal. Chaque culture a tendance à nier les autres à tort en ce prétendant universelle. Mais la raison a tort de croire qu’elle peut, indépendamment d’une culture particulière, ériger des règles valables pour tous.

En effet, une culture est un mode de vie reçue par la tradition et qui fixe la façon de vivre de tous ceux qui la partagent. On peut dire avec Merleau-Ponty que la culture est invention et que ce qu’elle invente est aussi bien naturel que culturel. Ainsi des manières de tables. La raison ne peut se prononcer sur la question de savoir s’il est préférable de manger avec des baguettes, des fourchettes ou avec les trois doigts de la main droite.

Cependant, on ne peut admettre un tel relativisme pour ce qu’il y a de plus précieux : la vie des hommes. La raison peut et même doit juger des cultures afin de changer ce par quoi elles empêchent les hommes de faire preuve justement d’inventivité. Dès lors, ne peut-on pas alors penser qu’il n’y a rien au nom de quoi on pourrait s’opposer à la raison ?

 

Car, c’est la raison et elle seule qui peut fixer ses propres limites. Elle peut donc reconnaître que le cœur a sa légitimité, que la culture a la sienne. Mais ni l’un ni l’autre ne peuvent prétendre avoir la primauté et encore moins fonder une opposition légitime à la raison. C’est qu’en effet, la vérité qu’il peut y avoir dans la culture ou dans le sentiment ne peut être manifestée que s’il y a examen : ce qui est l’affaire de la raison.

La raison a besoin de temps et il faut souvent se décider avant de réfléchir. Et le cœur ou telle culture peuvent être au contraire dans le vrai. Je sens que cet homme est malhonnête et la raison ne me le prouve pas. Mais seule la raison peut reconnaître la vérité et sur la base de preuves. Elle reconnaîtra son erreur ou reconnaîtra qu’il fallait bien agir sans délai.

Comme Diderot le soutient dans l’article « Croire » de l’Encyclopédie il est plus satisfaisant de se tromper en ayant usé de sa raison que d’être dans le vrai sans l’avoir fait. Car c’est par la raison qu’une croyance est véritablement fondée sans quoi la vérité n’est obtenue que par hasard.

 

En un mot, le problème était de savoir au nom de quoi on pourrait s’opposer à la raison pour en contester la toute puissance et l’universalité. La raison a bien des limites : elle doit admettre des principes ; elle ne peut rendre compte des particularités des cultures. Mais ni le cœur comme faculté des sentiments ni les cultures ne peuvent légitimement s’y opposer car la raison seule peut reconnaître la vérité. Seule la raison peut se critiquer elle-même.

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