Sujet (terminales technologiques) : Les échanges favorisent-ils la paix ?

Publié le par Bégnana

Quand on se promène sur un marché, on voit régner une activité apparemment désordonnée mais ce qui frappe, c’est que chacun s’accorde avec les autres. Les échanges favorisent-ils la paix ? En échangeant avec les autres, je me lie avec les autres et dès lors il semble que les échanges impliquent la paix. Toutefois, dans l’échange, chacun veut gagner et l’autre apparaît alors comme un adversaire. Dès lors, l’échange peut être source de conflits. On peut donc se demander si les échanges favorisent la paix et si oui comment ?

 

Les échanges commerciaux favorisent la paix entre les nations comme le soutient à juste titre Montesquieu dans De l’esprit des lois. En effet, entre elles, la guerre règne habituellement, ne serait-ce qu’implicitement. Aussi en échangeant, se lient-elles et comme chacune satisfait les besoins de l’autre comme tout commerce l’implique, chacune se retrouve liée à l’autre. C’est pour cela que le développement du commerce international est un facteur de paix.

Par contre, entre les individus, le commerce crée des liens distants. En effet, chacun cherche son propre intérêt. À l’inverse, les échanges sociaux, c’est-à-dire qui consiste à donner et recevoir pour créer ou renforcer le lien social, implique de ne pas se préoccuper de son seul intérêt. Quant aux vertus morales, elles créent un lien bien plus fort, car elles conduisent à donner sans escompter recevoir. Et comme le donataire rend de la reconnaissance, elles impliquent un échange qui favorise la paix.

Toutefois, entre des partenaires d’échanges, des conflits meurtriers surviennent. N’est-ce pas que les échanges et la paix ont la même condition et donc qu’ils ne la favorisent pas ?

 

C’est que la paix n’est rendue possible que par la confiance et la guerre dit Alain avec raison dans ses Propos de politique a pour source la peur. Aussi là où il y a confiance, il y a paix et donc possibilité d’échanges. Le commerce suppose la paix mais qui commerce peut transformer son partenaire en adversaire voire en ennemie. Les échanges commerciaux ne favorisent pas la paix. Quant aux autres types d’échanges, il la suppose.

Ainsi lorsque des peuples étrangers se découvrent, l’échange de cadeaux peut favoriser la paix en apparence. Mais ces échanges ne viennent qu’exprimer l’absence de peur. Si celle-ci apparaît, il n’y a plus de possibilité d’échanges. De même pour que l’échange moral soit possible, encore faut-il qu’il y ait confiance puisque le don sans reconnaissance est guerre.

Néanmoins, la peur ne naît pas de rien. Pour qu’elle apparaisse, il faut que l’autre soit menaçant, voire simplement que par son attitude il me montre qu’il veut le conflit. Dès lors, n’y a-t-il pas des échanges qui favorisent la paix ?

 

Les échanges commerciaux ne favorisent que l’intérêt des individus. Aussi peuvent-ils s’accommoder de situations qui sont finalement des situations de conflits. Rousseau, dans Du Contrat social, le montre en opposant aux cités antiques où les hommes participaient aux affaires publiques les hommes modernes qui paient des soldats ou des députés pour faire la guerre à leur place ou pour décider à leur place. Le résultat est nécessairement la tyrannie qui est un état de guerre. En effet, la paix ne consiste pas seulement dans l’absence de conflits et il y a des conflits qui font la paix véritable. Qui me domine est en réalité en guerre potentielle avec moi puisqu’il me prend ce que je possède sans rien me donner. À l’inverse, je puis me disputer avec un ami mais la réciprocité qu’il y a entre nous fait que nous sommes en paix.

C’est pourquoi entre les vraies démocraties, il n’y a pas de guerre car la paix les constitue. Elles visent à faire de la discussion en commun le principe des décisions prises en commun. Chacun participe à la vie de la cité. Dès lors, une démocratie refusant la domination, ne peut que refuser la guerre en son principe.

 

En un mot, le problème était de savoir si les échanges favorisent la paix et si oui comment. Les échanges commerciaux ne favorisent la paix qu’en apparence entre les nations et les individus car ils reposent sur l’intérêt égoïste. Par contre les échanges qui reposent sur des valeurs sociales ou morales y sont favorables. Mais encore faut-il qu’il y ait confiance, c’est-à-dire absence de peur. C’est pourquoi seules les relations politiques et les échanges d’idées et de services qui les caractérisent favorisent la véritable paix, celle où chacun trouve en l’autre la condition de sa réalisation.

 

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